La mort en travail posté

31. mars 2009
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On en avait le pressentiment : balbutier quelque chose lors du briefing du matin après un service de 24 heures et des valises sous les yeux n'est pas un signe de pleine santé. Des données corroborent aujourd'hui la thèse que les médecins de garde meurent plus tôt que les autres.

Plusieurs millions de personnes ont un travail posté en France. Elles grouillent dans les grandes usines, la police, les imprimeries ou les services de garde. Elles sont aussi issues du monde de la santé où les médecins et le personnel soignant sont régulièrement de faction dans les hôpitaux pour s’occuper des patients dont les problèmes de santé ne veulent pas s’en tenir aux horaires normaux.

Les chercheurs simulent un travail posté dans la pénombre du laboratoire

Des épidémiologues aux horaires réglés s’intéressent depuis longtemps à l’espèce étrangère des travailleurs postés. Ils établirent des tableaux compliqués d’où il ressort que le travail posté pourrait s’accompagner d’un risque de maladies cardio-vasculaires plus élevé. Ces données étaient jusqu’à présent à prendre avec précaution car le travail posté n’est pas équitablement réparti entre tous les groupes sociaux. Les scientifiques du Harvard Medical School ont pris ce thème, pas dans le sens épidémiologique du terme, mais de manière expérimentale. Ils le racontent dans la Early Edition du magazine Proceedings of the National Academy of Sciences (DOI 10.1073/pnas.0808180106). Afin d’observer en direct ce qui se passe métaboliquement chez un travailleur posté, ils mirent 10 volontaires en situation de travail posté « simulé » dans un laboratoire pendant 10 jours. Les candidats vécurent ainsi sept jours de 28 heures à suivre dans une lumière tamisée constante. La conséquence fut que le rythme de sommeil tournait en rond : la phase d’endormissement fut repoussée tous les jours de quelques heures pour qu’à la fin du protocole, elle soit là où elle était au départ, soit 24 heures plus tard.

Le travail posté nuit au métabolisme

Contrairement à d’autres études avec une problématique semblable, les scientifiques autour de Frank Scheer firent attention à l’alimentation : exactement 4 repas par jour de 28 heures, avec à chaque fois le même nombre de calories, ce qui permis une meilleure évaluation du métabolisme du sucre avant tout. Et cela valut le coup : les résultats des chercheurs de Boston sont aussi déprimants à lire que le chapitre des analyses de laboratoire d’un manuel sur le syndrome métabolique. Avant tout dans chaque partie du protocole de 10 jours, dans lequel le rythme de sommeil des candidats avait été repoussé de 12 heures, les taux sanguins et autres paramètres cardio-vasculaires étaient plutôt singuliers et n’annonçaient rien de bon sur le plan du métabolisme cardiaque. Le niveau de leptine, l’hormone « qui fait mincir », chuta d’un cinquième. Malgré une sécrétion d’insuline montée d’environ un cinquième également, le taux de glucose postprandial avait augmenté de manière significative de 6 %. L’activité rythmique circadienne dans la sécrétion du cortisol s’inversa. Et la pression artérielle moyenne augmenta significativement. « Remarquons que la réponse du glucose postprandial se rapprochait des valeurs du pré-diabète chez 3 des 8 volontaires avec des données suffisantes », nous dit Scheer. Ce n’était pas comme cela avant et après. Rien que cet exemple nous montre clairement les conséquences cardio-vasculaires néfastes d’un décalage du rythme du sommeil, nous disent les auteurs.

La leptine est-elle la cause des tous les maux ?

Parce que les données recueillies sont multiples, elles laissent libre cours aux hypothèses concernant le mécanisme par lequel le travail posté bouscule l’équilibre cardio-métabolique. C’est ainsi que le taux de cortisol anormalement élevé était en corrélation avec une plus grande insulino-résistance et une hyperglycémie postprandiale à la fin de la période d’éveil. Les effets pro-diabétiques du travail posté pourraient être ainsi véhiculés via l’axe du stress hormonal. D’un autre côté, le taux de leptine fortement abaissé pourrait contribuer à une situation métabolique diabétique et même, à long terme, à la formation d’une adiposité par stimulation de l’appétit et réduction du métabolisme de base. Il est possible que la leptine produite dans le tissu adipeux soit à l’origine de tous les problèmes : « Nous ne pouvons pas expliquer de manière satisfaisante la baisse de leptine avec les variables qui influencent d’ordinaire le taux de leptine », nous dit Scheer. C’est pourquoi les scientifiques établissent l’hypothèse que le rythme de sommeil perturbé diminue presque immédiatement le taux de leptine de manière encore inexpliquée. D’autres recherches doivent être poursuivies dans ce domaine.

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1 commentaire:

Trés interessant,cela montre qu’il faudrait éviter de travailler trop souvent la nuit,je pensais que le travail la nuit pouvez favoriser les addictions,vous n’en parlez pas,cela a t’il eté étudié?

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