Artériosclérose : tout nouveau tout beau

15. décembre 2008
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S'appuyer uniquement sur le taux de cholestérol pour mesurer le risque pour le cœur et la circulation n'est pas prudent. De nouvelles études aux résultats surprenants montrent que des médicaments améliorant le taux de HDL et de LDL ne peuvent pas toujours enrayer l'artériosclérose.

Tout étudiant en médecine l’apprend au début de ses études : le médecin évalue le risque d’infarctus ou d’attaque cérébrale grâce aux analyses de sang. Et comme dans les vieux westerns, il y a de vilaines canailles et de bons shérifs. Avec l’aide de médicaments (qui font partie des plus lucratifs au monde), le bon cholestérol se fraye un chemin à travers les artères. Le mauvais cholestérol bloque au contraire les vaisseaux et mène directement à l’infarctus.

ENHANCE : les LDL bas ne sont pas une assurance pour le cœur

Il y a encore quelques années, les rôles semblaient être fixés dans ce drame. On constate maintenant que les acteurs influents, complices et francs-tireurs sont encore plus nombreux. Dans les années 90, de grandes études ont montré que les statines font baisser le mauvais cholestérol et réduisent le nombre des maladies cardio-vasculaires. Dans les années suivantes, toujours plus de réducteurs de cholestérol firent leur apparition sur le marché. Il a parfois suffit aux autorités d’agrément d’avoir une preuve de l’action sur le LDL pour donner un « Go » au nouveau co-équipier.

Mais pourquoi, parmi les victimes d’une attaque cérébrale ou d’un infarctus, y a t-il tant de personnes ayant eu un bon taux de cholestérol toute leur vie ? De nouveaux résultats d’étude sortis dans le courant de cette année continuent d’interroger les chercheurs sur l’artériosclérose. Une association médicamenteuse composée de la statine connue, la simvastatine, et de l’inhibiteur de l’absorption du cholestérol, l’ézétimibe, a certes fait nettement baisser le taux de LDL chez les patients avec une hypercholestérolémie de famille et ceci mieux que la statine seule. Mais l’étude ENHANCE montra aussi que l’association médicamenteuse n’est pas plus efficace que la statine seule pour la réduction de formation de plaques. Le New England Journal of Medicine publia une autre étude au sujet de l’association médicamenteuse au mois de septembre de cette année. Les nouvelles données prouvent qu’un taux de LDL nettement abaissé ne freine pas la progression d’une sténose aortique. Les symptômes cliniques sont certes différents de ceux de l’artériosclérose mais les deux sont fortement liées, comme le montrent de nouvelles recherches.

Torcetrapib : plus de victimes que de guéris

Pfizer subit une catastrophe économique concernant l’un de ses médicaments sur lequel le laboratoire fondait les plus grands espoirs : Torcetrapib. Le principe actif freine la protéine de transfert du cholestérol estérifié (= Cholesterylester Transfer Protein (CETP)) et élève ainsi le taux de HDL. Le laboratoire pharmaceutique stoppa en 2006 une étude de phase III avec 15 000 participants. Certes, Torcetrapib fait en sorte que le taux de cholestérol soit bon, mais il ne freine pas l’artériosclérose. Et encore plus grave : comparé à la statine la plus courante, Atorvastatine, 60 % de volontaires en plus moururent dans le courant de l’étude. « La pilule a tué plus de personnes qu’elle n’en a sauvé. », décrit John Kastelein de l’université d’Amsterdam à propos des effets secondaires. Empêcher la formation de plaques dangereuses semble donc mobiliser beaucoup plus de participants et d’objectifs. Anne Tybjørg-Hansen de l’hôpital universitaire de Copenhague est d’avis que : « le HDL est un ‘spectateur’, un transporteur de lipides dans le corps mais je ne crois pas qu’il ait quelque chose à voir avec le risque de maladies du cœur ».

JUPITER : les statines font baisser la CRP

Un des nouveaux acteurs sur cette scène est la CRP (C-reaktives Protein). Les données actuelles indiquent que le facteur joue non seulement un rôle au niveau de la surcharge pondérale et du diabète mais aussi au niveau des vaisseaux obstrués. Selon l’avis de Paul Ridker du Brigham and Women’s Hospital à Boston, un bas taux de CRP empêche les plaques instables de se détacher. Il pouvait étayer cette thèse il y a quelques jours, au congrès américain de cardiologie, avec les résultats de « l’étude JUPITER« . Lui et ses collègues de 26 pays examinèrent 17 000 participants pour savoir si les statines aident aussi les patients qui ont un taux de cholestérol certes normal mais un taux de CRP élevé. Merck interrompit l’étude au printemps. Les résultats étaient déjà significatifs lors des bilans intermédiaires. Le principe actif abaissait le taux de LDL d’environ 50 % à la valeur de 55mg/dl et celui de CRP de 37 %. Le risque d’un infarctus du myocarde, d’une attaque cérébrale ou d’une revascularisation artérielle était réduit de moitié par rapport au groupe placebo. La statine abaissait aussi la mortalité de manière significative.

Les résultats de l’année 2008 indiquent qu’il est fini le temps où nous croyions que le HDL et le LDL pouvaient nous prédire l’avenir du cœur et des vaisseaux. Il est possible que le test CRP fasse bientôt partie des contrôles de routine et que les nouveaux balais balayent mieux notre système de canalisation que les vieux.

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1 commentaire:

Dr Khadidja Abbou
Dr Khadidja Abbou

vraiment interessannte l’ etude jupiter le taux de crp fait partie de mes examens depuis longtemps bravo

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