Des blocs malins

25. février 2009
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L'état de stress post-traumatique peut être la conséquence de graves traumatismes et fait revivre les malades des dangers passés. Des chercheurs anglais viennent de découvrir que le jeu d'ordinateur Tetris peut empêcher l'apparition des symptômes de la maladie.

Guerres, catastrophes, accidents graves et autres événements traumatiques : certains survivants ont du mal à tourner la page. Et même si le danger a eu lieu il y a longtemps, il est toujours présent. Ce qui a été vécu est revécu jour et nuit ; il est difficile de se concentrer pendant la journée et de se reposer la nuit à cause de cauchemars. Peur, dépression, sentiment de culpabilité et perte d’intérêts – les conséquences psychosociales peuvent être dramatiques.

Le traumatisme protège des conséquences du traumatisme

Les personnes atteintes d’un état de stress post-traumatique (ESPT) devraient faire l’objet d’une assistance médicale et d’un traitement le plus tôt possible. Le but est de pouvoir maîtriser les peurs, insomnies, problèmes de concentration et autres symptômes, de pouvoir affronter les souvenirs et les images et d’intégrer le traumatisme dans sa propre histoire. La thérapie peut durer plusieurs années.

On sait peu de choses concernant l’origine de l’ESPT. On a découvert à l’aide de l’imagerie fonctionnelle que l’ESPT est associée à une activité réduite du cortex préfrontal ventromédian et à une activité renforcée de l’amygdale qui joue un rôle dans le traitement de la peur. Jordan Grafman, chercheur américain spécialiste du cerveau à l’institut national de la santé dans le Maryland, confirma ces informations. Il montra à l’aide d’examens d’IRM que, chez les vétérans de guerre, certaines blessures cérébrales préservent le développement d’un ESPT (Nature Neuroscience 2007; 11: 232-237). Lorsque les vétérans présentaient des lésions cérébrales dans les régions citées du cerveau, ils développaient plus rarement un ESPT .

Moins de flashbacks avec Tetris

Mais les patients souffrants d’ESPT et ayant une blessure cérébrale pouvant les préserver des suites d’un traumatisme sont probablement les moins nombreux. Une équipe de recherche américaine autour de Craig Powell de l’université Texas à Austin a découvert une possibilité de thérapie. Elle découvrit au cours d’expérimentations animales que la corticostérone produite par le corps peut influencer le développement d’un ESPT (J. Neurosci. 2006; 26: 9560-9566). La corticostérone influençait le niveau de peur des souris quand le principe actif leur était injecté lors du retour au point de départ du traumatisme.

Des scientifiques autour d’Emily Holmes de l’université d’Oxford en Grande-Bretagne sont sur la piste d’une stratégie de prévention d’un tout autre genre (PLoS ONE 4(1): e4153. doi:10.1371/journal.pone.0004153). Ils produisirent un traumatisme chez 40 volontaires en leur montrant des images choquantes, à savoir des films de blessures ayant différentes origines. Trente minutes après, les chercheurs laissèrent jouer la moitié des candidats au jeu sur ordinateur Tetris. Ces candidats eurent moins de flashbacks dans les semaines suivantes que ceux qui n’avaient pas joué à Tetris.

Le jeu est en concurrence avec les images choquantes

Le jeu Tetris est un genre de puzzle en temps réel dans lequel le joueur doit manipuler des formes colorées. Celles-ci tombent du haut vers le bas et sont à ranger le mieux possible pour qu’une ligne soit complètement constituée et qu’il n’y ait pas de trous. Les lignes qui ont été terminées disparaissent de l’écran.

Les scientifiques pensent que la perception des formes et le mouvement des figures rivalisent avec les images du traumatisme dans la partie sensorielle du cerveau. Ce processus pourrait interférer d’une certaine façon avec la manière dont les souvenirs sensoriels sont constitués dans la période suivant un traumatisme et réduire ainsi le nombre des flashbacks survenants plus tard.

« Nous savons qu’il est possible d’influencer différents types du souvenir sur une période allant jusqu’à 6 heures après un événement », nous dit Catherine Deeprose qui participe à l’étude. « Comme nous avons pu le démontrer sur des personnes saines, le fait de jouer à Tetris permet de réduire les souvenirs de type flashback dans ce laps de temps, ceci sans effacer la possibilité de donner un sens à l’événement. »

Intervention praticable ou pure expérimentation ?

On peut se demander dans quelle mesure il sera possible de laisser jouer les traumatisés à Tetris juste après un événement traumatisant. Il est cependant possible que les découvertes de l’étude contribuent au développement de nouvelles stratégies dans l’intervention de crise aidant à prévenir le développement d’un ESPT.

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