Psychédéliques : le LSD dans le trip de la thérapie

20. août 2015
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De plus en plus d’études montrent qu’il n’y a aucun lien entre la consommation de drogues psychédéliques comme le LSD et la survenue de maladies mentales. Au contraire : ces substances pourraient même être utilisées dans le cadre d’une intervention thérapeutique.

Récemment, deux nouvelles études ont montré que les psychédéliques n’ont pas d’effets néfastes sur la santé mentale : en Mars 2015, la revue « Journal of Psychopharmacology » a publié une étude de chercheurs norvégiens qui recherche un lien entre la consommation de LSD, de psilocybine ou de mescaline et la survenue de problèmes de santé mentale. À cet effet, ils ont étudié les données recueillies dans l’enquête nationale annuelle sur la consommation de drogues et la santé (NSDUH) sur 135 000 Américains entre 2008 et 2011.

Les auteurs ont conclu qu’il n’existe aucune association significative entre la consommation de psychédéliques sur la durée de la vie et une probabilité accrue de détresse psychologique grave, traitement psychothérapeutique, idées suicidaires, plans de suicide, tentatives de suicide, ainsi que dépression et anxiété durant l’année précédente. Consommer des drogues psychédéliques ne semble donc pas être un facteur de risque indépendant de maladie mentale. « La recherche suggère que les psychiatres ne devraient avoir aucun préjugé contre les drogues psychédéliques », a déclaré Teri Suzanne Krebs, principal auteur de l’étude. « Et s’ils ont des patients qui consomment ces substances, ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. »

Une étude publiée par des chercheurs américains dans le même journal va même plus loin : leur évaluation des données du NSDUH de 190 000 Américains (2008-2012) a montré que la consommation de drogues psychédéliques durant la vie conduit à une probabilité significativement réduite de détresse psychologique, idées suicidaires, plans de suicide et tentatives de suicide associés. En revanche, la consommation d’autres drogues illicites a été principalement associée à une probabilité accrue de ces indicateurs psychologiques.

Apparemment sûres, mais certainement pas sans danger

La crainte que les drogues psychédéliques fassent généralement plus de mal que de bien sur la santé mentale peut sembler sans fondement à la lumière de ces études et de nombreuses autres. « Nous ne prétendons pas que personne n’a jamais eu de problèmes en utilisant des psychédéliques », a également déclaré l’auteur de l’étude, le Dr Matthew Johnson de l’Université Johns Hopkins à Baltimore. « Les anecdotes sur des décès dus au LSD peuvent être très impressionnantes, mais ces cas sont rares ». Au niveau de la population, les données accessibles suggèrent que les effets nocifs des drogues psychédéliques seraient jusqu’à présent exagérés.

Les auteurs de l’étude ne sont pas seuls à avoir cet avis. En fait, les substances comme le LSD semblent être nettement plus sûres qu’on ne le pensait auparavant. Selon un classement publié dans « The Lancet » en 2010, le LSD et les champignons psychoactifs avec un Overall Harm Score (OHS : somme des méfaits propres et extérieurs) de 7 ou 6 sont relativement inoffensifs, et sont devancés en particulier par l’alcool (OHS 72), l’héroïne (OHS 55) et le crack (OHS 54). Même le tabac est nettement plus nocif que les drogues psychédéliques avec un OHS de 26. En outre, le LSD ne conduit pas à une dépendance physique après de multiples prises, et aucun dommage aux organes n’a été observé [Paywall].

Mais les psychédéliques sont contre-indiqués, par exemple, chez les patients ayant une prédisposition à la schizophrénie, ils peuvent développer une psychose causée par leur consommation. Il est également prouvé que le LSD peut causer en association avec le lithium ou les antidépresseurs tricycliques des effets secondaires graves tels que des convulsions. Le risque d’un trouble persistant de la perception après utilisation d’hallucinogènes (hallucinogen persisting perception disorder, « Flashback ») reste controversé. Il y a aussi peu de données sur l’apparition de ce qu’on appelle le bad trip dans un cadre thérapeutique contrôlé.

