Pas de piqûre pour le foie

20. novembre 2008
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La biopsie était jusqu'à présent le seul instrument fiable de détection des fibroses hépatiques. Mais les médecins s'attaquent aujourd'hui au foie avec un vibreur et lancent toute une batterie des tests pour pouvoir extirper à la fibrose ses secrets sans ponction.

Si proche mais aussi si lointain. Même si le foie se trouve directement sous les côtes et même s’il est gros, compact et facile à palper, celui qui, comme le médecin, souhaite savoir si cet organe présente des modifications du tissu conjonctif ou non devait jusqu’à présent opérer. La biopsie du foie était et est le critère de référence pour diagnostiquer la fibrose car elle permet de colorer les septa directement au microscope. Elle seule permet de déterminer les 5 grades de fibrose connus (de F0 à F4) qui permettent d’estimer le degré d’atteinte d’une cirrhose du foie irréversible chez un patient – avec des conséquences thérapeutiques comme par exemple la recommandation d’un examen invasif des varices.

Un vibreur pour le foie : simple, rapide et très précis

La biopsie prend cependant de la bouteille. Elle n’est d’une part pas fiable : « Les résultats sont faux dans au moins un cas sur cinq », nous dit le Dr. Dominique Thabut de l’Hôpital Pitié Salpêtrière à Paris. D’autre part, la biopsie a enfin de plus en plus de concurrence. La technique étudiée jusqu’à présent avant tout en France s’appelle officiellement « mesure d’élasticité ». Mais le Fibroscan – son nom commercial – est en fait un vibreur créant une petite vibration à la surface de la peau qui va se propager jusque dans le foie. On mesure sa vitesse de déplacement dans le tissu à l’aide d’ultrasons. Selon les protagonistes de cette méthode, elle permet une classification en stades qui sont en corrélation avec les stades de la cirrhose pour la biopsie. « La méthode est simple, rapide et pas particulièrement coûteuse », explique le Dr. Michel Beaugrand de l’Hôpital Jean Verdier à Bondy.

Beaugrand est tellement persuadé de la méthode qu’il la teste maintenant pour en faire un instrument de dépistage. Car un tel dépistage de fibrose peut être une bonne chose : on peut ainsi estimer les dégâts engendrés dans le foie par la consommation d’éthanol chez les personnes qui aiment bien boire. Et au 21ième siècle s’y ajoutent les personnes obèses qui sont de plus en plus nombreuses. Comme pour l’alcool, la stéatose, l’hépatite et dans le pire des cas la cirrhose menacent ici aussi.

Étude : une personne sur vingt a un problème

Beaugrand considère comme prometteuse les premières données sur l’efficacité d’un vibreur sur les populations à risque. Il a lui-même réalisé une étude sur 227 patients atteints d’une maladie hépatique due à l’alcool. Chez 41 patients, la limite de 13 kilopascals, définie auparavant pour le diagnostic d’une cirrhose, a été atteinte. 34 de ces patients se sont soumis à une biopsie du foie pour pouvoir vérifier le diagnostic qui se révéla exact pour 33 patients. Un bon taux de réussite. Les Français étudient maintenant la mesure d’élasticité sur un groupe de 1 300 personnes représentatif de la population globale. Les premiers résultats révèlent qu’un demi pourcent a une cirrhose et 5 autres pourcents présentent des transformations fibreuses considérables. Il faut attendre de voir la suite. Le dépistage avec un vibreur sera peut-être un jour un service pris en charge par la caisse d’assurance maladie comme d’autres examens.

Les médecins de laboratoires trépignent aussi d’impatience

Mais il est possible qu’un dépistage de la fibrose se fasse autrement. Outre la mesure d’élasticité, on effectue encore diverses batteries de tests chimiques de laboratoire pour vérifier son aptitude à être un instrument de dépistage. D’un côté, des tests spécialisés comme le FibroTest ou l’Hepascore. Ils évaluent des paramètres courants et moins courants de la fonction du foie pour pouvoir déduire l’ampleur de la fibrose. Beaucoup d’experts fondent cependant plus d’espoirs sur les tests spécifiques à la fibrose qui mesurent les composants de matrice et autres protéines de structure du foie.

Un exemple est le test ELF, qui mesure entre autres l’acide hyaluronique et des métallo-protéinases spécifiques au foie. Il fut validé par le Professeur William Rosenberg du University College London avec un groupe de 921 patients souffrant de maladies hépatiques non spécifiques. La précision de la prédiction du stade de fibrose était d’environ 80%. « Le taux était encore plus élevé chez les enfants car les enfants développent une fibrose du foie où d’autres facteurs n’interfèrent pas », nous dit Rosenberg. Vibreur ou test de laboratoire, qui remporte la partie ? Peut-être les deux : les partisans des tests de laboratoire et de la méthodologie du vibreur veulent en tout cas collaborer pour pouvoir mettre à la retraite la biopsie du foie si mal-aimée, ceci au moins au stade de la fibrose.

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