Particules fines : il y a de la démence dans l’air

5. juin 2015
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Toute personne qui vit dans une rue passante doit s’inquiéter pour ses fonctions cérébrales. Même une petite augmentation de la concentration en particules a un effet négatif : des infarctus cérébraux silencieux qui augmentent, entre autres, le risque de démence s’accumulent.

La vie dans une grande ville offre de nombreux avantages : un programme culturel diversifié, un bon choix d’écoles, des universités, des lieux de travail, des possibilités de formation et une gamme presque inépuisable d’activités sportives et de loisirs. Mais l’air de la ville peut également endommager les fonctions du cerveau, comme l’indique une étude récente [paywall] publiée dans la revue « Stroke ». Les scientifiques du Beth Israel Deaconess Medical Center de Boston ont étudié les effets de la pollution particulaire dans les grandes villes sur le cerveau humain.

Les scanners cérébraux montrent une relation

Le fait que la pollution de l’air peut augmenter le risque d’accident vasculaire cérébral est connu depuis longtemps. Les chercheurs ont montré qu’une exposition à long terme aux particules fines peut aussi endommager les structures du cerveau humain et peut conduire à une altération des fonctions cognitives chez les personnes âgées. Pour cela, ils ont analysé les IRM du cerveau de plus de 900 personnes de plus de 60 ans et le volume de certaines aires cérébrales individuelles. Cela incluait la totalité du volume cérébral du cerveau, qui est considéré comme un marqueur lié à l’âge pour l’atrophie du cerveau, et le volume de l’hippocampe, qui reflète les changements dans la zone du cerveau qui contrôle la mémoire. En outre, les chercheurs ont enregistré le volume de l’hypersignal de la substance blanche, qui peut être utilisé comme une mesure de changements pathologiques et des processus de vieillissement. Ils ont aussi cherché des indices sur l’existence de caillots de sang et de petits infarctus. Les sujets qui souffraient de démence ou qui avaient déjà eu un accident vasculaire cérébral furent exclus.

Les particules fines réduisent le cerveau

Les données des scanners du cerveau montrèrent alors aux chercheurs une corrélation avec le lieu de résidence des sujets. La résidence des participants à l’étude près de routes passante faisait varier leur exposition aux particules d’une taille de 2,5 microns (PM 2,5).

Infos sur les particules fines

On appelle particules fines de minuscules particules dans l’air qui sont imperceptibles à l’œil nu. Lors de conditions météorologiques particulières, on peut voir la poussière sous la forme d’une brume. Les particules dans l’air ne tombent pas aussitôt sur le sol, mais restent un certain temps dans l’atmosphère. En fonction de la taille des particules de poussière, les particules fines sont divisées en fractions : sous MP10, on se réfère à toutes les particules de poussière dont le diamètre aérodynamique est inférieur à 10 micromètres (soit 10 millionièmes de mètre). Un sous-ensemble de la fraction PM10 correspond aux particules plus fines dont le diamètre aérodynamique est inférieur à 2,5 microns. Ceci est appelé la « fraction fine » ou 2,5 (par opposition à la gamme de taille 2,5 à 10 microns dite « fraction grossière »). Les plus petites d’entre elles, avec un diamètre aérodynamique inférieur à 0,1 micromètres (soit 100 milliardièmes de mètre), sont les particules ultrafines, explique l’Agence fédérale allemande de l’environnement.

Processus de rétrécissement plus rapide

En fait, la poussière fine semble affecter le cerveau humain massivement : les sujets avec des taux de particules fines supérieurs ont en moyenne un volume de cerveau inférieur, leurs cerveaux ont subi un processus de rétrécissement plus rapide que chez les sujets moins soumis aux particules fines. Ils subissent également plus d’infarctus cérébraux silencieux. Ce sont des petites attaques qui ne sont pas perçues par les personnes touchées. « Ces résultats sont surprenants » a déclaré la chef de l’étude Wilker. « Il est connu que les infarctus silencieux augmentent le risque d’AVC majeurs, mais aussi de démence, de problèmes de coordination et de dépression. »

Relation linéaire reconnue

Comme les scientifiques le rapportent, il y a même une relation linéaire entre la charge particulaire et ses conséquences : pour chaque augmentation de la pollution atmosphérique par les particules de deux microgrammes par mètre cube d’air, les sujets avaient un risque 46 pour cent plus élevé d’avoir des attaques cérébrales. En outre, l’augmentation de la pollution atmosphérique par les particules de deux microgrammes par mètre cube d’air conduit à une diminution du volume du cerveau des sujets correspondant au volume du cerveau de personnes âgées de 1 an de plus. Ainsi, plus la quantité est importante, plus le cerveau des participants est « vieux ». L’étude suggère que pour obtenir ces effets, la pollution de l’air actuelle par les particules fines dans la plupart des villes est suffisante.

La poussière peut résulter de réactions chimiques complexes dans l’atmosphère ou être causée par l’activité humaine. Les facteurs humains comprennent les véhicules à moteur (voitures, camions), les centrales thermiques, les incinérateurs de déchets, les fours et les appareils de chauffage dans les maisons, l’élevage et certains procédés industriels. Dans les zones urbaines, en particulier, la route est une source essentielle de particules fines. Ces particules fines dans l’air ne proviennent pas seulement des moteurs, en particulier des moteurs diesel, mais aussi de l’usure des freins et des pneus, ainsi que la remise en suspension de la poussière sur la surface de la route.

Comment les particules fines agissent-elles ?

D’une part, la surface des particules fines peut accumuler des substances nocives telles que des métaux lourds ou des hydrocarbures aromatiques polycycliques cancérogènes. Mais les particules fines elles-mêmes représentent un risque pour la santé : plus les particules sont fines, plus le risque de tomber malade augmente. Les petites particules pénètrent plus profondément dans les voies respiratoires que les grandes. Cela les conduit dans des zones où elles ne sont pas évacuées par l’expiration. Les particules ultrafines peuvent également pénétrer à travers les alvéoles dans la circulation sanguine et se répandre par le sang dans le corps. D’autres études doivent encore clarifier par quel processus les particules fines modifient le cerveau.

Les particules fines sont toujours nuisibles

Comme l’OMS l’a noté, il n’y a pas de concentration de particules fines en dessous desquelles aucun effet néfaste n’est à prévoir. Non seulement des niveaux élevés sur une durée courte conduisent à des effets néfastes sur la santé, mais des concentrations plus faibles mais sur une plus longue période peuvent aussi entraîner des risques pour la santé. La pollution par particules fines devrait donc toujours être la plus faible possible.

Publication originale :

Long-Term Exposure to Fine Particulate Matter, Residential Proximity to Major Roads and Measures of Brain Structure [Paywall]
Elissa H. Wilker et al.; Stroke, doi: 10.1161/STROKEAHA.114.008348; 2015

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1 commentaire:

dr gerard lamarque
dr gerard lamarque

pour l instant il n est pas signale de plus grande frequence de detrioration mentale chez les professions exposees el me semble

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