Le retour de la chaude-pisse

31. mars 2009
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Les gonocoques connaissent actuellement une recrudescence dûe à leur résistance aux antibiotiques. Le taux de résistance au fluoroquinolone a été multiplié par sept en l'espace de 5 ans. Les autorités canadiennes tirent aujourd'hui la sonnette d'alarme. La gonorrhée reviendrait-elle à la mode ?

L’emblème de la ville de Toronto ne pouvait pas être plus grande : la tour du CN s’élève plus d’un demi kilomètre vers le ciel. Une autre curiosité de la grande ville canadienne en Ontario est largement plus petite mais non moins imposante : la maladie de la « chaude-pisse », la neisseria gonorrhoeae, qu’on pensait enrayée parfois, jouit d’un retour fulminant. Les souches de la bactérie, contre lesquelles beaucoup de médecins – pas seulement au Canada – utilisèrent des antibiotiques de la classe de la quinolone pendant des années, se propagent aujourd’hui avec une vitesse sans précédent et sans le moindre signe de ralentissement. Le taux de résistance à la fluoroquinolone est ainsi passé de 4 % en 2001 à 28 % en 2006 ; c’est ce qu’atteste l’édition de février du JAMC.

Les résultats d’une étude menée à l’hôpital réputé de Toronto, le Toronto Hospital for Sick Children, sont en effet angoissants et ceci pour une bonne raison : la mégapole multiculturelle est non seulement un point d’entrée sur le territoire mais offre aussi aux innombrables globe-trotters et touristes d’affaires d’autres pays tout en matière de culture, musique et le dernier mais non des moindres, de rapports sexuels non protégés. Ce dernier devient le problème n°1 sur le continent américain malgré le sida et les campagnes de sensibilisation inhérentes, nous révèle la publication de Susan Richardson de „Sick Kids“, nom encore donné à l’hôpital où ce médecin travaille. Avec leur prédilection pour une vie amoureuse sans préservatif, les hommes hétérosexuels semblent aider le bacille dans sa marche triomphale incongrue.

L’Asie est également touchée

Il serait déplacé de mettre en doute les données de Richardson. Le médecin utilisa en effet des enregistrements épidémiologiques du Public Health Laboratory de l’agence publique Ontario Agency for Health Protection and Promotion (OAHPP) à Toronto. Elle utilisa également des données du National Microbiology Laboratory (NML) de Winnipeg, une institution considérée comme indépendante aussi. Il était important que l’étude de Richardson repose sur les données d’institutions publiques car de nombreuses études sont financées par de gros laboratoires pharmaceutiques afin qu’ils puissent valoriser leurs propres médicaments par rapport à la concurrence. L’un ou l’autre fabriquant pourrait maintenant être touché par le fait qu’une classe entière de principes actifs ne doive plus être employée en cas de gonorrhée, ceci laissant aux médecins la possibilité d’agir raisonnablement face à la nouvelle menace.

Depuis 2006, il existe en effet au Canada des règles de conduite selon lesquelles des principes actifs comme la ciprofloxacine ou l’ofloxacine ne doivent plus être employées en raison des résistances observées pour les MST. Selon John Tapsall du Centre for Sexually Transmitted Diseases de Sidney en Australie collaborant aussi avec le WHO, des problèmes semblables sont apparus pour cefixime et ceftriaxone au Japon et à Hong-Kong.

Avec préservatif plutôt que sans

C’est pourquoi les autorités canadiennes conseillent aux médecins de faire un test de résistance avant de mettre en route une thérapie avec un antibiotique. En pratique, le manque de temps fait qu’il est souvent difficile de savoir quel médicament peut agir contre l’agent pathogène; jusqu’à 4 jours sont nécessaires pour que le médecin sache à quoi l’agent pathogène de son patient n’est pas résistant. Le préservatif est en fin de compte la meilleure protection contre la gonorrhée résume Richardson. Si tout le monde y veillait, les chances d’améliorer la situation ne seraient pas mauvaises.

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1 commentaire:

Le germe est un coque et non un bacille (voir 3e paragraphe)

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