Toxicomanes sainement perchés

Dès les années 50 et 60, les chercheurs ont constaté qu’une forte dose de psychédélique conduit à une expérience mystique au cours de laquelle le patient éprouve une joie extatique et un lien global avec le monde jusqu’à sa dissolution, de manière similaire à une expérience spirituelle ou religieuse. Une telle expérience est utilisée en thérapie dite psychédélique comme un point de départ pour la restructuration et le rétablissement de la personnalité. Lors de la thérapie psycholytique, à l’inverse, des doses plus faibles de psychédéliques peuvent être utilisées afin d’approfondir le processus psychothérapeutique et accroître son efficacité. Deux études publiées en 2014 suggèrent qu’une suggestibilité importante et un effet empathogène sur l’humeur semblent jouer un rôle essentiel dans l’utilisation thérapeutique du LSD.

L’indication sans doute la mieux étudiée pour les drogues psychédéliques actuellement est le traitement de la dépendance à la drogue. Bien qu’il existe des critiques légitimes sur la méthodologie et la validité des premières études, une méta-analyse 2012 de six essais contrôlés randomisés publiés conclut que, dans le cadre de programmes pour le traitement de l’alcoolisme, une dose de LSD unique a été associée à une réduction significative de l’abus d’alcool. L’efficacité de l’intervention unique de LSD était comparable à l’efficacité de l’administration quotidienne de Naltrexone, de Disulfiram ou d’Acamprosat. Et même les fumeurs semblent être en mesure d’être aidés par les psychédéliques : dans une étude pilote publiée en 2014, le taux d’abstinence au tabac dû à un traitement à la psilocybine dans le cadre d’une thérapie cognitivo-comportementale était de 80%, plus de deux fois plus élevé que dans les interventions classiques sur la dépendance tabagique.

Le LSD contre la peur de mourir

Le traitement de l’anxiété et de la dépression chez les patients en phase terminale par psychédéliques semble également prometteur. Une étude américaine publiée en 2011 a montré qu’une seule dose de psilocybine a eu un effet positif durable sur l’humeur et l’anxiété chez les patients atteints de cancer avancé. Les auteurs de l’étude concluent que le traitement à la psilocybine a conduit à un état altéré de conscience dans lequel le patient a connu une transcendance de l’existence physique et a ainsi perdu la crainte de la mort. Les patients ont également signalé que l’expérience de la psilocybine induit un fort sentiment de relation empathique et avait amélioré la relation avec leurs proches parents et amis. Des expériences similaires ont été rapportées dans le cadre d’une étude suisse publiée en 2014 sur des patients ayant une maladie mortelle qui avaient subi une psychothérapie supportée par le LSD. Une étude de suivi publiée en 2015 a montré que les effets positifs ont duré jusqu’à 12 mois.

Les substances psychédéliques pourraient être incluses dans la thérapie pour une variété d’autres troubles tels que la dépression et le trouble obsessionnel compulsif, mais les données sont jusqu’à présent très minces. Pour aggraver les choses, le mécanisme d’action des psychédéliques n’est à ce jour que peu clair : il est connu que les effets psychédéliques du LSD et autres substances sont principalement médiés par les récepteurs 5-HT2A. Mais on ne sait pas exactement comment un trip psychotrope peut provenir de l’activation des récepteurs de la sérotonine, tout comme se pose la question de la proportion réelle des effets pharmacologiques comparés aux effets psychologiques d’une thérapie réussie. Il est nécessaire de réaliser plus d’essais contrôlés randomisés pour évaluer correctement les avantages potentiels des drogues psychédéliques, mais aussi les risques qui y sont liés. Rejeter toute recherche dans cette direction pour des raisons idéologiques n’est pas un service à rendre aux patients.

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Médecine, Neurologie, Psychiatrie

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