Surpoids sain : Une grasse erreur

21. avril 2015
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Être en surpoids, mais avoir une pression artérielle, un cholestérol et un taux de sucre dans le sang normaux : alors tout va bien, non ? Malheureusement non. De plus en plus de résultats d’études indiquent que le concept de surpoids métaboliquement sain pourrait être bientôt dépassé.

Dans le monde, environ 39% des personnes sont en surpoids et 13% sont obèses – au total, l’équivalent de plus de 1,9 milliard de personnes en surpoids et plus de 600 millions de personnes obèses. Le nombre de personnes touchées a augmenté si rapidement au cours des dernières décennies que l’OMS parle depuis plusieurs années d’une épidémie mondiale d’obésité. Il est connu qu’un IMC élevé augmente le risque de diabète sucré, les maladies cardio-vasculaires, et les cancers de l’endomètre, du sein ou colorectal. Mais une partie des personnes en surpoids semblent être, au moins du point de vue métabolique, sains – ce phénomène est appelé metabolically healthy obesity (obésité métaboliquement saine). Un groupe de recherche dirigé par le professeur Mika Kivimäki de l’University College de Londres (UCL) a récemment étudié si cet état peut avoir des conséquences sur la durée.

Dans leur étude, les chercheurs ont examiné la santé de 2521 personnes de 39 à 62 ans. Sur une période de 20 années, ils suivirent chez les participants aussi bien l’IMC que les taux de cholestérol HDL, la pression artérielle, la glycémie à jeun, les triglycérides et la résistance à l’insuline ainsi que la prise de médicaments antihypertenseurs ou antidiabétiques. En outre, les participants ont été divisés en obèses (IMC ≥ 30) et non obèses (IMC <30). La proportion d’obèses en bonne santé était au début de 36,5%. Après cinq années, l’état de santé s’était considérablement détérioré dans ce groupe : à ce moment, 31,8% des obèses en bonne santé sont devenus obèses non sains. Après 10 ans, la proportion était de 40,9% et de 51,5% après 20 ans.

Bien que la santé des non-obèses se soit dégradée dans la même période, cette dégradation est significativement plus faible : les obèses sains ont un risque huit-fois plus élevé que des non-obèses en bonne santé d’entrer après 20 ans dans le groupe des obèses non-sains. « L’obésité saine est plus une phase qu’un état qui persiste au fil du temps », a déclaré Joseph Bell, un étudiant en doctorat à l’UCL et principal auteur de l’étude. « Il est important de regarder l’obésité saine sur une période de temps plus longue et d’examiner les tendances à long terme. Tous les types d’obésité nécessitent un traitement, même ceux qui semblent sains, car ils comportent un risque élevé de détérioration future. »

Danger invisible

En plus du risque que l’obésité saine ne soit qu’une étape intermédiaire sur le chemin de l’obésité malsaine, l’absence d’indicateurs pathologiques dans l’obésité saine tels que la dyslipidémie et la résistance à l’insuline pourraient faire passer inaperçus d’autres facteurs de risque. Dans une étude sur près de 15 000 adultes en bonne santé métabolique, les chercheurs autour du Dr Yoosoo Chang ont comparé grâce au CT Scan cardiaque la calcification coronaire entre des personnes de poids normal métaboliquement saines et des obèses métaboliquement sains. Le taux de calcium a été utilisé pour déterminer l’étendue de l’athérosclérose coronarienne infraclinique – un taux élevé de calcium est associé à des événements cardiovasculaires indésirables graves.

Le groupe d’adultes métaboliquement sains avec un IMC de plus de 25 avait une prévalence significativement plus élevée de l’athérosclérose coronarienne que les adultes métaboliquement sains ayant un poids normal (IMC de 18,5 à 22,9). « Les personnes obèses qui sont supposées être saines parce qu’elles n’ont pas de facteurs de risque cardiaque ne devraient pas être considérées par leurs médecins comme étant en bonne santé, » explique le Dr Chang, premier auteur de l’étude. « Nos recherches montrent que l’existence même de l’obésité est suffisante pour augmenter le risque de maladie cardiaque à venir. Il est important que ces personnes soient au courant alors qu’ils ont encore une chance de changer leurs habitudes alimentaires et peuvent faire de l’exercice pour prévenir les événements cardiovasculaires futurs. » De telles études montrent que l’IMC élevé, en dépit d’une santé métabolique apparente saine, n’est en aucun cas un état sans danger ou même favorable.

Le long conflit sur le surpoids sain

Le concept de l’obésité métabolique saine est un sujet controversé depuis sa genèse. D’un côté, les partisans de la théorie qui pensent que le surpoids sain est non seulement sans danger, mais même utile. Ils se basent sur des études comme celles du Dr Katherine Flegal, épidémiologiste au Centre national américain des statistiques de santé. Elle a constaté en 2013 que les personnes en surpoids (IMC de 25 à 29,9) avaient un taux de mortalité significativement plus faible que ceux avec un poids normal (IMC de 18,5 à 24,9). Alors que le faible taux de mortalité des personnes obèses (IMC de 30 à 34,9) n’était pas statistiquement différent de celui des personnes de poids normal, les personnes souffrant d’obésité sévère (IMC ≥ 35) présentaient une augmentation significative de la mortalité.

