Stupide de nature

29. mai 2009
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"Être bête de naissance" est un jugement sur un semblable plutôt accablant. Des chercheurs sur le cerveau en Californie sont d'avis que ce jugement contient un brin de vérité. Ils ont observé des gens en train de penser avec la technique la plus moderne de la RMN et soutiennent que la capacité de pouvoir retenir quelque chose rapidement ou non est de naissance.

La clause de non-responsabilité en premier lieu : la plus grande inconnue pour toutes les études neuropsychologiques sur l’intelligence est la définition exacte de ce terme. C’est la question à laquelle une enquête de l’UCLA Department of Neurology de l’université de Californie publiée dans le Journal of Neuroscience (2009, 29(7):2212-2224) ne peut pas répondre. Pour pouvoir poursuivre, nous devons donc établir une hypothèse, ce que les chercheurs autour du Professeur Paul Thompson ont fait, c’est-à-dire que l’intelligence a quelque chose à voir avec une grande vitesse de traitement des informations dans le cerveau.

Intelligent est celui qui pense aussi rapidement que ses propres protons

Armés de cette définition, nous pouvons maintenant apprécier convenablement l’étude que Thompson a menée à l’aide d’un IRM du tenseur de diffusion de haute définition (DTI). Il a examiné 92 personnes. Ce qui intéressait n’était pas tant l’anatomie cérébrale normale ou bien la fonction cérébrale qui peuvent être aussi bien visualisées lors d’examens IRMf. L’IRM du tenseur de diffusion visualise notamment autre chose. Elle représente le mouvement des protons dans le tissu – et cela veut dire en première ligne des molécules d’eau dans l’organisme. Selon la vitesse et la direction de ce mouvement de molécules, il existe différents codes de couleurs. Ainsi se constituent des images bariolées du cerveau qui ont moins de similitudes avec ce qu’on pense connaître de la résonance magnétique du cerveau. Mais que signifie que des protons bougent ? « Quand l’eau se diffuse rapidement dans une certaine direction, on dit alors que le cerveau dispose là de liaisons très rapides », souligne Thompson. Quand la diffusion est plus lente et moindre, on pourrait plutôt parler d’un traitement des informations plus lent et avec ceci – voir la définition préliminaire – d’une moindre intelligence. « En d’autres mots : avec l’IRM du tenseur de diffusion, nous pouvons avoir une image de la vitesse à laquelle l’homme pense », nous dit Thompson.

Montres-moi ta myéline et je te dirai si tu penses vite

Le clou de l’étude Thompson tenait au fait qu’il n’a pas examiné n’importe quelle personne qui passait par là. Les 92 volontaires comprenaient 46 jumeaux dont la moitié était des jumeaux monozygotes et l’autre des jumeaux dizygotes. On compara ainsi la vitesse de pensée de chaque jumeau. Comme chacun des jumeaux avait grandi avec l’autre et qu’ils avaient tous les deux été exposés aux mêmes conditions environnementales – ceci valait pour tous les volontaires -, le fait que les jumeaux dizygotes puissent se distinguer plus l’un de l’autre en matière de vitesse de pensée que les jumeaux monozygotes peut avoir une grande signification en génétique.

Et après ce préface, pas de surprise de voir que c’était aussi le cas : l’intégrité de la myéline, et donc le corrélat morphologique pour des protons affluant rapidement, était génétiquement clairement déterminé chez les jumeaux. Les jumeaux monozygotes avaient une myéline semblable, les dizygotes se distinguaient clairement l’un de l’autre. Et cette prédisposition génétique de la vitesse du cerveau était particulièrement bien visible dans certaines régions du cerveau qui sont considérées comme importantes pour une plus grande intelligence. Cela concernait le cortex pariétal où les informations visuelles sont traitées et où la logique et la capacité de représentation spatiale sont localisées. Également dans le corps calleux, la plus grande autoroute de la pensée entre les hémisphères du cerveau, les composants génétiques de la vitesse de pensée étaient très clairs.

À la recherche du turbocompresseur pour le cerveau

Comprendre quelque chose rapidement est donc héréditaire. Mais que faire de cette information ? Thompson attire l’attention sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement bien sûr de cet enseignement que l’on pourrait certainement mettre dans la rubrique « c’était de toute façon prévisible ». « Cette étude est sensée nous donner un aperçu des maladies cérébrales », souligne-t-il. Des maladies comme par exemple la sclérose en plaque et l’autisme sont mises en relation déjà depuis un certain temps avec des dysfonctionnements de la myéline. Les scientifiques californiens travaillent actuellement à délimiter exactement les gènes qui sont responsables des différences de résonnance magnétique dans leur étude sur les jumeaux. L’espoir est que ces gènes pourraient constituer un point de départ pour des stratégies de thérapie judicieuses pour la sclérose en plaques, l’autisme et d’autres maladies. À l’inverse, un médicament visant à accélérer la pensée émanerait bien entendu du domaine du possible : « Il reste encore du chemin à parcourir pour en arriver là mais c’est imaginable », nous dit Thompson.

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1 commentaire:

Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

À verser au contentieux entre les tenants du génétique et les tenants de l’environnemental. Vous m’avez compris !
Querelle hautement dogmatique qui a déjà valu à nos enseignants de nombreuses et stupides réformes visant à inverser la donne naturelle !

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