Du poison dans le tuyau

31. juillet 2009
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Poche pour perfusion, cathéter, dialyse rénale et machine cœur poumon sont souvent vitaux. Ils mènent cependant aussi à des problèmes particuliers. Une circulation du sang en dehors du corps peut entraîner des dysfonctionnements graves des organes. La cause possible est la substance chimique cyclohexanone.

Dans la médecine moderne, on ne peut plus se passer de la circulation sanguine extracorporelle par exemple dans le cas d’une dialyse rénale ou d’un pontage. La prise en charge transitoire de fonctions d’organes vitaux sauve la vie de millions de gens. La circulation extracorporelle présente cependant une série de risques comme des dysfonctionnements cardiaques avec un débit cardiaque plus faible et des troubles du rythme cardiaque. Quelques patients souffrent d’une perte de mémoire et des saveurs, d’une tuméfaction des organes ou de fatigue.

Le plastique contient de la cyclohexanone

Artin Shoukas et Caitlin Thompson-Torgerson de la Johns Hopkins University Medical School viennent de découvrir une cause possible expliquant les plaintes de certains patients, plaintes disparaissant souvent seulement des mois après une opération (American Journal of Physiology – Heart and Circulatory). Dans des petits tuyaux en plastique, ils trouvèrent de la cyclohexanone (CHX), un solvant organique utilisé dans la production d’équipements médicaux contenant du polychlorure de vinyle (PVC). C’est un constituant des poches pour perfusion et des circuits extracorporels. Il migre des petits tuyaux et des jonctions vers les liquides qui sont en contact avec eux, et donc dans le sang. On peut détecter de la CHX dans les prélèvements d’urine de nouveaux-nés après une administration intraveineuse à l’aide de poches en PVC et de petits tuyaux.

Shoukas et son équipe avaient déjà des doutes sur des substances chimiques de composants en plastique d’équipements médicaux et les accusaient d’être responsable d’effets secondaires lors de certaines interventions médicales. Le chercheur a dû en faire lui-même l’expérience après un pontage : « Je suis fou de chocolat et je me suis aperçu après l’opération que tout avait mauvais goût et même le chocolat eut un goût de charbon de bois pendant des mois ».

Les produits chimiques portent au cœur

Les scientifiques analysèrent des prélèvements liquides cristalloïdes de conduits extracorporels inutilisés et de poches d’administration intraveineuse à l’aide de la chromatographie en phase gazeuse couplé à la spectrométrie de masse pour déterminer des valeurs d’exposition à la CHX et déceler la contamination des liquides recueillis en CHX. Les fluides contenaient 9,63 à 3.694 microgrammes de CHX par litre. Ils examinèrent finalement de manière importante sur 49 rats l’efficacité d’une perfusion intraveineuse avec, d’un côté, du chlorure de sodium et de la CHX et de l’autre, du chlorure de sodium seul. Ils vérifièrent la fonction cardiovasculaire à l’aide de l’output cardiaque, de la fréquence cardiaque, du volume d’éjection systolique, de la résistance vasculaire, de la pression artérielle et de la contractilité du ventricule. La sensibilité du baro réflexe et la formation d’œdèmes furent également examinées.

Les cœurs des rats qui avaient seulement reçu le chlorure de sodium pompèrent près de 200 microlitres de sang par pulsation cardiaque et présentaient une fréquence cardiaque moyenne de 358 par minute. Les rats ayant reçu la perfusion contenant de la CHX atteignaient seulement 150 microlitres de sang par pulsation cardiaque et une fréquence cardiaque de 287 par minute. Non seulement la fonction pompe du cœur était perturbée mais les animaux avec de la CHX avaient aussi une moindre contractilité du muscle cardiaque. Selon les données des chercheurs, la CHX provoqua une réduction de 50% de la force de chaque contraction cardiaque. Le baroréflexe, qui contribue au contrôle et au maintien de la pression sanguine, était diminué après une exposition à la CHX et réagissait moins sensiblement. On observa aussi de plus en plus de rétention hydrique et des tuméfactions chez les animaux avec une perfusion contenant de la CHX.

L’usage de traitements en dehors du corps reste incontesté

Les données livrent des évaluations de la contamination en CHX de la poche d’administration intraveineuse la plus souvent vendue et des circuits extracorporels, nous dit Shoukas. Dans le cas d’une exposition d’animaux à la CHX pertinente cliniquement, des perturbations cardiovasculaires semblables aux effets secondaires observés lors d’utilisations cliniques sur l’homme apparurent. Cela renforce l’hypothèse des chercheurs selon laquelle la CHX contribue à l’insuffisance cardio-vasculaire, par exemple après des interventions sur le cœur. Les scientifiques ne recommandent cependant pas de refuser une intervention nécessaire à la vue de ces constatations médicales. Ces technologies sont souvent vitales si bien que l’usage prime de toute façon sur les risques.

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