L’acidité contre la douleur

15. décembre 2008
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Une protéine du corps, connue jusqu'à présent comme marqueur tumoral, a manifestement encore d'autres propriétés. La phosphatase acide prostatique est une enzyme capable de réprimer la douleur plus efficacement que la morphine.

L’équipe de recherche américaine autour de Mark Zylka découvrit lors d’expérimentations animales sur des souris que l’effet anti-douleur de la phosphatase acide prostatique (PAP) dure huit fois plus longtemps que dans le cas de la morphine. Afin de mesurer l’efficacité, ils injectèrent une forte dose de PAP dans le système nerveux central de la moelle épinière des animaux. D’autres expérimentations révélèrent le mode d’action de la protéine PAP. Le principe repose sur la transformation d’ATP (adénosine triphosphate) en adénosine. Les chercheurs de la Caroline du Nord expliquent que cette molécule organique a la particularité de bloquer la transmission du signal douleur, ce qui a pour effet de l’atténuer.

Des études cliniques incertaines

DocCheck demanda à Zylka quand son équipe allait démarrer les études cliniques. Sa réponse : « Ça n’est pas encore fixé et cela dépend de si et quand nous obtiendrons des moyens pour financer les études cliniques. Ou bien si on trouve un laboratoire pharmaceutique qui veut que l’on continue. » Des chercheurs japonais déclarent avoir eu une même approche déjà en 2004. Ils ont développé une molécule artificielle avec laquelle le récepteur ORL-1 (Opioid-Receptor-Like 1) devrait être bloqué. Bien qu’ils aient travaillé autrefois avec un laboratoire pharmaceutique, il règne un silence autour du projet. Va-t-il en advenir de même pour l’équipe autour de Zylka ?

De nouvelles connaissances importantes sur la PAP

DocCheck voulut savoir comment les experts évaluent ce projet de recherche et posèrent la question au Professeur Dr. Kay Brune, Directeur de l’Institut de toxicologie et pharmacologie expérimentale et clinique à Erlangen et porte-parole du DGPT. Il expliqua : « Les résultats de recherche de Mark Zylka sont importants et ont été publiés dans une excellente revue afin qu’ils soient pris au sérieux. La stratégie de cette analyse n’est pas de trouver un moyen issu du corps pour lutter contre la douleur mais d’expliquer la signification de la PAP dans la perception de la douleur. Ce qui est nouveau, c’est que la PAP peut augmenter la formation d’adénosine dans le système nerveux central. Ce qui reste cependant à éclaircir dans les recherches de Zylka et des autres, c’est pourquoi le bloqueur des récepteurs de l’adénosine, la caféine, que beaucoup de gens consomment tous les jours en grande quantité et qui empiète très légèrement sur le système nerveux central, n’amplifie pas la douleur mais la soulage plutôt, comme de nombreux travaux provenant aussi de notre groupe l’ont montré. »

Les risques et les effets secondaires

Qu’en est-il des risques de l’adénosine et de la PAP ? L’adénosine est un médiateur chimique ubiquiste dans l’organisme humain. Son précurseur AMP (Adénosine monophosphate) joue un rôle déterminant dans la régulation énergétique (AMP-Kinase), nous dit Brune. L’adénosine a également probablement de nombreuses propriétés modulatrices dans le système nerveux central. L’adénosine et des substances proches peuvent activer les récepteurs de l’adénosine de différentes manières, parmi lesquelles aussi la modulation de la perception de la douleur. « Il est exclu d’utiliser l’adénosine ou l’adénosine monophosphate dans le cadre d’une thérapie contre la douleur étant donné que l’effet n’est pas suffisamment spécifique et qu’il conduit par exemple à une chute de tension. Il est également exclu de donner de la PAP dans la moelle épinière de personnes souffrant de douleurs comme cela a été fait lors des expérimentations animales étant donné que l’injection directe de protides dans le système nerveux central provoque régulièrement des effets indésirables graves et dangereux », explique Brune sur l’état actuel des connaissances.

Pas d’emploi dans les thérapies anti-douleur

« Nous sommes ‘des experts mondiaux’ dans la recherche d’antalgiques du propre corps », prétend Zylka vis-à-vis de DocCheck. Les experts dans le domaine comme Brune le voient différemment : « Concernant le traitement de la douleur dans la moelle épineuse, il y a certainement d’autres experts comme Clifford Woolf du Harvard Medical School à Boston et Hanns Ulrich Zeilhofer de l’école technique fédérale de Zurich qui sont au moins aussi importants », nous dit Brune. Son bilan : « Je suis ravi qu’au moins une des propriétés de la PAP – que nous ne connaissions jusqu’à présent qu’en tant que marqueur des cancers de la prostate en développement – ait pu être appréhendée. Une percée dans la thérapie anti-douleur n’est pas en vue. L’utilisation directe de l’enzyme dans le système nerveux central chez les grands malades semble exclu au moins dans les prochaines années, sans compter que la thérapie courante avec le ziconotide est associée à une série d’effets secondaires graves et qu’elle ne peut ainsi être employée que dans les cas désespérés. »

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