Échec et mat pour les auto-anticorps

20. novembre 2008
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Les chercheurs de l'université d'Erlangen-Nuremberg veulent, à l'aide d'une enzyme, lutter contre les maladies auto-immunes telles que la sclérose en plaques, l'arthrite ou le lupus érythémateux systémique. La particularité : seuls les auto-anticorps nuisibles sont réprimés et non le système immunitaire tout entier.

Le système immunitaire a plusieurs fonctions. Il doit entre autres reconnaitre des agents pathogènes et lutter contre eux. S’il « déraille », il peut se retourner contre le corps. Les auto-anticorps attaquent alors les tissus et peuvent y faire de gros dommages. Les maladies auto-immunes peuvent toucher presque tous les tissus et organes et s’attaquer à un organe en particulier ou tout le corps. Leurs points communs sont le déroulement chronique et le manque de thérapie causale.

Une lutte ciblée contre les auto-anticorps

Le combat contre les maladies auto-immunes se limite actuellement aux traitements anti-inflammatoires et à l’immunomodulation voire l’immunosuppression. Jusqu’à présent, les interactions complexes du système immunitaire n’étaient pas suffisamment connues et une offensive ciblée contre les auto-anticorps nocifs n’était pas possible. Une équipe de chercheurs autour du Professeur Falk Nimmerjahn de l’université d’Erlangen-Nuremberg a, en collaboration avec des scientifiques de l’université Lund en Suède, présenté une nouvelle approche thérapeutique prometteuse. Comme cela a été publié en ligne dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS 2008; doi: 10.1073/pnas.0808248105), les chercheurs ont réussi à éliminer la chaîne de sucre des anticorps IgG à l’aide d’une enzyme bactérienne et à freiner ainsi l’activité inflammatoire des auto-anticorps. L’enzyme utilisée ici est l’endoglycosidase S (EndoS) du streptocoque pyogène, un agent des inflammations purulentes.

La molécule de sucre est la clé

Mise à part les protéines, la molécule de sucre joue un rôle clé dans l’action des anticorps et par conséquent sur l’effet destructeur des auto-anticorps. Nimmerjahn a réussi à décoder la chaine de sucre avec des chercheurs de l’université Rockefeller de New York (PNAS 2007; 104: 8433-8437). Ils ont pu démontrer que certains restes de sucre conduisent l’activité destructrice des auto-anticorps. Les chercheurs ont étudié l’influence de chaines de sucre modifiées lors d’expérimentations animales et ont pu constater que les restes d’acide sialique notamment assument une fonction importante. Quand ces restes de sucre manquent, les auto-anticorps peuvent exercer pleinement leur force ravageuse. Les chercheurs découvrirent par ailleurs que, contrairement à ce que l’on supposait, à savoir que les protéines sériques sont responsables de l’activité des auto-anticorps, l’effet destructeur de ces derniers est en fait déterminé par des récepteurs cellulaires spéciaux (récepteurs Fc). Les chercheurs avaient à l’époque fait l’esquisse d’une nouvelle possibilité de thérapie pour les maladies auto-immunes.

Réaction sur les anticorps humains également

Le fait d’être parvenu à supprimer la chaine de sucre des anticorps permit de réprimer diverses maladies auto-immunes lors d’expérimentations animales. Les injections d’enzyme EndoS permirent d’éliminer les molécules de sucre associées à l’IgG. La chaine a pu être extraite aussi dans d’autres modèles auto-immuns et d’autres anticorps humains et l’EndoS interférait avec des processus pro-inflammatoires transmis par les anticorps.

Ne pas freiner tout le système immunitaire

L’avantage de la nouvelle approche thérapeutique serait que l’enzyme agit de manière ciblée sur des anticorps spéciaux et ne freine pas tout le système immunitaire comme c’est le cas pour les méthodes de traitement actuelles. C’est pourquoi les méthodes de traitement courantes ont pour effet d’accentuer par exemple la fragilité vis-à-vis des infections. L’attaque ciblée sur la chaine de sucre n’a cependant pas toujours bien fonctionné et dépendait des sous-classes individuelles des anticorps IgG si bien qu’il ne faudrait pas s’attendre à la même efficacité chez tous les patients.

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