Travail de nuit : la mort au travail ?

5. mars 2015
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Travailler pendant que d’autres dorment fait partie de la routine du travail en hôpital et est mauvais pour la santé. Une récente étude américaine renforce des preuves obtenues précédemment : celui qui travaille la nuit a un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires et de cancer du poumon.

Une équipe de recherche internationale a cherché à savoir dans une étude de cohorte prospective si les tours de nuit étaient associés à une mortalité accrue. Une question qui concerne beaucoup de monde. Ainsi, jusqu’à 20% de la population active dans les pays occidentaux a travaillé en poste au cours de sa vie professionnelle.

Toujours plus d’emplois postés, et donc une augmentation des risques

Les auteurs ont eu recours aux données de l’étude sur la santé des infirmières Nurses´ Health Study  (NHS). Le résultat : le travail posté de nuit pendant plus de cinq ans a augmenté la mortalité globale et la mortalité cardio-vasculaire. Elle était la plus élevée chez les infirmières avec plus de 15 années de travail posté. Il n’y a pas de lien entre travail de nuit et un taux de mortalité global dû au cancer plus élevé. Cependant, le travail de nuit pendant plus de 15 ans a été associé à une mortalité accrue due au cancer du poumon. « Ces résultats confirment des preuves plus anciennes concernant les éventuels effets nocifs du travail de nuit en équipes alternantes sur la santé et l’espérance de vie », explique l’auteur Eva S. Scherhammer MD, professeur agrégé de médecine à la Harvard Medical School.

La cohorte de la NHS existe depuis 1976. Les infirmières participantes ont été interrogées en 1988 sur le travail posté. Après l’exclusion de celles qui souffraient déjà d’une maladie cardio-vasculaires ou de cancer, les chercheurs ont analysé les données de 74 862 femmes, toutes réunies dans le cadre de la NHS, recueillies entre 1988 et 2010. Par rapport aux femmes qui n’ont jamais travaillé de nuit, toutes celles qui ont réalisé au moins cinq ans de travail posté de nuit montrent une augmentation de 11% du risque de mortalité générale. Dans ce cas, d’autres facteurs tels que le tabagisme, l’âge, la consommation d’alcool, l’activité physique, l’IMC, et le statut socio-économique ont été pris en compte.

Risque plus élevé de maladie cardiaque ischémique

Une influence néfaste du travail de nuit peut être remarquée dans le risque de mortalité cardiovasculaire. Pour les femmes qui avaient au moins cinq ans de travail posté, cela a contribué à une augmentation de 19% par rapport au groupe contrôle, et avec plus de 15 années de travail posté, une augmentation de 23% – après examen des facteurs ci-dessus. Les chercheurs ont analysé les risques pour les maladies cardiovasculaires les plus courantes de la population étudiée. Il a été constaté que le risque de maladie cardiaque ischémique était accru chez les femmes ayant réalisé plus de cinq ans de travail de nuit. Avec plus de 15 années de travail de nuit, le risque était encore plus élevé. Dans une autre analyse, des facteurs de risque tels que l’hypertension, l’hypercholestérolémie et le diabète de type 2 ont été pris en compte, ils n’ont pas été affectés de façon significative par l’association entre travail de nuit et maladie cardiaque ischémique.

Le lien entre le travail de nuit – qui interrompt le rythme circadien – et la maladie cardiaque ischémique peut s’expliquer par différents mécanismes biologiques. Selon un article de revue, le travail posté a divers effets physiologiques. Ainsi, si le système nerveux est activé, il y a une augmentation des réponses inflammatoires et des changements dans les métabolismes du glucose et des lipides. Il en résulte un risque accru d’athérosclérose.

Risque de cancer du poumon augmenté – même pour non-fumeur

Pour les cancers en général, les auteurs n’ont trouvé aucune augmentation du risque de mortalité. Les chercheurs ont ensuite analysé plus précisément ces cancers qui étaient responsables de plus de 200 morts dans la population étudiée. Il a été constaté que les femmes qui ont travaillé plus de 15 années de service de nuit avaient un taux de mortalité modérément accru de cancer du poumon. Si les auteurs considèrent le tabagisme comme une variable de perturbation possible, le risque était aussi significativement plus élevé pour les non-fumeuses.

Le risque accru de cancer s’explique parce qu’un effet anti-tumoral est attribuée au système circadien, et en particulier à la mélatonine. Il améliore la réponse immunitaire, et agit comme anti-oxydant et anti-inflammatoire. Dès 2007, le travail de nuit a donc été classé comme potentiellement cancérogène par l’OMS.

Forces et faiblesses : taille et période des données contre actualisation

Les auteurs eux-mêmes soulignent plusieurs faiblesses de l’étude. Tout d’abord, l’information provient de données sur le travail posté collecté en 1988 et n’ont depuis pas été mises à jour. En outre, les auteurs ne peuvent pas exclure que les données soient incomplètes : les auteurs craignent que les infirmières qui travaillaient exclusivement en tours de nuit n’aient pas été comptées dans les postes de nuits avec équipes alternantes – ce qui correspond à la question qui était posée. Cependant, cela changerait peu les résultats de l’étude car les auteurs ont utilisé des critères statistiques plus stricts. Pour distinguer entre le manque de sommeil et le travail de nuit, ils ont analysé les données provenant de femmes qui avaient de six à huit heures de sommeil – mais les données n’apparaissent pas en détail dans l’étude.

Les auteurs soulignent une des forces de l’étude : « C’est une des plus grandes études de cohortes prospectives dans le monde entier, avec une grande proportion de travailleurs de nuit et une longue période de suivi ». En outre, tous les participants à l’étude travaillent en soins infirmiers – différents types d’emploi ne peuvent donc pas biaiser les résultats.

Il est encore trop tôt, selon les auteurs, pour tirer des conclusions pratiques pour le travail quotidien des travailleurs de nuit. Le rôle de la longueur et l’intensité de travail de nuit et l’interaction entre les horaires de travail et les conditions individuelles devront être étudiées plus avant. Les résultats pourraient être affectés par le chronotype – la catégorie selon laquelle l’horloge biologique interne de chaque personne fonctionne. Après tout, certaines personnes sont plus actives de jour, et d’autres de nuit.

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1 commentaire:

Métier non médical

IDE antoinette perquin

antoinetteperquin@gmail.com

je travaille de nuit pour élever mes enfants. Pour éviter de les sortir à 5h du matin en hiver direction la nourrice. Pour éviter de les mettre en cantine…
Le travail de nuit est épuisant. L’équipe de nuit n’est nullement considérée ni par l’équipe de jour ni par sa hiérarchie. Les décisions sont prises sans moi. Les fois ou je suis conviée à uneréunion les horaires ne sont pas adaptés. J’ai passé mon concours de cadre infirmier on m’a dit non car je travaille de jour. Je suis référente douleur. Je possède un DU en soins palliatifs accompagnement et douleur je suis en formation d’hypnose… et une dame de la DRH m’a demandé d’un ton moqueur comment peut-on être référente douleur et travailler de nuit…
En réalité moi je voulais insister sur l’épuisement psychologique lorsqu’on travaille de nuit car nous sommes ISOLEES de tout de tous. Pas de considération, pas de sollicitations. Les filles de nuit sont tristes aigries dans leur vie prof. Nous sommes en détresse et l’on nous charge de tant de taches. Une de nos collègues a mit fin à ses jours par désespoir. Help!!!!!!!!!

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