Émulsifiants : colites au petit déjeuner

20. mai 2015
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Après que l’an dernier les édulcorants aient été suspectés d’être une cause possible de l’intolérance au glucose, des éléments de preuve indiquant que les émulsifiants sont en partie responsables de l’énorme augmentation des maladies inflammatoires au cours des dernières décennies s’empilent actuellement.

Les scientifiques ont montré dans une étude récente sur les souris que les émulsifiants peuvent promouvoir le syndrome métabolique, l’obésité et l’inflammation chronique des intestins. Les médecins autour de Andrew Gewirtz et Benoit Chassaing de la Georgia State University suggèrent que l’utilisation croissante des émulsifiants dans l’industrie alimentaire et l’augmentation des maladies inflammatoires au cours des dernières décennies sont étroitement liées, comme ils l’écrivent dans la revue « Nature ». En effet les deux maladies, le syndrome métabolique et l’inflammation chronique de l’intestin, sont accompagnées d’un changement dans la composition de la flore intestinale.

« Malgré le fait que le génome humain est durable et constant, ces maladies ont augmenté de façon spectaculaire. Il est très probable que l’environnement est un facteur ayant une influence » dit Chassaing, et d’ajouter : « Ce que nous mangeons a un impact direct sur notre flore intestinale, donc nous avons examiné si les additifs alimentaires modernes modifient les bactéries intestinales ce qui pourrait augmenter l’inflammation. »

Dans leurs expériences, les chercheurs ont testé les effets de deux émulsifiants ordinaires, le polysorbate 80 et la carboxyméthylcellulose (CMC), sur la flore intestinale des souris. Ils ont mis les substances dans l’eau de boisson des souris à une concentration qui est rencontrée dans les denrées alimentaires (1%).

Les émulsifiants changent la flore intestinale

Durant 12 semaines, les souris ont pris les émulsifiants avant que les scientifiques étudient le côlon des animaux. Comme chez les humains, de nombreux micro-organismes différents colonisent le côlon de la souris. En règle générale, les micro-organismes sont séparés par une couche de mucus provenant des cellules épithéliales de la paroi intestinale.

Si les bactéries intestinales n’ont aucun contact avec des émulsifiants, la distance aux cellules épithéliales se maintient. En moyenne, les bactéries se rapprochent de la paroi intestinale jusqu’à 25 microns, au plus près à dix micromètres, ont indiqué les chercheurs. En cas de contact avec des émulsifiants, cette distance est réduite de moitié, certaines bactéries avaient même un contact direct avec les cellules épithéliales. La couche de mucus protecteur était mince.

Cependant, non seulement la communauté bactérienne est plus proche de la paroi intestinale, mais les émulsifiants changent également la composition du microbiome intestinal : les chercheurs ont trouvé moins de bactéries saines du groupe des Bacteroidales. Les germes mucolytiques comme Ruminococcus gnavus ou inflammatoires comme Proteobacteria semblaient, toutefois, augmenter de manière significative en présence d’émulsifiants. La nouvelle flore bactérienne produit de plus en plus de flagelline et de lipopolysaccharide, qui à leur tour peuvent activer des gènes pro-inflammatoires via le système immunitaire.

La prédisposition augmente l’inflammation

Les souris avec une prédisposition génétique pour les maladies inflammatoires ont particulièrement souffert avec l’eau enrichie en émulsifiants et réagirent par des colites. Mais même chez les souris de type sauvage, les chercheurs ont pu montrer l’existence de réponses inflammatoires plus fortes. Sous le régime alimentaire à émulsifiants, les animaux avaient une augmentation de l’appétit et prirent également plus que les souris qui avaient bu de l’eau ordinaire.

Les souris stériles ne réagissent pas aux émulsifiants

« Il semble que de donner des émulsifiants à des hôtes génétiquement prédisposés entraîne une colite prononcée et une inflammation de bas grade chez les sujets sauvages », écrivent les chercheurs. Cette inflammation peut favoriser le syndrome métabolique.

Les souris stériles – qui sont aussi des animaux avec un intestin instable – ne répondent pas à l’alimentation riche en émulsifiants. Cependant, si les chercheurs transplantent la flore intestinale des souris qui avaient été nourries avec des émulsifiants dans les animaux précédemment stériles, ces souris développent également une inflammation intestinale. Les scientifiques voient cette circonstance comme une indication que ce sont les bactéries intestinales qui affectent la susceptibilité à l’inflammation et le métabolisme.

L’équipe de recherche travaille actuellement pour tester plusieurs émulsifiants et savoir si les résultats des tests peuvent être appliqués aux humains. Étant donné que les humains et les souris sont très similaires dans la structure et le fonctionnement de l’intestin, il est très probable que des émulsifiants dans le corps humain causent des réactions similaires à celles chez les animaux. Les scientifiques voudraient savoir dans un proche avenir quels mécanismes moléculaires sous-tendent ces réactions.

Trop manger n’est pas la cause ?

L’étude ne réfute en aucune manière l’hypothèse commune que la suralimentation favorise le développement de l’obésité et du syndrome métabolique, selon Gewirtz. « Nos résultats de tests confirment cette hypothèse même. En effet, des travaux précédents ont déjà montré que l’inflammation de bas grade résultant d’une flore intestinale altérée peut être la raison d’une prise alimentaire excessive. »

Les émulsifiants sont présents dans de nombreux aliments qui sont constitués de matières premières transformées – comme dans les saucisses, la crème glacée et le chocolat. Ils assurent une durée de vie plus longue des aliments, et l’amélioration de la consistance en combinant des ingrédients aqueux et gras.

L’utilisation des additifs alimentaires a considérablement augmenté ces dernières années. Les auteurs mettent en garde sur le fait qu’examiner ces additifs uniquement s’ils sont directement toxiques ou cancérigènes n’est apparemment pas suffisant.

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Médecine, Médecine interne

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1 commentaire:

docteur Françoise MERLE
docteur Françoise MERLE

En premier dans un article il est nécessaire de DÉFINIR le mot principal. Ici on nomme mais aucune définition de ce qu’est un ÉMULSIFIANT.
Je n’ai pas réussi à lire l’article!

#1 |
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