L’apoplexie du mouchoir, sous-estimée ?

7. avril 2015
Share article

Mode de vie malsain, mauvaise alimentation et risque héréditaire sont des causes bien documentées de rupture d’approvisionnement sanguin dans le cerveau. Moins bien étudiées sont les infections qui précèdent cet événement. Des rhumes inoffensifs pourraient peut-être avoir des conséquences fatales.

Ce titre pourrait faire peur aux pédiatres et aux parents : « les rhumes peuvent déclencher des accidents vasculaires cérébraux chez les enfants. » Le message fait référence à une étude réalisée par Heather Fullerton et ses collègues de l’Université de Californie. Ils ont recherché dans la base de données d’une grande société américaine d’assurance des enfants ayant subi un AVC et ont aussi regardé les infections considérées « inoffensives », donc pas uniquement la septicémie ou la méningite. Environ dix pour cent de ces enfants avec ischémie artérielle étaient sous traitement dans les trois derniers jours avant l’accident en raison de symptômes respiratoires infectieux. En comparaison, pendant la même période, douze fois moins d’enfants sans accident avaient des infections similaires.

Même si la relation est importante, les commentaires de Lars Marquardt de l’Université d’Erlangen-Nuremberg en Allemagne sur l’étude de « Neurology » au cours l’été de l’année dernière furent clairs : « Les infections mineures chez les enfants sont assez fréquentes, alors que les AVC sont heureusement très rares. Les parents ne doivent donc pas s’inquiéter d’un rhume inoffensif. » Rapporté sur un an, des enfants avec une telle infection n’ont pas un risque accru d’en développer.

Le vaccin de la grippe contre les AVC

Cette étude a été l’une des premières qui a montré un lien entre une invasion microbienne indésirable et un trouble circulatoire dans le cerveau des enfants. Chez les adultes, la relation entre une infection et un infarctus ou une hémorragie est considérée comme certaine depuis un certain temps maintenant, même s’il y a encore peu d’études exhaustives sur cet effet. Il est frappant de constater, en tout cas, que l’incidence des AVC au cours de la saison froide augmente.

Comme une équipe d’auteurs de l’Université Harvard et de l’Institut national de la Santé américain l’écrit dans un article de revue récent de Lancet, environ un tiers des patients victimes d’AVC n’ont aucun facteur de risque vasculaire cérébral apparent, ce qui pourrait indiquer une participation infectieuse. En effet, plusieurs études ont montré qu’une infection systémique, pouvant atteindre quatre semaines avant, double le risque d’accident vasculaire cérébral ou l’augmente même jusqu’à quatorze fois. En cas d’infection des voies respiratoires, il est dans les trois premiers jours environ trois fois plus élevé que dans le groupe témoin. La situation est similaire pour les micro-organismes indésirables dans les voies urinaires.

L’inflammation obstrue les conduits

Souvent, cependant, l’agent pathogène spécifique n’est pas déterminé avec précision, et le type d’AVC – hémorragique ou ischémique – n’est pas documenté. Dans la plupart des cas, l’infection est une infection des conduits. Dans les vaisseaux, on observe alors la libération de cytokines ou éventuellement une prolifération des cellules musculaires lisses. En outre, l’augmentation de l’agrégation des plaquettes peut être le résultat d’une infection antérieure. Toutefois, ces mécanismes sont pour le moment spéculatifs à cause du manque de données concluantes.

Endocardite, méningite, ou neuro-syphilis

Un facteur de risque majeur est une endocardite infectieuse, ce qui conduit à une attaque cardio-embolique dans des circonstances défavorables. Dans une étude de près de 3000 patients hospitalisés avec une telle infection, 17 pour cent d’entre eux ont subi un accident vasculaire cérébral. En moyenne, cela a eu lieu dans les une à deux semaines après le traitement antibiotique. Une embolie cérébrale après l’endocardite peut aussi bien être asymptomatique. Dans une étude de 56 patients avec une telle inflammation cardiaque, une IRM du cerveau permit de découvrir dans quatre cas sur cinq une embolie, chez la moitié des sujets examinés, elle était à un niveau infra-clinique. D’autres études ont également constaté une part importante de microhémorragies et lésions ischémiques. Les agents les plus importants de ces infections sont Staphylococcus aureus et le streptocoque bêta-hémolytique.

