Piquer contre la piqûre

25. février 2009
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De l'écorce du quiquina au DDT. Toutes les tentatives d'élimination du paludisme dans les tropiques sont restées jusqu'à présent tout aussi vaines que variées. Un vaccin efficace pourrait fortement endiguer l'épidémie dans quelques années.

L’Afrique libérée du paludisme. Une utopie que notre génération ne connaitra pas ? Si on en croit les calculs mathématiques de Gabriela Gomes de l’institut portugais Instituto Gulbenkian de Ciência, nous pouvons stopper l’apparition du paludisme au moins dans les régions avec une transmission modérée. En Afrique, peu de régions ne remplissent pas ce critère. Cependant l’article dans la revue spécialisée PLoS ONE passe sous silence les remèdes qui s’y prêtent le mieux.

Résistances contre le principe actif de l’armoise

Selon les données de l’Unicef, 800 000 enfants meurent tous les jours de la maladie tropicale, d’autres estimations parlent du triple. Les spécialistes en médecine tropicale essaient d’endiguer la maladie, qui menace toujours l’avenir de l’Afrique mais aussi de l’Asie du Sud-Est et de l’Amérique latine, avec des approches complètement différentes. La thérapie de combinaison à base d’artémisinine s’est révélée efficace ces dernières années. Le principe actif provenant d’armoise âgée d’un an a montré de bons résultats dans plusieurs études et a encore un autre avantage : la plante pousse sur place. Avec un peu de savoir-faire, on peut fabriquer des médicaments efficaces également dans les pays sans budgets faramineux. À la conférence des spécialistes américains en médecine tropicale qui eu lieu à l’automne à la Nouvelle Orléans, certains parlaient cependant du revers de la médaille. Au Cambodge où le principe actif de l’armoise est souvent administré sans autre thérapie, toujours plus de résistances du parasite apparaissent. Le mur d’optimisme et de confiance dans le combat contre le paludisme a sa première fissure.

Vaccin : fonction précise inconnue, bons résultats

Là où des thérapies efficaces échouent, il y a l’espoir d’un vaccin pour étouffer une irruption dans l’œuf. Le candidat le plus prometteur est en ce moment un vaccin contre un antigène sporozoïtique de l’agent pathogène du Plasmodium falciparum. Deux études de phase II, dont les résultats ont été publiés en décembre dans le New England Journal of Medicine, relataient une protection de plus de 50% chez les enfants au Kenya et en Tanzanie. Environ 900 enfants âgés de 5 à 17 mois furent vaccinés avec le vaccin RTS,S développé par Glaxo ou avec le vaccin contre la rage comme contrôle. Une autre étude effectuée en Tanzanie appliquait le vaccin en même temps que les vaccins de routine contre la diphtérie, le tétanos, l’haemophilus influenzae, la coqueluche et la polio.

Les deux études se différenciaient aussi du fait des adjuvants employés. Dans l’étude Kenya/Tanzanie, un nouvel adjuvant fit augmenter le titre d’anticorps d’environ 10 fois plus. Les résultats de protection contre la maladie étaient cependant semblablement bons. Les spécialistes s’étonnèrent aussi que le vaccin soit maintenant beaucoup plus efficace en comparaison avec des études précédentes, comme le rapporte l’expert en paludisme Volker Heussler de l’institut Hamburger Bernhard Nocht Institut dans un entretien avec DocCheck. « L’efficacité comparable des deux vaccins indique que, malgré les divers adjuvants, non seulement l’immunité transmise par les anticorps mais aussi par les cellules T entre en jeux en matière de défense contre les sporozoïtes de Plasmodium ». Kevin Marsh, Directeur du centre de recherche anglo-kenyan à Kilifi, rapporte : « Personne ne sait exactement comment RTS,S agit », même après 20 ans de développement.
Les scientifiques de l’institut de Hambourg attendent de ce fait avec impatience les propres résultats des études en cours de Ghana. Les experts comme William Collins et John Barnwell du CDC américain espèrent toutefois que le nouvel adjuvant puisse offrir une protection plus longue que les 1 à 2 ans atteints jusqu’à ce jour.

Bactéries contre les moustiques vieillissants

L’équipe autour de Scott O’Neill de Bisbane en Australie décrit une stratégie d’un autre genre dans l’avant dernière édition de « Science« . L’idée est de raccourcir autant que possible la durée de vie des moustiques porteurs afin que le parasite ne puisse plus se développer. Les Australiens ont réussi à transmettre une bactérie symbiotique de la drosophile, Wolbachia, au vecteur du virus de la dengue. Étant donnée que seules les femelles Aedes Aegypti infectées transmettent leur bactérie intruse et que la combinaison inverse ne produit pas de descendance viable, les chercheurs espèrent avoir de bonnes chances pour que les bactéries se propagent aussi en toute liberté. Wolbachia raccourcit l’espérance de vie de son hôte de moitié environ. Dans un commentaire dans Science, Andrew Reed et Matthew Thomas spéculent que, si on arrive à raccourcir la durée de vie des moustiques Anophèles de 3 semaines, il ne resterait au moustique plus guère qu’une semaine pour contracter l’agent pathogène lors d’une piqûre chez une personne infectée. Car les chercheurs estiment à 2 semaines la période pendant laquelle les gamétocytes du paludisme se transforment en sporozoïtes suffisamment mûres pour continuer de proliférer dans l’homme. Un tel « manque de temps » pourrait au moins fortement refreiner l’épidémie. Toutefois personne ne sait si de telles hypothèses fonctionnent également en Afrique.

Pourquoi l’agent pathogène du paludisme sait y faire pour déjouer toutes les tentatives contre lui-même et ses vecteurs avec des vaccins et des principes actifs ? « Il n’existe pas un modèle animal simple », pense Gerd Pluschke de l’institut tropical bâlois. La recherche avance très lentement, seulement avec des macaques aigrettes et des anthropoïdes. Le plus probable est qu’une combinaison de toutes les stratégies fasse que les calculs de Gabriela Gomes se réalisent et donnent aux pays tropicaux un nouvel espoir de chance de développement.

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1 commentaire:

Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

La solution contre le surpopulation ?

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