Cancer du poumon : un nouveau souffle ?

20. mars 2015
Share article

Changement de paradigme chez les patients cancéreux : de plus en plus repassent des médicaments sélectifs aux chimiothérapies non spécifiques. Inhibiteurs métaboliques ou approches immunologiques appartiennent à ce répertoire. Mais, en particulier avec le cancer du poumon, cette grande percée échoue à se matérialiser.

Pour marquer la Journée mondiale contre le cancer, Carlo La Vecchia, Milan, a publié de nouveaux chiffres. Une bonne nouvelle : pour presque tous les types de tumeurs, la mortalité a diminué. Pourtant, tout n’est pas rose. Les femmes dans les pays industrialisés meurent maintenant plus souvent de cancer du poumon (210 000 victimes) que de cancer du sein ou du côlon (198 000 ou 158 000 décès). Les chiffres correspondent à l’année 2012. Le tabagisme demeure la première cause : selon le centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ) à Heidelberg, de 85 à 90 pour cent de tous les cas de cancer du poumon sont liés au tabac. « Cette tendance se poursuivra tant qu’on ne réussira pas à motiver les femmes d’âge moyen à arrêter de fumer », explique Martina Pötschke-Langer, directeur de la prévention du cancer au DKFZ. L’Allemagne avait récemment récolté des critiques du Health Consumer Powerhouse (HCP). Dans le cinquième Euro Health Consumer Index (EHCI), l’ONG suédoise a critiqué le fait que les campagnes de prévention contre la nicotine n’atteignent que peu leur but. Mais cela semble mieux dans le domaine scientifique.

On gagne sur la durée de vie

De nouvelles données sur le Ramucirumab ont été récemment obtenues. L’anticorps monoclonal se lie spécifiquement à des récepteurs de type facteur de croissance endothélial vasculaire de type 2 (VEGF-2). Edward Garon, Los Angeles, a évalué les données de son étude-REVEL sur 1253 patients. Tous les participants étaient atteints de cancer du poumon non à petites cellules (CPNPC) de stade IV. Chez ces patients, il était observé une nouvelle progression après une chimiothérapie avec des sels de platine. Ils ont alors reçu de manière randomisée du Ramucirumab plus Docetaxel ou un placebo plus Docetaxel. Sous l’inhibiteur de l’angiogenèse Ramucirumab, le temps de survie était de 10,5 mois, comparativement à 9,1 mois pour le Docetaxel seul. La médiane de survie sans progression était de 4,5 mois (3,0 mois pour le Docetaxel). Pour cela, les patients subissent des effets secondaires tels qu’hémorragies graves, thrombose, fatigue ou neutropénie. L’Agence européenne des médicaments EMA a donné un avis positif après l’autorisation de traitement en deuxième intention par l’US Food and Drug dans le cadre du cancer du poumon non à petites cellules.

Inhibiteur de la tyrosine kinase en première ligne

En plus des anticorps, des petites molécules (small molecules) ont démontré des propriétés inhibitrices. L’inhibiteur de tyrosine kinase Crizotinib s’engage dans les processus métaboliques des cellules cancéreuses, où l’enzyme kinase du lymphome anaplasique (ALK) est surexprimé. On estime que trois à cinq pour cent de tous les CPNPC possèdent cette propriété. Depuis la fin de 2012, le Crizotinib est approuvé en thérapie de deuxième ligne pour le cancer du poumon non à petites cellules ALK-positif. Les données de Benjamin Solomon, Melbourne, montrent la valeur ajoutée dans les thérapies primaires. Solomon a traité 343 patients à un stade avancé de CPNPC ALK-positif de manière randomisée avec Crizotinib ou Pemetrexed plus Cisplatine / Carboplatine. Crizotinib prolonge le temps jusqu’à une progression de la tumeur à 10,9 mois (contre 7,0 mois). Reste comme problème une récidive tôt ou tard. Les chercheurs considèrent comme une cause potentielle de nouvelles mutations dans le tissu tumoral, de sorte que les inhibiteurs de tyrosine kinase perdent leur effet.

Metformine utile

Un autre cas particulier : les non-fumeurs peuvent aussi, rarement, déclarer un cancer du poumon. Lori C. Sakoda du Kaiser Permanente Northern California, Oakland, a constaté que la Metformine montre des effets protecteurs. Comme base d’étude, la chercheuse a utilisé les données des assurances de 47 351 diabétiques de type 2. Les non-fumeurs sous antidiabétique par voie orale furent 43 pour cent moins affectés par le cancer du poumon. Cela rend particulièrement évident leur effet protecteur dans les adénocarcinomes. Mais Sakoda n’a pas encore pu trouver quelle était leur influence sur ce cancer qui est souvent déclenché par la fumée de tabac. Elle a spéculé que des concentrations d’insuline plus faibles pourraient expliquer cet effet. La Metformine inhibe la néoglucogenèse dans les cellules du foie et ainsi les cellules bêta libèrent moins d’insuline. L’hormone peptidique présente des effets sur le cycle cellulaire et donc la prolifération cellulaire. On ne peut pas répondre sans équivoque avec les études de cohorte rétrospective dans quelle mesure la Metformine protège de manière effective, d’autres travaux doivent donc suivre.

Vaccinations sans valeur ajoutée

Au-delà de toutes les innovations, certaines études développent de grande déception, comme par exemple la vaccination. L’objectif est que le système immunitaire élimine les cellules avec des structures moléculaires qui diffèrent du tissu sain. Dans le cancer du poumon, les chercheurs espéraient avoir trouvé un antigène approprié. Ils randomisèrent 4 210 patients atteints de cancer exprimant MAGE-A3. Les concernés recevaient des injections de placebo ou d’un nouveau vaccin. Si nécessaire, ils reçurent une chimiothérapie adjuvante. On en est ainsi venu à la réponse immunitaire humorale. Mais cette stratégie n’a pas apporté d’avantage significatif. Les scientifiques sont encore convaincus qu’il serait passionnant d’avoir la possibilité générale d’activer notre système immunitaire. Leur désir de guérir le cancer du poumon avec des mécanismes endogènes n’est encore qu’un rêve d’avenir.

3 note(s) (3.67 ø)

Comments are exhausted yet.

Langue:
Suivre DocCheck: