Biologie moléculaire : des relations sans gènes

20. mai 2015
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Gènes du célibat, gènes de séparation ou gènes d’infidélité : les biologistes extraient du matériel génétique beaucoup de secrets. Ce n’est néanmoins pas si simple : beaucoup de dispositions ne se développent que s’il y a des interactions appropriées avec l’environnement. La vie reste donc pleine de surprises.

« Chérie, je n’y suis pour rien concernant l’infidélité, ce sont mes gènes » : s’il s’agit de biologistes moléculaires, de telles excuses pourraient bientôt être entendues plus fréquemment. Les résultats d’une étude longitudinale allemande suggèrent que les traits de personnalité importants sont plus fortement contrôlés par notre constitution génétique qu’on ne le pensait auparavant. Ces traits de personnalité comprennent principalement les « Big Five », connu sous le nom du modèle à cinq facteurs : le névrosisme (labilité émotionnelle), l’extraversion, l’ouverture à de nouvelles expériences, le caractère consciencieux et l’agréabilité. Dans ce cadre, les gènes influent pour 40 à 60 pour cent, tandis que les influences sociales (environ 25 pour cent) et les expériences individuelles (environ 30 pour cent) se retrouvent derrière.

Écrit sur son visage

Certains « Big Five » jouent un rôle central dans les relations qui se nouent. Le névrosisme corrèle avec des pensées négatives, l’incertitude et la peur. Les personnes concernées sortent moins, ont des contacts moins fréquents avec d’autres personnes et ont plus de mal à converser avec des partenaires potentiels. L’extraversion conduit exactement à l’opposé. Mais comment peut-on détecter ces paramètres complexes ? Bernhard Fink de l’Université de Vienne a publié une étude avec des résultats surprenants. Il voit des corrélations entre les phénotypes et les variables psychologiques des personnalités. Peu de névrosisme et beaucoup d’extraversion sont associés à des visages symétriques. Il est considéré comme probable, mais pas scientifiquement certain, que cela soit dû à l’expression de régions similaires de notre génome.

Gène du célibataire…

Un autre aspect de la biologie moléculaire : les célibataires de longue date portent parfois des variantes du gène 5-HTA1, a découvert Zhou Xiaolin de l’Université de Pékin. Ce petit morceau d’ADN influence nos niveaux de sérotonine et existe dans une version CC- ou CG/GG. Les porteurs de la variante CG / GG avaient moins de sérotonine dans leur sang et étaient plus rarement en couple (39 pour cent) que les participants CC (50 pour cent). Comme base d’étude, Zhou a utilisé les données de 579 étudiants. Puis les chercheurs ont corrigé ses résultats en éliminant les paramètres interférents tels que les symptômes dépressifs, le manque de temps pour la vie privée ou une mauvaise situation financière. Les corrélations entre le génotype et le phénotype persistèrent tout de même. Des études plus anciennes ont déjà associé la variante CG/GG à un trouble de la personnalité borderline ou à une dépression. Mais même sans profil clinique, les personnes avec cette variante sont plus souvent malheureuses et émotionnellement instables dans leur couple.

…ou gène de la séparation

Dans ce contexte, des scientifiques de Londres demandent la parole. Lyn F. Cherkas a travaillé sur 1 600 participants à une étude et a examiné leur constitution génétique. Les femmes qui ont certaines variantes du gène du récepteur de la vasopressine AVPR1A se séparent 50 pour cent plus fréquemment de leur partenaire. Hasse Walum, de Stockholm, a observé le même type de relation chez les hommes. Les personnes ayant une expression faible de cette protéine vivent, selon ses études, plutôt seules ou ont des problèmes relationnels plus importants que les personnes de même sexe chez lesquelles AVPR1A est plus transcrit et traduit. Et chez les femmes, la vasopressine est liée à l’infidélité, écrit Brendan P. Zietsch de Brisbane. Si les sujets ont la variante AVPR1A, elles deviennent infidèles. Une cohorte de jumeaux avec 7378 personnes a servi de base à ce travail.

La bague au doigt

L’infidélité peut aussi être détectée du point de vue biologique, même avec un chemin différent. Là encore, il s’agit de formes de caractéristiques physiques. Robin Dunbar, Oxford, a interviewé 585 personnes sur Internet de façon anonyme concernant leur couple. Dans le même temps, il a mesuré la longueur des doigts de 1314 sujets. Ce qui semble à première vue plutôt obscur, a comme base la pensée suivante : plus le rapport de l’annulaire à l’index est important, plus les niveaux de testostérone dans l’utérus est important. L’hormone sexuelle favorise, selon Dunbar, des pratiques plutôt polygames. Selon ses mesures, 62 pour cent des hommes et 50 pour cent des femmes ne sont pas opposés à avoir une relation extra-conjugale. En combinant les enquêtes basées sur Internet avec les données biologiques, le pourcentage est moins élevé. Le chercheur ne sait pas encore quelle est l’influence des facteurs sociaux.

Tous les gènes – et quoi d’autre?

La ligne de fond : doit-on demander son profil génétique à notre partenaire avant que la relation ne devienne sérieuse ? Pas vraiment, les généticiens ne connaissent que trop bien les faiblesses de leurs études. Même des jumeaux identiques, qui vivent indépendamment tôt ou tard, ne fonctionnent pas de manière identique. Les facteurs environnementaux influent également sur l’expression des gènes. Chaque association entre le génotype et le comportement ne peut être comprise que comme une petite pièce du puzzle. Mais il nous faudra encore du temps avant de comprendre le grand ensemble.

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