Morphée shoote Thanatos

29. mai 2009
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Celui qui ne s'octroie pas assez de sommeil manque de concentration et fait des fautes. La science commence tout juste à comprendre pourquoi le système immunitaire ne travaille lui aussi efficacement que quand le repos nocturne a été suffisant. Les chercheurs nous éclairent sur les corrélations entre la défense immunitaire et le sommeil.

« Reposes-toi bien et tu serais certainement guéri demain. » Un long repos est effectivement parfois tout aussi efficace pour soigner les infections qu’un antibiotique puissant. Les personnes qui dorment peu souffrent beaucoup plus souvent d’inappétence, ont un risque presque deux fois plus élevé d’être un jour diabétique ou meurent plus souvent d’une attaque cardiaque. Le nombre de personnes qui dorment régulièrement moins de 6 heures par nuit n’a jamais été aussi haut qu’aujourd’hui.

Les personnes qui dorment peu sont souvent enrhumées

Celui qui passe seulement un quart de son temps ou encore moins dans son lit prend sa santé à la légère, nous prévient la recherche médicale. Des scientifiques du groupe de travail de Jan Born de l’université de Lübeck nous montraient déjà il y a quelques années que le manque de sommeil abaisse le titre d’anticorps après un vaccin contre l’hépatite. Un bon sommeil ravitaille le corps en hormones comme la prolactine, la dopamine ou l’hormone de croissance – toutes les trois stimulent le système immunitaire. Le sommeil et le système immunitaire sont en étroite relation. C’est ce que montre aussi une expérience de la Carnegie Mellon University à Pittsburgh aux États-Unis. Sheldon Cohen et ses collègues ont recruté 150 personnes dormant peu et dormant beaucoup et leur ont mis des gouttes d’une solution avec des rhinovirus dans le nez. Les personnes qui dormaient peu tombèrent malade d’autant plus souvent que leur repos nocturne était court. Elles souffraient d’un rhume environ 3 à 6 fois plus souvent que les personnes qui dorment longtemps – 8 heures de sommeil ou plus.

Alors que les effets du manque de sommeil sur la capacité à se concentrer ont été déjà bien analysés (DocCheck a communiqué sur le sujet), on ne connait pas encore bien les liaisons transversales avec le système immunitaire. Plus de 20 cytokines agissent dans le système immunitaire et influencent en même temps le sommeil. Mais seulement deux d’entre elles ont été examinées plus précisément. Des neurones dans l’hypothalamus, l’hippocampe et le tronc cérébral réagissent à l’interleukine-1 et au facteur de nécrose tumorale-alpha et prolongent le sommeil lent (NREM) chez les singes, les chats et les lapins. Lors d’un contact avec des antigènes bactériens de la paroi cellulaire, le système immunitaire répand les deux antigènes en grande quantité. Les animaux de laboratoire aussi bien que les personnes volontaires somnolent et abrègent le sommeil paradoxal pendant que les autres phases de sommeil se rallongent.

Le sommeil veille à l’équilibre de la cellule T

Avec le soutien financier du secteur spécial de recherche 654 de la Deutsche Forschungsgemeinschaft, des groupes de l’université de Lübeck et Kiel analysèrent les interactions entre le sommeil, la circulation et le système immunitaire. Thomas Bollinger de Lübeck a publié depuis peu les nouveaux résultats de son travail. Il a découvert que la privation de sommeil déréglait l’équilibre entre la production de lymphocytes T auxiliaires et leur instance de contrôle, les lymphocytes T régulateurs. Le nombre de ces cellules qui endigue une réponse immunitaire exagérée oscille à un rythme cicardien et est au plus haut dans la nuit. Les lymphocytes T auxiliaires suractifs peuvent par contre à peine être freinés vers 7 heures du matin. Celui qui dort peu perturbe ce rythme car pendant un bon sommeil, le corps répand pendant la nuit de l’IL-2, la cytokine, sans quoi une réponse immunitaire effective ne fonctionne pas et les lymphocytes auxiliaires ne se multiplient pas. La production des lymphocytes T régulateurs ne dépend par contre pas du sommeil, ce qui signifie qu’une réponse immunitaire adaptative fonctionne sans sommeil beaucoup moins bien.

La relation étroite entre le sommeil et une défense immunitaire effective contre les microbes semble être une force vive de l’Évolution. En comparant la durée de sommeil de 26 mammifères, il est apparut que ceux qui dormaient le plus avaient le plus de cellules immunitaires dans le sang. Brian Preston de l’institut Max Planck d’anthropologie évolutionnaire à Leipzig montra par ailleurs que les mammifères se reposant plus longtemps la nuit ont l’avantage d’avoir beaucoup moins d’infections au dépend du temps pour la recherche de nourriture.

La température corporelle bouffeuse d’énergie

Mark Opp de l’université Michigan à Ann Arbor travaille depuis longtemps sur les interactions entre le sommeil et le système immunitaire. Dans une mention actuelle dans l’édition du mois de mars de Nature Reviews Neuroscience, il attire aussi l’attention sur la relation entre la régulation de la température corporelle et le sommeil. Pendant un sommeil lent long et ininterrompu, la différence entre la température corporelle du jour et de la nuit est la plus grande. C’est seulement pendant cette phase que le corps peut faire remonter sa température en tremblant et, si nécessaire, en la faisant monter jusqu’à l’état de fièvre. La fièvre freine en revanche la prolifération des microbes et stimule le système immunitaire. Il doit cependant augmenter la circulation de 13 % pour produire suffisamment d’énergie et générer 1 degré de température corporelle en plus. En cas de maladie, la durée du sommeil paradoxal baisse et celle du sommeil lent augmente.

Les personnes qui veulent faire la fête la nuit et travailler le jour risquent non seulement de faire plus d’erreurs au travail mais affaiblissent également leurs défenses immunitaires. C’est pourquoi celui qui met son système immunitaire à l’épreuve – avec des vaccinations, des voyages dans les pays tropicaux ou en se rendant au bureau où des personnes sont enrhumées – devrait au moins refaire le plein d’énergie régulièrement en dormant suffisamment.

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