Rage : le diable qui mord la queue

21. juillet 2015
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Dans de nombreuses régions d’Afrique et d’Inde, les quadrupèdes transmettent le virus de la rage. Il ne serait pas difficile d’éradiquer la rage sur place, sans grand coût. Les pays occidentaux ne doivent pas rester à l’écart de cette situation. Mais un des problèmes lié à cette situation est que les maladies des pauvres sont peu étudiées.

En Europe et en Amérique du Nord, la rage est depuis longtemps un phénomène marginal, si on excepte les chauves-souris. Durant la même période, des médecins d’Inde et d’Afrique subsaharienne rapportent un certain nombre de cas causés par des morsures de chien. Les chiffres exacts sont encore actuellement inexistants, car de nombreux pays ne collectent pas les données. Ils manquent tout simplement d’infrastructures appropriées. Récemment, les chercheurs ont tenté d’en quantifier l’ampleur.

Des coûts élevés pour l’économie

Katie Hampson, Glasgow, a utilisé différentes sources pour son étude. L’équipe a interrogé les médecins, les vétérinaires et les médecins biologistes dans leurs domaines respectifs. Hampson a donc au moins obtenu une estimation approximative, mais avec une extrême dispersion. Année après année, selon les extrapolations, de 25000 à 159200 personnes meurent de la rage. Felix Lankester, Pullman, parle dans un article de « plus de 69 000 victimes » [Paywall]. La plupart des décès se produisent en Asie (59,6 pour cent) et en Afrique (36,4 pour cent). De manière surprenante, en Amérique latine, Haïti est considéré comme un point chaud avec environ 70 pour cent de toutes les infections basées sur la région. Les conséquences sont fatales : en tout, la rage entraîne une perte pour l’économie laborale de 3,7 millions d’années de vie et des pertes économiques de 8,6 milliards de dollars US par an. Compte tenu de cette énorme perte financière, une vaccination systématique des chiens aurait un coût négligeable, écrit Katie Hampson. Les prophylaxies post-exposition finissent par coûter plus cher, si on fait abstraction du manque de disponibilité des vaccins appropriés. Sans vaccination préalable ou post-exposition, l’infection conduit à quelques exceptions près en 15 à 90 jours à la mort.

Des vaccins pour le monde

Lankester suggère la même ligne de conduite : la plupart des patients est infectée par le virus mortel par des chiens. En termes purement statistiques, les chiens domestiques représentent le plus grand risque, en particulier en cas de forte densité de population comme dans certains pays africains. Ils transmettent le virus à, au maximum, deux autres êtres vivants, incluant les humains, avant leur mort. C’est à ce niveau que les autorités sanitaires et les ONG devraient agir, selon les revendications. En première place, les scientifiques demandent qu’on s’occupe des chiens errants, suivis par les animaux sauvages. Plusieurs pays ont lancé la vaccination de masse des chiens domestiques. En Afrique du Sud, en Tanzanie, au Zimbabwe et au Tchad, moins de onze pour cent de tous les animaux sont sans maître. Dans ce contexte, des taux de 70 pour cent de vaccination peuvent être obtenus avec $ 100 par kilomètre carré. La probabilité d’une épidémie de rage est, dans ces conditions, proche de zéro pour cent. Dans certaines régions d’Amérique latine, il est particulièrement évident que les médecins, les vétérinaires et les autorités peuvent travailler ensemble pour éradiquer la rage. Là-bas, il a été possible de réduire les cas de maladie chez les chiens de 99 pour cent. Mais des projets durables se heurtent au scepticisme de certains politiciens locaux. Une fois de plus, ils réagissent au problème au lieu d’agir. Le meilleur exemple: en raison de l’insuffisance des règlements de quarantaine, un chien enragé est arrivé à Bali en 2008. Il a infecté d’autres animaux et une avalanche a commencé. En conséquence, il y a eu environ 130 décès. En Avril 2015, les autorités ont décidé de vacciner les chiens systématiquement. Savoir si la rage peut être contrôlée uniquement par le vaccin est une autre question.

Laisser à l’écart plutôt qu’agir

Dans ce contexte, les fabricants de produits pharmaceutiques sont beaucoup critiqués. Les maladies rares sont très loin sur leur liste de priorité. Pour la rage, les vaccins sont régulièrement en rupture, c’était encore le cas récemment en Février. Il manque de tests rapides, ainsi que de la pharmacothérapie. Actuellement, immédiatement après l’exposition, les médecins ne peuvent pas détecter ou exclure les infections virales. Lorsque le manque d’intérêt conduit à des maladies négligées, la communauté internationale se retrouve confrontée à des virus comme le virus Ebola. MSF Allemagne a critiqué les prix parfois excessifs pour les vaccins. En parallèle, les vulnérabilités sont dénoncées. « Ebola a montré de manière spectaculaire l’échec du monde dans la recherche en santé mondiale », explique Philipp Frisch de MSF. « Et également, concernant le virus Ebola, nos équipes sont souvent impuissantes parce que les médicaments, les vaccins et les outils de diagnostic efficaces, appropriés et abordables, font défaut ». Des experts de plusieurs pays proposent donc la création d’un fond d’innovation et de recherche à vocation internationale financé par le budget de tous les pays du G7. Leur idée est de créer un partenariat de développement de produits soutenus par le gouvernement entre les institutions de recherche, les fondations et les fabricants. Mais maintenant, les dirigeants doivent en annoncer la couleur.

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Médecine, Médecine interne

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1 commentaire:

docteur vétérinaire lancina ki
docteur vétérinaire lancina ki

la prévention chez l’animal de compagnie n’est pas encore rentrée dans les habitudes des gens. cependant il y a évolution positive sur le plan comportemental en Afrique en ce sens que les gens vaccinent plus régulièrement leurs animaux de compagnie. le cout du vaccin est encore inaccessible aux populations rurales 2000 francs CFA la dose du simple vaccin anti rabique (dose unique).
le diagnostic dans les cas de morsures est difficile pour le moment du fait que les laboratoires sont insuffisants quantitativement et par conséquent sont inaccessibles car distants. bref le chemin pour éradiquer la rage est encore long

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