Ce phénomène n’est pas nouveau : en 1985, le Dr Reubin Andres, alors directeur de l’Institut national américain sur le vieillissement, a constaté que la relation entre la mortalité et le poids corporel n’est pas linéaire, mais en forme de U. Le point le plus bas de la courbe diffère selon le groupe d’âge : si, pour les jeunes, il se situe vers la gauche, soit un poids corporel inférieur, il se déplace avec l’âge vers des poids corporels plus élevés. S’il existe bien un lien de causalité entre le poids et la mortalité, la recommandation habituelle d’une perte de poids en particulier chez les personnes âgées serait contre-productive. Les explications possibles de la baisse de la mortalité de ces personnes considérées en surpoids correspondent à l’avantage des effets métaboliques cardio-protecteurs de l’augmentation de la graisse du corps grâce à des réserves métaboliques plus importantes par rapport à une probabilité élevée d’obtenir un traitement médical optimal.

Ce ne serait qu’un artefact ?

Les adversaires du mouvement du surpoids sain se plaignent que dans de nombreuses études, l’effet des variables confondantes n’a pas été jugé suffisant. Selon eux, il convient lors de l’analyse des données de faire attention aux maladies graves, souvent associées à une perte de poids, ce qui pourrait conduire à l’impression erronée qu’un faible poids corporel augmente la mortalité. De même, l’effet du tabagisme serait sous-évalué dans de nombreuses études : les fumeurs ont un poids moyen inférieur et meurent plus tôt que les non-fumeurs.

Si on prend en compte correctement les deux paramètres maladie et tabagisme, la distribution en forme de U du taux de mortalité apparaît comme un artefact, disent les adversaires de la théorie du surpoids sain. Et ils peuvent corroborer leur analyse avec certaines analyses d’étude : le Dr JoAnn Manson put, par exemple, montrer que l’IMC des femmes augmente linéairement avec la mortalité. La plus faible mortalité a été démontrée chez les femmes dont l’IMC était inférieur à 22. Ainsi, les données de fumeuses n’ont pas été prises en considération pour cette analyse. Si parmi les « non-fumeuses », on enlève aussi les décès dans les quatre premières années (comme un indicateur d’une maladie pré-existante au début de l’étude et donc une perte de poids liée à la maladie), les femmes ayant un IMC inférieur à 19 avaient la plus faible mortalité. En outre, les chercheurs n’ont pas été en mesure de détecter de changement de l’IMC optimal en fonction de l’âge.

Une autre analyse, cette fois sur 1 460 000 hommes et femmes adultes, a montré que la mortalité la plus basse était obtenue pour un IMC de 22,5 à 24,9 – même lorsque les fumeurs et les personnes malades ont été pris en compte. Si on analyse uniquement les données des non-fumeurs en bonne santé, l’IMC optimal était de 20 à 25. Parmi les non-fumeurs en bonne santé avec un IMC inférieur à 18, considérés comme en étant en insuffisance pondérale, une augmentation de la mortalité a été observée; dans ce groupe, le taux de mortalité a augmenté avec la diminution de l’IMC. Dans le même temps le taux de mortalité a augmenté dans le groupe avec un IMC supérieur à 25 de manière concomitante à l’IMC. Ainsi, un IMC élevé pour un jeune (âge de 20 à 49 ans) non-fumeur sain est lié à un risque significativement plus élevé que pour les non-fumeurs sains de plus de 50 ans.

Résultats de recherche dangereux

La question de la cause et des effets va encore probablement occuper les chercheurs pendant un moment. Toutefois, la principale raison pour laquelle les débats houleux sur les surpoids sains est moins de savoir si l’analyse des méthodes statistiques aujourd’hui est en fait la bonne, que ce que communique ce message. La crainte que les rapports positifs sur le surpoids sain pourraient être considérés par certaines personnes comme une bénédiction pour un gain de poids conduit de nombreux experts de la santé à avoir des sueurs froides. Ils voient leurs efforts visant à freiner la vague d’obésité minés par ces résultats.

Pendant ce temps, les critiques s’attaquent à une chose de totalement différente : le concept de l’IMC. La relation entre la taille et le poids corporel n’est pas le seul critère décisif pour la valeur pronostique. « La façon dont l’obésité menace la santé dépend de la façon dont la graisse est distribuée et quelle est la masse musculaire présente », explique le professeur Matthias Blüher, endocrinologue à l’UKM Leipzig et chef de la clinique de l’obésité. En particulier, la graisse viscérale est dans le viseur des médecins et des chercheurs – un tour de taille supérieur à 88 cm chez les femmes et 102 cm pour les hommes est considéré comme un risque. La raison en est la forte activité hormonale des adipocytes dans ce tissu. « Nous n’avons donc des valeurs significatives qu’à la condition d’avoir plus de données mesurées », a déclaré le professeur Blüher. « Il s’agit notamment du tour de hanche et du tour de taille et, plus récemment, du tour de cou ».

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1 commentaire:

docteur marie-laure macherel
docteur marie-laure macherel

Une mis au point très intéressante. Le faire lire à tout notre entourage.

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