Substance grise – substance intelligente

30. juin 2009
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Alzheimer, démence ou bien tout simplement le fait de moins bien retenir quelque chose. À la moitié de notre vie, nos facultés cognitives sont de plus en plus menacées. C'est faux ! Des cerveaux expérimentés se laissent certes plus facilement déconcentrer mais enregistrent mieux leurs expériences.

« Déjà plusieurs années avant de mourir, nos capacités cognitives commencent à régresser et ce processus s’accélère. Les personnes saines d’esprit ne sont pas épargnées. » 15 ans avant de mourir, la faculté de pouvoir reconnaitre les lettres et les formes se dégrade ; 8 ans avant, c’est au tour de la perception de l’espace et environ 6 ans avant, du langage. Un groupe de scientifiques de l’université Göteborg fit cette triste déclaration l’été dernier après avoir observé presque 300 volontaires à partir de l’âge de 70 ans jusqu’à leur mort.

Les étudiants apprennent déjà très tôt pendant leurs études que le cerveau humain perd ses capacités bien avant et qu’il est le plus performant avant l’âge de 30 ans. Ne désespérons pas cependant ! Lors de certains exercices de mémoire, les personnes âgées sont bien meilleures que leurs homologues plus jeunes. Les personnes jeunes et dynamiques s’adaptent certes plus rapidement à des situations changeantes au début de leur carrière et apprennent apparemment plus facilement. Les responsables des ressources humaines recourent cependant volontiers à des personnes plus mûres quand ils ont notamment besoin de personnel ayant des compétences sociales ou pour du travail en équipe. Ils ont non seulement plus d’expérience mais sont aussi plus cohérents et font de meilleures déductions.

Un regard lent sur l’ensemble

Lynn Hasher de l’université de Toronto fit lire des histoires à ses volontaires âgés d’environ 20 ans d’une part et d’environ 70 ans d’autre part. Ces histoires étaient parsemées de mots apparemment absurdes. Conformément aux attentes, les personnes âgées lurent le texte plus lentement. Mais pour pouvoir finalement décrypter le texte, les « mots gênants » devaient être mis en relation avec d’autres termes et là, les cerveaux mûrs utilisèrent leur expérience car le taux d’erreur était beaucoup plus élevé chez les plus jeunes. Les plus jeunes réussirent à mieux faire abstraction des facteurs dérangeants. Hasher décrit ce résultat encourageant : « Lors de la résolution de problèmes, les plus âgés sont clairement avantagés car les plus jeunes se laissent distraire lors de l’exercice précédent ».

Les seniors ont également de bons résultats quant il s’agit de bien réagir lors d’autres exercices de prise de décision dans lesquels les participants doivent ignorer des erreurs. Dans le test de réaction de l’institut de physiologie du travail de l’université de Dortmund, les volontaires devaient appuyer sur un bouton aussitôt qu’apparaissait une flèche orientée de manière correspondante dans une cible de l’écran. Les flèches irritantes situées en dehors dérangeaient et ralentissaient la bonne prise de décision. Les participants les plus jeunes furent certes les plus rapides lors de ce test mais firent aussi plus de fautes lorsqu’ils furent distraits. Celui qui réagit trop vite prend souvent une mauvaise décision. Une fois le cerveau « programmé » sur « appuyer », on ne pouvait plus faire marche arrière. Celui qui allait moins vite était aussi le meilleur dans ce cas.

Une restructuration créative avec l’âge

En quoi cela peut être utile à un senior dont le cerveau perd toujours plus de neurones ? Lynn Hasher illustre la fonctionnalité quotidienne de ses tests ainsi : celui qui lit un livre ou un article dans un magazine avec une intention claire d’avance ignore souvent des faits inattendus. Mais ces faits pourraient précisément être importants dans un autre projet. Établir des liens entre des choses qui semblent n’avoir rien à voir les unes avec les autres, c’est ce qui construit l’expérience. Les plus âgées dépassent là de loin leurs concurrents. Celui qui ne fait pas automatiquement abstraction des facteurs dérangeants gagne aussi en personnalité. Les chercheurs d’Harvard montrèrent que les personnes particulièrement créatives sont sensibles aux manœuvres apparentes de distraction et les intègrent plus tard dans leurs idées.

Celui qui vieillit n’épuise pas toutes les parties du cerveau de la même manière mais les réaménage. Cheryl Grady, collègue de Lynn Hasher à Toronto, prouve que les jeunes et les vieux activent des régions différentes du cerveau quand ils examinent le visage de celui qui est en face d’eux. Des expérimentations animales montrent que les régions voisines du cerveau peuvent prendre en charge des tâches quand des centres à part s’affaiblissent ou défaillent complètement. On sait aussi depuis environ 10 ans que, non seulement des nouvelles liaisons s’établissent, mais qu’en plus de nouveaux tissus nerveux sont générés. La TEP montre que le cerveau âgé se sert de ses 2 moitiés de la même manière. Le déclin mental peut donc être non seulement freiné mais même détourné pour certaines aptitudes.

Les organes de pensée tranquilles ont plus de réponses

Que conseille donc l’expert pour lutter contre le vieillissement du cerveau ? Celui qui apprend à jouer d’un instrument de musique ou à parler une nouvelle langue ralentit le déclin, comme l’invoquait le neuropsychologue de Zurich Lutz Jäncke. Et ne s’isoler en aucun cas à la maison ! Car celui qui reste socialement actif met son cerveau au défi et le confronte à des situations changeantes auxquelles il doit faire face – un entrainement idéal.

« On ne peut attendre sagesse ou intelligence que d’un cerveau mûr » dit Hans Gutzmann de l’hôpital Hedwigshöhe à Berlin. « Un vieux cerveau est peut-être plus lent mais il connait plus de réponses. » La plasticité n’est pas une qualité de la jeunesse. Celui qui ne fait pas bien travailler son cerveau et se concentre uniquement sur les processus vitaux est aussi, même s’il est sain d’esprit, confronté une dégradation de la parole et de l’orientation dans les dernières années de sa vie.

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2 commentaires:

Laurent BEHR
Laurent BEHR

je vais me remettre au chinois

#2 |
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medecin Michel Chenut
medecin Michel Chenut

bel article sur la mémoire

#1 |
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