Rougeole – la fête est finie

30. avril 2009
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Les opposants à la vaccination soutiennent que les maladies infantiles subies sont meilleures pour l'organisme que les vaccins pouvant donner suite à des complications. L'hypothèse de l'hygiène conduit à la recommandation de quelques impuretés afin d'éviter les allergies. Mais tout ce qui garde un enfant au lit n'aide pas forcément le système immunitaire.

« Avec les recommandations de vaccination du STIKO, l’Allemagne dispose aujourd’hui d’un des programmes les meilleurs et les plus complets au monde concernant la prévention de maladies infectieuses graves et de leurs complications. » C’est avec ces mots clairs que le président de la société allemande de médecine pour les enfants et adolescents, Fred Zepp, salua les participants de la première conférence nationale sur la vaccination à Mayence il y a quelques jours. Dans quelle limite les vaccins sont-ils bons pour l’organisme ? La piqûre faite à un stade précoce de la vie et un niveau d’hygiène élevé dans le foyer valent-ils mieux que la confrontation avec les saletés et les maladies infantiles ?

La bactérie de l’étable protège des allergies

Celui qui grandit à la ferme a de meilleures chances d’échapper à une allergie plus tard. Erika von Mutius, de l’université de Munich, confirma encore une fois ces résultats lors d’une conférence de presse de la croix verte allemande il y a 1 mois à Berlin. Elle nomma également 2 acteurs principaux jusqu’à présent inconnus dans le milieu de la ferme agissant au moins sur les animaux de laboratoire contre les allergies tels des anges gardiens : l’Acinetobacter lwoffii et le Lactococcus lactis.
 »Ce qui ne nous tue pas nous rend encore plus fort ». Les partisans d’une libre propagation des maladies infantiles veulent, à l’aide de résultats de recherche, prouver que des infections aident à lutter non seulement contre les réactions à la poussière et au pollen mais aussi contre les maladies auto-immunes graves comme le diabète ou bien encore le cancer. Mais l’affaire n’est apparemment pas si simple car comment expliquer les résultats de plusieurs études européennes ? Grâce à une étude réalisée sur environ 25 000 couples mère-enfant, Christine Benn et ses collègues ont démontré que le risque d’un eczéma atopique augmente avec chaque infection dans les six premiers mois de la vie. Stephen Bremner de l’université de Londres a examiné environ 30 infections infantiles différentes. Aucune ne semblait jouer un rôle important dans la protection ultérieure contre le rhume des foins. Des épidémiologistes suisses découvrirent finalement lors d’un examen médical auprès d’environ 1 500 écoliers que ceux qui étaient restés au lit avec les oreillons, la rougeole ou la rubéole étaient souvent plus tard plus nombreux à être allergique au pollen ou à souffrir d’asthme que ceux qui avaient été vaccinés contre les 3 maladies. D’un autre côté, les épidémiologistes constatèrent moins d’allergies chez les enfants des maternelles et des écoles primaires de Waldorf (Waldorf-Kindergärten und –schulen), même si ces enfants passent plus rarement par le programme de vaccination du STIKO.

Même chose pour les antigènes de la fièvre jaune et du mélanome

La situation concernant les risques de tumeurs vis-à-vis des infections intervenues pendant l’enfance n’est pas plus claire. Une étude canadienne montra qu’une vaccination ROR (rougeole, oreillons, rubéole) réduit le risque d’une leucémie pédiatrique de moitié environ. Celui qui fait connaissance tôt avec d’autres flores microbiennes humaines en tire aussi un bénéfice au niveau du risque cancéreux. Conformément aux résultats britanniques, chaque activité sociale précoce de la mère et de l’enfant, et tout particulièrement à la garderie, renforce la défense anti-cancéreuse de l’enfant. Elle réduirait également de moitié le risque d’une leucémie aiguë lymphoblastique précoce. Alors que les leucémies sont traitées chez les enfants comparativement mieux et plus souvent, il n’en va pas de même pour les mélanomes. Une vaccination par le B.C.G. contre la tuberculose pendant l’enfance protège aussi contre cette tumeur agressive à l’âge adulte. Même chose pour le vaccin antivariolique répandu par le passé. Une équipe de scientifiques d’Italie, d’Allemagne, d’Angleterre et des Pays-Bas découvrit au cours d’études comportant près de 28 000 participants de la région de Veneto que le vaccin contre la fièvre jaune protège également très efficacement contre les mélanomes environ 10 ans après. Ces études ont finalement donné une vision plus claire sur la relation entre vaccination et protection car le vaccin par le B.C.G. a, tout comme celui contre la fièvre jaune, une structure d’acides aminés semblable à celle d’un antigène (HERV-K-MEL) qui apparaît dans 95 % des mélanocytes malins. L’entraînement avec les vaccins profite donc également au système immunitaire pour ce qui est du combat contre ses propres cellules dégénérées.

« Molecular Mimikry », la similitude entre les antigènes de microbes et les structures propres du corps, est bien une base pour un entraînement précoce du système immunitaire afin qu’il puisse se défendre plus tard contre les attaques de l’extérieur et de l’intérieur – et ne perde ainsi pas l’équilibre. Il n’est pas rare que les infections virales chez les enfants se déroulent en même temps qu’une réaction auto-immune transitoire. Les cellules T régulatrices entrent ici aussi en jeu en calmant de nouveau le système immunitaire en cas de danger d’allergie mais aussi lors d’attaques sur les propres antigènes. C’est ce que confirme l’immunologue allemand de Bonn, Joachim Schultze, dans une interview avec le magazine des pharmacies « Apotheken-Umschau » : « Quand le système immunitaire réagit mal, l’équilibre entre les cellules régulatrices et les cellules qui exécutent l’attaque immune fait manifestement défaut. »

« Les vieux amis » confèrent une protection

Et qu’advient-il de l’hypothèse de l’hygiène ? Yehuda Shoenfeld a trouvé, en collaboration avec des scientifiques brésiliens, des infections en relation avec 16 maladies auto-immunes différentes. Il écrit dans son évaluation :  » Pour une bonne santé et une protection contre les infections et les maladies auto-immunes, il semble être important que de « vieux amis » comme les lactobacilles ou les bifodobactéries infectent le corps tôt dans son développement ou s’établissent. » On pourrait aussi expliquer ainsi les résultats qui associent peu d’infections cliniquement pertinentes avec une vie sans allergie car les statistiques de Stephen Bremner ne se rapportent qu’aux infections des dossiers médicaux.

La clé de notre équilibre immunitaire intérieur semble donc être la confrontation précoce avec le monde extérieur et les germes de l’environnement. Il n’y a pour cela pas besoin de « fête de la rougeole » ou d’expérience directe avec des maladies infantiles à la place de vaccins. Mel Greaves du Institute of Cancer Research à Londres croit même à une programmation dans le cours de l’évolution : le répertoire des cellules auto-immunes s’attend, directement après la naissance, à une infection prochaine. Sans cette colonisation, il n’y aurait pas de défense effective des menaces futures.

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1 commentaire:

Docteur Xavier Van der Brempt
Docteur Xavier Van der Brempt

Excellent article de synthèse, qui remet les pendules à l’heure, et colle très bien à la pratique clinique de tous lez jours !
Merci beaucoup à l’auteur.

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