Alzheimer ? Respirez un bon coup

26. janvier 2009
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Inhibiteurs de la cholinestérase, mémantine, ginkgo ? C'est de l'histoire ancienne. Des médecins américains ont traité des patients atteints d'Alzheimer par ventilation spontanée en pression positive continue (C.P.A.P.). Et voyez le résultat : les performances cognitives pourraient être améliorées.

Cela a souvent été discuté : la thérapie médicamenteuse basée sur les inhibiteurs de la cholinestérase et la mémantine est certes considérée comme efficace, mais ne conduit pas à de fortes améliorations et notamment à un ralentissement notable de la progression de la maladie. On travaille vivement sur d’autres approches mais avec peu de succès jusqu’à présent malheureusement. Le meilleur espoir, le vaccin contre la bêta-amyloïde, était trop dangereux dans sa forme la plus efficace pour les patients. Le vaccin suivant n’a pas encore dit son dernier mot, mais on ne peut plus parler d’euphorie. Les vaccins passifs avec des anticorps contre la bêta-amyloïde ainsi que l’inhibition de la secrétase qui produit de la bêta-amyloïde à partir de protéines précurseurs sont aussi étudiées. Mais là encore : efficace mais pas révolutionnaire.

Démence : la C.P.A.P. est bonne pour le cerveau !

Ne nous étonnons donc pas de voir que d’autres continuent leurs recherches – et notamment à des endroits complètement différents. Des médecins de l’université de Californie à San Diego ont fait des découvertes dans le laboratoire du sommeil : ils soutiennent que les performances cognitives des patients atteints d’Alzheimer peuvent être améliorées grâce à la C.P.A.P. La C.P.A.P. (continuous positive airway pressure) est connue comme une forme de respiration artificielle continue et non-invasive employée notamment chez les patients souffrants d’apnées obstructives du sommeil (O.S.A.). Les californiens ont réalisé une étude contrôlée randomisée chez 52 hommes et femmes atteints d’O.S.A. et d’Alzheimer à un stade allant de bénin à moyen. Ils la décrivent dans le magazine « Journal of the American Geriatrics Society ». L’étude consistait tout d’abord à traiter pendant 3 semaines la moitié des patients avec la C.P.A.P. Après 3 semaines, les sujets traités par placebo au départ firent aussi de la C.P.A.P., ceci pendant 3 autres semaines. Divers paramètres concernant la cognition révélèrent une tendance favorable à la respiration artificielle à la fin de la phase contrôlée par placebo. En comparant la globalité du groupe à la fin de l’étude par rapport au début, les améliorations des paramètres cognitifs atteignaient un niveau statistiquement significatif. Sonia Ancoli-Israel, la directrice de l’étude, justifie le fait que la signification n’avait pas été atteinte après 3 semaines, malgré la tendance positive, par un trop petit groupe. « Les résultats du test montrent que nous avons une amélioration de l’apprentissage verbal et de la mémoire mais aussi des fonctions exécutives comme la flexibilité cognitive et le traitement mental », nous dit Anconi-Israel.

La C.P.A.P. n’est pas un antidémence

La C.P.A.P. semble donc agir. La question est de savoir pourquoi. Il faut tout d’abord éclaircir une fois pour toute le rôle de l’apnée obstructive du sommeil dans le contexte. Anconi-Israel estime que le quota d’O.S.A. chez les patients atteints de démence est de 70 à 80 pourcents. La C.P.A.P. ne serait donc pas une thérapie exotique pour une petite minorité. « Il est improbable que l’O.S.A. provoque la démence », nous dit l’experte. Elle croit plutôt que ce sont le niveau d’oxygène plus bas qui accompagne l’O.S.A. et les troubles du sommeil qui perturbent de surcroit la fonction cognitive déjà limitée de toute façon : « L’étude encourage au moins à essayer une thérapie avec C.P.A.P. chez les patients qui ont en même temps de la démence et de l’apnée obstructive du sommeil. »

Moins de somnolence durant la journée

Une autre observation laisse à penser qu’il ne s’agit pas de relations causales mais de co-symptomatologie. « L’étude a aussi montré que la C.P.A.P. améliore la somnolence de jour », nous dit le Professeur Jody Corey-Bloom du service neuroscience à l’UCSD. La somnolence de jour touche souvent les patients atteints d’Alzheimer. Mais c’est aussi un symptôme typique de l’apnée obstructive du sommeil. Les scientifiques font encore remarquer qu’on sait depuis longtemps que, chez les personnes saines, la respiration artificielle par C.P.A.P. a aussi des effets sur les capacités cognitives. Ils mettent cependant en garde contre le réflexe de ne pas tout d’abord chercher une apnée du sommeil éventuelle chez les patients atteints d’Alzheimer car la respiration artificielle non invasive ne pourrait de toute façon pas être employée chez ces patients. Dans une recherche antérieure, Anconi-Israel et Corey-Bloom pouvaient au moins montrer que les patients traités en ambulatoire tolèrent très bien une thérapie durable avec C.P.A.P. dans la grande majorité.

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