Le TDAH est rarement isolé

4. décembre 2012
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Les problèmes de comportement oppositionnel sont un effet secondaire connu du TDAH. Des chercheurs viennent de démontrer que d’autres troubles mentaux tels que les tics, l’anxiété et des troubles de la personnalité sont plus fréquents chez les enfants atteints de TDAH que chez les enfants n’en ayant pas.

Les enseignants le font souvent remarquer aux parents d’enfants TDAH : en plus du manque de concentration, l’impulsivité et l’agitation constante font que les enfants ne suivent pas les règles, sont « provocants » et perturbent le calme de la classe. Le « trouble du comportement social associé à un comportement oppositionnel avec provocation » (CIM-10: F 91,3) est souvent associé au TDAH. Celui-ci et d’autres troubles mentaux sont considérés comme des comorbidités du TDAH, bien que les scientifiques sont encore divisés à savoir lequel est la « poule » et lequel est « l’œuf » : d’un point de vue psychodynamique, les symptômes du TDAH sont le résultat d’un traumatisme et de troubles connexes.

Rester attentif aux troubles mentaux

Les spécialistes en comportements biologiques décrivent le TDAH comme une maladie indépendante qui peut avoir comme conséquence des troubles mentaux. Cette affirmation ne peut être corroborée par Kouichi Yoshimasu et al. de la Mayo Clinic à Rochester, Minnesota, USA. Qu’ont-ils pu montrer jusqu’à présent ? Les troubles mentaux sont des compagnons tellement fréquents du TDAH que les pédiatres et les psychologues devraient y porter une attention particulière pour s’assurer que les enfants reçoivent une aide adéquate. Kouichi Yoshimasu et ses collègues présentèrent les données de 5 718 enfants (2 956 garçons et 2 762 filles) nés entre 1976 et 1982 à Rochester, dans le Minnesota (États-Unis), et qui, à l’âge de 5 ans, y vivaient toujours. Les auteurs de la Mayo Clinic reçurent les données médicales du centre médical Olmsted et des trois hôpitaux affiliés – ceux-ci sont répertoriés dans la base de données du Rochester Epidemiology Projects (REP). En outre, les écoles permirent aussi l’accès à leurs données. Ainsi, des psychologues scolaires, des médecins, des travailleurs sociaux, des enseignants ou des parents avaient identifié des symptômes de TDAH chez 1 961 enfants.

Grande quantité de données

Pour 379 de ces enfants, un diagnostic assuré de TDAH existe, les médecins et les psychologues l’avaient posé sur la base des critères du DSM-IV, du questionnaire pour le TDAH et du tableau clinique. Ces 379 enfants étaient suivis passivement jusqu’à l’âge de 19 ans ou jusqu’au diplôme d’études secondaires. Pour chaque enfant TDAH, il y avait deux enfants non-TDAH associés, qui servirent d’enfants-témoins pour le contrôle. Les auteurs fouillèrent la base de données REP pour obtenir plus de diagnostics d’enfants atteints de TDAH et d’enfants-contrôle. Ils trouvèrent 299 diagnostics documentés qu’ils répartirent dans 10 catégories diagnostiques du DSM-IV. Ainsi, les chercheurs eurent à leur disposition les données de 343 enfants atteints de TDAH et 712 enfants sans TDAH. Les enfants atteints de TDAH étaient majoritairement blancs (p = 0,02), avaient souvent des mères ayant un faible niveau d’éducation (p = 0,01) et relativement jeunes (p <0,01) par rapport aux témoins. Aucune différence significative en ce qui concerne les facteurs périnataux ne fut notée.

Au moins un autre trouble mental

Sur 343 enfants atteints de TDAH, 213 (62%) des enfants avaient au moins déclaré un autre trouble mental avant l’âge de 19 ans. En revanche, des troubles mentaux ne furent diagnostiqués que chez 19% des enfants-contrôle. Le nombre de cas de troubles psychiatriques chez les enfants atteints de TDAH était significativement plus élevé que chez les enfants non-TDAH (p <0,001) – de plus, il n’y avait pas de différence entre les filles et les garçons. Cependant, les garçons touchés par le TDAH étaient beaucoup plus susceptibles que les filles d’avoir une comorbidité extériorisée (20,2% vs 7,0%, p <0,01).

Les enfants TDAH avaient, par rapport aux enfants non-atteints de TDAH, significativement plus souvent des problèmes de comportement oppositionnel (hazard ratio [HR] = 9,54), des tics (HR = 6,53), des troubles de la personnalité (HR = 5,80), des troubles alimentaires ( HR = 5,68), des problèmes de toxicomanie (HR = 4,03), des troubles d’adaptation (HR = 3,88), des troubles affectifs (HR = 3,67) et des troubles anxieux (HR = 2,94). Les enfants touchés par le TDAH avec comorbidité souffrirent plus souvent de problèmes sociaux, émotionnels et psychologiques que les enfants atteints du TDAH qui n’avaient aucune autre perturbation. Les résultats de cette étude illustrent une fois de plus que le « déficit d’attention avec hyperactivité pur » est rarement rencontré, selon les auteurs.

D’autres études

Dans ce contexte, des approches psychanalytiques du TDAH peuvent aussi être intéressantes. Marianne Leuzinger-Bohleber et ses collègues de l’Institut Sigmund Freud à Francfort purent révéler dans « l’étude de la prévention du TDAH » que les facteurs anxiété, agressivité et hyperactivité chez les filles pourraient être considérablement réduits par des possibilités de soutien psychanalytiques en jardin d’enfant. L’étude fut menée de 2003 à 2006 dans 14 jardins d’enfants (garderie/maternelle) et porta sur 500 enfants et un groupe contrôle de la même taille sur 14 jardins d’enfant-contrôle. Dans le cadre d’un projet de suivi, les chercheurs de Francfort comparent désormais l’efficacité de la thérapie psychanalytique et de la thérapie comportementale pour le TDAH.

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