Un rôle important similaire est joué par la méningite bactérienne due à Streptococcus pneumoniae, S. aureus ou Pseudomonas aeruginosa. Une étude néerlandaise a montré que, parmi 700 patients atteints de méningite, environ un quart avait un infarctus cérébral. Dans ce cadre, après plusieurs semaines, le risque augmente encore. Les techniques d’imagerie montrent également des signes de vascularite avec des extensions et rétrécissements des vaisseaux artériels. Une étude sur 114 participants suggère qu’une infection bactérienne des méninges est associée à un mauvais pronostic pour l’AVC.

Dans les artères cérébrales moyennes et grandes, une inflammation est souvent observée, parfois à la suite d’une neuro-syphilis, surtout chez les jeunes adultes. Ces patients n’ont souvent pas d’autres facteurs typiques de risque d’AVC. Selon une étude américaine, le risque d’infarctus du myocarde en cas de neuro-syphilis est d’environ dix pour cent.

Virus, levures et parasites

En plus des bactéries, les virus jouent un rôle dans la pathogenèse de l’AVC. Cependant, beaucoup de résultats de ces études se contredisent, de sorte que le rôle des virus dans le déclenchement de l’AVC est peu clair. Ainsi, il y a souvent des traces d’une colonisation du système nerveux central lors de l’infection par le virus de l’herpès. Les affections vasculaires sont un symptôme typique de la présence du virus varicelle-zona. Parfois un zona précède l’AVC de quelques semaines ou mois.

Les levures, à l’origine d’abcès dans le cerveau, ainsi que des parasites peuvent éventuellement conduire à l’effondrement de l’approvisionnement de zones cérébrales individuelles. Les ténias peuvent également s’y installer. L’inflammation locale déclenche l’AVC. Il existe, surtout chez les nourrissons, une forme de paludisme dans le SNC qui peut s’avérer fatale dans un cinquième des cas.

En cas d’infections chroniques, les études montrent qu’Helicobacter pylori, Chlamydia pneumoniae, Mycoplasma pneumoniae, Haemophilus influenzae, le virus Epstein-Barr et de multiples virus de type herpès jouent un rôle important. Ils déclenchent probablement l’inflammation qui affecte également à distance du site de l’infection.

Antibiotiques et anticoagulants

Mais, afin de déterminer les agents pathogènes associés respectifs sous leurs différentes formes, une ponction lombaire est presque toujours nécessaire. Dans de nombreux cas, cependant, cette action invasive n’est pas réalisée lorsque l’AVC est associé à d’autres facteurs de risque – souvent chez les personnes âgées. Par conséquent, les médecins devraient connaître les évènements antérieurs comme des éruptions, de la fièvre ou une infection. En particulier chez les patients présentant une immunodépression, le liquide céphalo-rachidien devrait être analysé en laboratoire. Si les symptômes neurologiques ne sont pas soudains, mais se produisent progressivement et peuvent être associés à de la fièvre, les expert estiment qu’un scanner du cerveau avant la ponction de liquide céphalo-rachidien peut donner des informations.

Si la preuve d’une infection est corroborée, une thérapie de prévention contre un AVC imminent sous forme de traitement antimicrobien doit être mise en place. Dans de nombreux cas, la mortalité en cas d’infarctus cérébral est augmentée de nombreuse fois en cas de méningite infectieuse. L’identification rapide des agents pathogènes et leur expulsion augmentent ainsi les chances du patient.

AVC « microbienne » : une tendance à la hausse

Environ 85 pour cent de tous les accidents vasculaires cérébraux surviennent dans les pays sous-développés où les infections graves sont le « quotidien » de la médecine. Cependant, les bonnes études sur le rôle des microbes dans les AVC concernent pour la plupart les pays industrialisés. Avec l’augmentation de la migration, les épidémiologistes prophétisent que le nombre d’AVC sur un fond infectieux devrait augmenter. De plus, avec l’augmentation du nombre de patients infectés par le VIH ou sous traitement immunosuppresseur, le risque d’infections supplémentaires est particulièrement grand. Cela renforce également la nécessité d’une clarification de la relation entre infection et AVC pour diminuer le nombre d’infarctus cérébraux, une des causes de décès les plus courantes.

11 note(s) (3.45 ø)

Comments are exhausted yet.

Langue:
Suivre DocCheck: