Une arme universelle contre la grippe

20. novembre 2008
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Les virus grippaux ont la désagréable particularité de muter en permanence. Comme le système immunitaire de l'homme se rappelle toujours du dernier type de virus rencontré, les personnes à risque doivent se faire vacciner contre la grippe pratiquement tous les ans. La solution serait une arme universelle. La recherche y travaille. Mais sommes-nous proches du but ?

Un vaccin universel contre la grippe a été mis au point à l’université d’Oxford. Il va maintenant être testé cliniquement pour la première fois sur l’homme. Le Dr. Sarah Gilbert du Jenner Institute rapporte à Doccheck que l’arme universelle doit à l’avenir apporter une protection contre tous les virus de la grippe du type A et notamment contre toutes les sous-variantes de H1, H2, H3, H4, H5, etc. L’agent pathogène A est entre autres responsable de pandémies. Les chercheurs d’Oxford espèrent que, si l’étude de phase I se déroule de manière positive, la voie sera tracée pour une protection efficace contre toutes les grippes saisonnières et la grippe aviaire. Les problèmes qui surgissent toujours lorsqu’un nouveau vaccin doit être produit rapidement et en quantité suffisante pourraient alors faire partie du passé. Nous nous souvenons encore vaguement de l’hystérie provoquée par l’agent H5N1 de la grippe aviaire. On avait peur que le virus soit transmis à l’homme et qu’il puisse muter et provoquer une pandémie. Des scénarios terribles ont été envisagés : le développement du vaccin irait trop lentement et il pourrait y avoir une pénurie mondiale. La pandémie redoutée ne s’est pas produite mais le risque persiste toujours.

Des anticorps aux cellules tueuses

Les scientifiques d’Oxford ne sont pas les seuls à vouloir mettre au point un vaccin universel contre la grippe. Chez Acambis – entretemps une filiale de Sanofi – on travaille également avec des chercheurs belges au développement d’un nouveau vaccin contre tous les agents A. Les tests cliniques sur l’homme auraient déjà donné des résultats prometteurs, annonçait-on en février dernier. Les Belges sont apparemment plus avancés. Mais on pense ici aussi qu’il faudra encore quelques années avant que l’on ne puisse tester tous les virus. Mais en quoi se distingue l’approche des Belges de celle des scientifiques d’Oxford ? Gilbert expliquait à DocCheck : « They are using a different flu protein (M2e) and raising antibodies against it. We are using NP and M1 and boosting cellular immune responses. Killer immune cells can then kill flu-infected cells. »

Des protéines entêtées dans et sur le virus de la grippe

Les vaccins conventionnels produisent des anticorps utilisés comme arme contre les protéines de surface du virus (hémagglutinine (H) et neuraminidase (N)). Ces protéines se modifient cependant avec le temps et en fonction de l’agent pathogène, raison pour laquelle un vaccin offre toujours une protection contre un agent spécifique. C’est pourquoi les chercheurs d’Angleterre et de Belgique cherchèrent des protéines de virus qui bravent l’agent mutant et restent relativement stables. L’équipe autour de Gilbert a développé un vaccin qui a pour cible des protéines comme par ex. M1 dans le virus grippal. Elles répondent exactement à cette exigence car elles ne mutent guère sur une longue durée et sont également moins sensibles chez les virus mutants.

Encore de nombreux tests avant la mise sur le marché

Les chercheurs belges ont aussi utilisé un module remplissant ces conditions. Ils ont cependant opté pour la protéine M2. Contrairement à l’approche anglaise, il s’agit ici d’une protéine de surface du virus grippal. Les premiers tests cliniques en Belgique avec « Acam-Flu-A » montrent que neuf personnes sur dix avaient produit des anticorps contre le virus grippal. C’était au début de l’année. Jusqu’à aujourd’hui, il n’existe pas de communiqué de presse sur d’autres tests et leurs résultats. Pas non plus sur la suspension du projet. DocCheck questionna Gilbert sur les résultats attendus pour leurs propres tests : « We have just started a phase I trial and are seeing good safety and immunogenicity results. Next we will plan a challenge study where we vaccinate half the volunteers and expose them all to ‘flu virus’ to see if the vaccine can protect against infection. That study is expected to take place in the first half of next year. » Et combien de temps cela va prendre jusqu’à ce qu’il soit disponible pour les patients ? « Difficult to say since we are an academic group at the beginning of clinical trials. But possibly 5 years. »

Une protection complète est mise en doute

DocCheck demanda à l’Institut de Virologie de l’université de Cologne si l’approche des deux groupes de chercheurs pourrait constituer un moyen sûr de lutte contre les virus de la grippe de tout type. Le Docteur en sciences naturelles Rolf Kaiser répondit : « Cela dépend du but que l’on veut atteindre. La politique actuelle de vaccination contre la grippe procure une très grande protection. L’inconvénient est certainement que l’on doive se faire vacciner tous les ans et il existe un risque qu’une autre souche grippale que celle qu’on attendait se propage et que la vaccination ne soit pas optimale. Le vaccin présenté par les deux groupes doit prouver son efficacité en immunisant contre un constituant se trouvant chez tous les virus grippaux et situé, non pas à la surface du virus, mais à l’intérieur. La propagation du virus peut être ainsi ralentie, une protection totale contre la contamination avec la grippe est mise en question. Si le virus est réfréné, aussi bien l’infectiosité que les risques de complications sont amoindris. Ce sont cependant des spéculations qui doivent être vérifiées lors d’études futures. »

Les études doivent encore montrer si un vaccin universel est réaliste

Le Dr. Thorsten Wolff, Directeur du secteur « Pathogenicity mechanisms of influenza viruses » à l’Institut Robert Koch affirmait auprès de DocCheck que, en Allemagne aussi, on effectue des recherches pour déjouer les talents de mutation des virus grippaux. « Si ce concept s’avère bon, il suffirait de se laisser vacciner contre la grippe après quelques années. Malgré quelques premiers résultats encourageants lors d’études pré-cliniques, les chercheurs vont cependant avoir besoin de plusieurs années pour savoir si le virus grippal se laissera apprivoiser par ces deux nouvelles approches. Les études en cours et à venir doivent donc tout d’abord montrer si l’espoir d’un vaccin universel contre la grippe peut être aussi mis en pratique ».

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1 commentaire:

Dr med viktor eli
Dr med viktor eli

je trouve tres interressant precice les explications sur la proteine du virus

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