Diagnostic par rHealth : test sanguin en WiFi

20. mars 2015
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Petit, pas cher, rapide et fiable - une nouvelle génération d’appareils mobiles pratiques vise à remplacer le laboratoire de diagnostic classique. Mais que peuvent donc vraiment faire ces dispositifs de type tricorder tant encensés, et quand seront-ils prêts ?

Créer un hémogramme complet avec une goutte de sang ? Grâce à la microfluidique et la nanotechnologie, cela est déjà techniquement possible, mais cela n’empêche malheureusement pas dans la pratique quotidienne et à l’hôpital la prise de sang par ponction veineuse redoutée par de nombreux patients. Les échantillons doivent être apportés à un laboratoire, les analyses exigent des équipements imposants et du personnel technique coûteux, et les résultats sont donnés aux concernés plusieurs jours plus tard. Mais un nouveau dispositif est en train de révolutionner le monde du diagnostic.

rHEALTH : la panacée de la télémédecine ?

Le cœur du « reusable Handheld Electrolyte And Lab Technology for Humans » (rHEALTH) est une puce microfluidique, à travers laquelle l’échantillon est dilué, mélangé et pompé. L’équipement de l’appareil est complété par des méthodes optiques fluorescentes non invasives réalisées par multiplexage utilisant des nanobandelettes. Ces nanobandelettes fonctionnent comme les bandelettes de test urinaire classiques, mais sont réduites à la taille du micromètre. L’appareil peut fonctionner actuellement de manière fiable pour le comptage du nombre de cellules. Il est également capable de détecter le VIH, déterminer le taux de vitamine D dans le sang et détecter différents marqueurs protéiques tels que le TNF et l’IFNy. Grâce à un patch supplémentaire, le rHEALTH peut déterminer les signes vitaux comme la fréquence cardiaque et la température corporelle. « La technologie rHEALTH est très sensible et quantitative », a déclaré le Dr Eugene Chan, gérant et directeur scientifique de l’Institut de médecine de l’ADN (DNA Medicine Institute, DMI) responsable de l’élaboration, la fabrication et la distribution du rHEALTH.

Le système a des dimensions pratiques (20 cm x 10 cm x 1,5 cm) et est utilisé avec une seule goutte de sang (ou autre fluide corporel). Il est développé par les chercheurs du DMI en collaboration avec l’agence spatiale américaine, la NASA, et devrait donc être pleinement opérationnel en apesanteur – une étape importante dans la fourniture de soins médicaux pour les astronautes en vol spatial habité. Mais même sur la terre, le rHEALTH devrait être utile.

Des avantages évidents, mais pas encore d’autorisation

Un dispositif de diagnostic portable, avec lequel le patient peut déjà déterminer chez lui des paramètres importants, pourrait empêcher des consultations inutiles et soulager le médecin. En outre, un tel dispositif permet un suivi beaucoup plus poussé que ce qui est actuellement possible. Dans le cas de certaines maladies chroniques et dégénératives, cela pourrait être un avantage décisif. En outre, les secouristes, les ambulanciers et les techniciens médicaux d’urgence pourraient tirer profit d’un tel dispositif rapide et pratique. La miniaturisation réduit également les coûts de diagnostic.

Un autre avantage est que le rHEALTH peut améliorer l’observance du patient. Grâce à la petite quantité de sang requise, une ponction par lancette est suffisante, ce qui est un soulagement significatif surtout pour les enfants, les personnes chez lesquelles les veines sont difficiles à atteindre ou les personnes qui ont souvent besoin de réaliser des analyses, tels que les patients atteints de cancer. Cependant, le rHEALTH doit encore prouver qu’il peut rivaliser avec la sensibilité et la spécificité des méthodes d’analyse classiques. Le fabricant DMI doit encore réaliser des études appropriées.

Afin de conquérir le marché de la télémédecine, DMI prévoit trois types d’appareils : rHEALTH One pour la recherche, rHEALTH X pour les médecins et rHEALTH X1 pour les patients. Alors que rHEALTH X et X1 doivent recevoir l’autorisation de la US Food and Drug Administration (FDA) avant la mise en vente, le rHEALTH One ne doit être approuvé que par l’Institutional Review Board, l’équivalent américain de la Commission d’éthique allemande, et est donc déjà disponible pour les institutions de recherche, « DMI peut fournir des équipements d’ici quelques semaines aux chercheurs intéressés », promet le Dr Chan. L’équipe de Chan veut utiliser l’expérience des chercheurs pour améliorer l’appareil. Cependant, cela pourrait prendre plusieurs années avant que le rHEALTH ne soit disponibles pour les médecins et les patients. « Les prochains défis, » explique le Dr Chan, « sont l’élargissement à des tests supplémentaires, l’augmentation de l’échelle de production et le coût du processus de commercialisation. »

Excellente idée

En Novembre, l’équipe DMI a gagné avec son concept rHEALTH le Nokia Xchallenge Sensing 2014 et put repartir avec $ 525 000. Et le prix suivant est déjà anticipé : DMI participe en tant qu’une des dix équipes en lice au Qualcomm Tricorder XPrize qui est doté de $ 10 000 000. Pour gagner le prix, le rHEALTH devra pouvoir diagnostiquer au moins 16 entités avec succès, incluant anémie, fibrillation auriculaire, maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), diabète sucré, hépatite A, leucocytose, pneumonie, otite moyenne, apnée du sommeil, accident vasculaire cérébral, tuberculose et infection des voies urinaires. En outre, l’appareil doit déterminer de façon fiable les paramètres vitaux : pression artérielle, fréquence cardiaque, saturation en oxygène, fréquence respiratoire et température du corps. En collaboration avec l’Université de Californie à San Diego (UCSD), 500 bénévoles évalueront les dispositifs Tricorder de XPrize lors de l’été 2015. La FDA soutient le processus et conseille les équipes participantes pour toutes les questions essentielles sur l’autorisation de mise sur le marché.

La concurrence ne dort jamais

DMI n’est pas la seule entreprise qui veut prendre une part du gâteau de la télémédecine. Scanadu, une société californienne fondée en 2011, prend également part à la Tricorder XPrize et offre deux produits : Scanadu Scout pour la mesure des signes vitaux et Scanaflo pour l’examen d’urine. Mais on ne sait pas encore exactement quand les deux appareils seront disponibles dans le commerce. En revanche, un concept différent est poursuivi par Theranos. La société californienne offre ses services depuis 2013 : les patients avec un certificat médical peuvent faire prélever une petite quantité de sang, d’urine ou d’autres fluides corporels dans les succursales de la chaîne de pharmacie Walgreens. L’échantillon est rapidement envoyé à un laboratoire Theranos et y est examiné au moyen de techniques de miniaturisation et d’automatisation brevetés.

Le vainqueur de la Tricorder XPrize sera annoncé en Janvier 2016. En ce qui concerne l’utilisation de dispositifs tels que le rHEALTH dans les hôpitaux et les cabinets médicaux, nous allons sans doute devoir attendre beaucoup plus longtemps, mais il semble indiscutable que l’avenir appartient aux appareils polyvalents pratiques.

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