Comparons les cancers : une autre compétition européenne

30. avril 2009
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C'est la première fois que les épidémiologistes marquent durablement un point concernant la thérapie contre le cancer : le nombre des patients ayant été atteints d'un cancer et considérés comme guéris est en forte augmentation en Europe. Ce sont des experts du groupe de travail international EUROCARE-4 qui sont arrivés à ce résultat. Les chiffres représentent 150 millions de personnes en Europe.

Vu l’importance, le European Journal of Cancer (EJC) consacre une édition toute entière sur le sujet. La quantité des données patients sur laquelle les résultats reposent n’a en effet jamais été aussi importante. 93 registres du cancer de 23 pays européens ont livré des informations, grâce auxquelles le monde politique et le corps médical ont pu faire des déductions importantes quant à la procédure à suivre dans la lutte contre le cancer. La base des données évaluées comportait 13 814 573 cas de cancers diagnostiqués survenus entre 1978 et 2002, parmi lesquels 5,2 millions enregistrements concernaient des données sur des patients qui ont survécu à la maladie.

La Pologne dans le rouge

Pour le médecin italien Riccardo Capocaccia du National Centre for Epidemiology, Surveillance and Health Promotion à Rome, qui a commenté en tant qu’auteur invité du EJC les résultats du groupe de travail, les chiffres présentés aujourd’hui sont « remarquables car ils représentent un vrai progrès réalisé dans la lutte contre le cancer ». On peut aussi le formuler autrement : c’est parce que l’Europe, juste avant la chute du rideau de fer, disposait de divers concepts de santé et approches médico-techniques que les taux de guérison se révèlent rétrospectivement en partie différents selon les pays. Cependant même les géants géographiques et supposés économiques en Europe déchantent parfois en lisant l’étude – parce que, contre toute attente, on ne les retrouve pas toujours en haut du palmarès.

Ainsi, aucun des grands pays européens n’est à la tête du classement général sur les taux de guérison pour les hommes. L’EJC rapporte qu’en Islande, 47 % des patients cancéreux masculins vainquent pour toujours la maladie mais qu’en Pologne, les médecins peuvent plus rarement choisir ce combat et que finalement, seulement 21 % des patients atteints d’un cancer guérissent vraiment. Il en va autrement pour les femmes. La Finlande et la France sont en tête du classement avec 59 %, la Pologne est à 38 % seulement.

Mais pourquoi devrait-on faire confiance à cette oeuvre monumentale avec ses jeux de chiffres ? Une étude qui considère que les personnes guéries ont la même espérance de vie que les personnes non atteintes d’un cancer est-elle vraiment crédible ? On suppose que oui, comme le montre le coeur du sujet : en comparaison avec d’autres études, les résultats ne sont en effet pas déformés par l’effet « lead-time ». Les épidémiologistes entendent par là des cas où un diagnostic précoce augmente certes statistiquement la fourchette de survie car le moment de l’enregistrement est avancé – mais le patient meurt finalement aussi vite que sans diagnostic précoce. EUROCARE-4 est aussi intéressant car il permet la navigation entre de tels écueils. Elle ne permet qu’une interprétation, pas comme dans d’autres approches : quel type de cancer a été finalement guéri dans quel pays avec quel pourcentage et a des origines préventives, diagnostiques et thérapeutiques solides. Cela semble logique mais on ne pouvait pas le consolider jusqu’à présent de cette manière.

De telles statistiques sont une mine d’or pour des médecins : elles dévoilent si certaines thérapies et mesures de prévention ont un effet durable ou non. C’est ainsi qu’en France, 60 % des cas de cancer de la prostate sont considérés comme guéris alors qu’au Danemark, ils ne sont que 14 %, une différence qui s’explique en grande partie par un diagnostic beaucoup plus précoce via le dosage du PSA de cancers qui n’auraient pas entraîné le décès des patients. Les auteurs soulignent dans le même temps que les Danois ont les mêmes chances de guérison que dans le reste des pays de l’Europe du Nord.

Le dépistage a du succès

Un coup d’oeil sur les cas de cancer du sein montre aussi que les dépistages précoces contribuent au succès de la thérapie. La différence de succès entre l’Europe de l’Ouest et les pays comme la Pologne, la Tchéquie ou la Slovénie atteint tout de même les 10 % – car beaucoup de pays de l’Europe de l’Ouest mènent des dépistages du cancer du sein depuis le milieu des années 90 contrairement à ceux de l’Est. De toute façon, les variations géographiques sont parfois drastiques. Le seul taux de guérison pour les cancers de l’estomac peut, selon la région, se monter à 9 voire même à 27 %. Ce chiffre varie statistiquement entre 4 et 10 % pour les cancers du poumon et les tumeurs colorectales peuvent être considérées comme guéries dans 25 à 40 % des cas. Cela dépend du lieu où l’on vit.

Une autre statistique est plutôt pertinente : non seulement le nombre des personnes guéries durablement augmente, mais le pourcentage des survivants 5 ans après le diagnostic s’accroît également et se monte entre-temps à 50 %. Pour l’épidémiologiste Capocaccia, chaque statistique dévoile en même temps les faiblesses du système de surveillance européen – auxquelles on peut maintenant remédier. Il n’y aurait par exemple pas de données fiables pour les enfants et les adolescents dans beaucoup de pays car des données manquent dans les registres du cancer. L’Allemagne fit là une exception mais eu une faiblesse à un autre endroit pendant la période considérée : seule la Sarre livra des données patients fiables en raison de son registre du cancer – et couvrit ainsi, d’un point de vue statistique, seulement 1 % de la population adulte allemande.

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