Le fœtus hisse le drapeau blanc

26. janvier 2009
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Pendant la grossesse, la mère et l'enfant concluent un pacte de non-agression. On sait depuis longtemps et de manière détaillée comment le système immunitaire maternel est contrôlé. Les chercheurs nous montrent aujourd'hui comment fonctionne le contrôle sur la défense immunitaire étonnamment mature du fœtus.

Beaucoup de couples ont des doutes. Environ un couple sur 50 voit ses tentatives de procréer se terminer par un avortement, ceci sans raison évidente dans la moitié des cas. Mais même si la grossesse s’est déroulée normalement, beaucoup de complications viennent du fait qu’un tas de cellules, issues pour au moins la moitié de tissus étrangers, s’ancrent dans l’utérus. Les médecins qui réalisent des transplantations ne sont pas les seuls à savoir que les tissus avec des antigènes HLA étrangers ont souvent une chance de survivre chez le bénéficiaire seulement si une immunosuppression forte est opérée.

Un système immunitaire fœtal mûr très tôt

La mère fait connaissance très tôt avec les cellules de sa progéniture. Les cellules embryonnaires se trouvant dans sa circulation sanguine entretiennent un chimérisme permanent. Dans le cadre de la relation qui unit fortement la mère et le fœtus en croissance dans son ventre, la mère n’est pas la seule à réagir au prétendu intrus qui, pendant ce temps, prend ses aises dans son corps; l’embryon construit aussi son propre système de défense contre les corps étrangers et est prêt à lutter avec ses propres armes. Dans l’édition du magazine scientifique Science du 5 décembre, les scientifiques de l’université de Californie à San Francisco, qui ont coopéré avec l’hôpital Karolinska à Stockholm, expliquent ce qui empêche les cellules immunitaires du fœtus de se retourner contre sa mère.

Beaucoup d’immunologues considéraient jusqu’à présent la défense du fœtus comme « naïve » – elle ne connait presque pas d’antigènes étrangers. Par ailleurs, on pouvait difficilement examiner l’espace clos dans l’utérus. Chez la souris de laboratoire, le système immunitaire est immature à la naissance et les ganglions lymphatiques périphériques sont peu colonisés par les cellules T. L’équipe autour de Joseph McCune a récemment découvert dans des échantillons de ganglions lymphatiques humains que beaucoup plus de cellules maternelles que ce qu’on imaginait façonnent le système immunitaire du nourrisson. Elles génèrent une tolérance vis-à-vis des tissus maternels. On supposait jusqu’à présent que la délétion clonale avant tout empêchait une réaction contre la mère; l’équipe américaine a découvert un autre mécanisme. Après les 3 premiers mois de la grossesse, beaucoup de lymphocytes se trouvent déjà dans les ganglions lymphatiques périphériques et le foie du fœtus. Mais les cellules T régulatoires du fœtus étouffent une réaction agressive. Si on les retire de la culture de cellules, les lymphocytes réagissent contre les tissus maternels. Les scientifiques enregistrent même une réaction contre les propres tissus suite à une stimulation.

Cette envie de lutter n’est pas seulement réprimée chez la mère. Les études des scientifiques montrèrent que, même chez des candidats entre 7 et 17, les cellules T régulatoires bloquent l’attaque contre les tissus maternels et contre soi-même.

Les antigènes d’histocompatibilité non classiques confèrent une protection

Les mécanismes empêchant l’offensive contre le prétendu intrus dans l’utérus ont déjà été examinés précisément chez l’adulte. Pour se protéger des attaques des cellules T cytotoxiques, les antigènes HLA classiques de la classe I et II (à la place des molécules HLA non classiques des classes HLA-G, HLA-F et HLA-E) font défaut au trophoblaste embryonnaire. En revanche, le Fas L, qui veille au suicide programmé des cellules (apoptose), s’y trouve et est de ce fait probablement co-responsable de la tolérance maternelle. En définitive, des cellules T régulatoires contrent aussi l’attaque contre le fœtus dans le système immunitaire maternel. Le contrôle pour éviter les réactions de rejet nous souhaitées de la mère vis-à-vis son propre enfant se reflète chez sa progéniture en croissance.

Les découvertes de McCune et de ses collègues sont surprenantes, pour beaucoup d’experts aussi. Si les observations se confirment, on pourrait expliquer l’inefficacité de vaccins infantiles chez certains enfants dont le système immunitaire est affaibli. Des corps étrangers parvenus pendant la grossesse dans le système circulatoire de l’enfant génèrent peut-être là une tolérance à long terme. Joseph McCune fait pour cette raison la remarque suivante : « Seulement 5 à 10 pourcents des enfants qui naissent de mères séropositives n’ayant pas de traitement sont eux-mêmes atteints. Il est possible que la tolérance immunologique du fœtus joue un rôle. » Dans le cas d’opérations directement après la naissance, si le nouveau-né a besoin d’un nouveau cœur ou de reins, la solution pourrait être d’introduire des cellules du receveur dans le corps de la mère au lieu d’opérer une immunosuppression forte.

Pourquoi l’homme a-t-il besoin si tôt d’un système immunitaire aussi perfectionné ? Pour le moment, la question ne permet de faire que des spéculations, comme celle de Jeff Mold, premier auteur du Science-Paper : « L’environnement du fœtus est un système très dynamique qui change très vite avec la croissance. La raison en est peut-être que le fœtus doit développer très tôt une sensation de son corps et une tolérance à tout ce qui intervient dans cette phase de développement. » Mold argumente en disant qu’il est possible qu’une défense immunitaire forte ne soit pas encore nécessaire dans le corps de la mère mais qu’elle permet d’offrir immédiatement une protection efficace dès que l’enfant voit le jour et doit se battre contre des germes nuisibles.

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1 commentaire:

dr sylvie mourrellon
dr sylvie mourrellon

ecellent

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