Les nanoparticules : de gentils petits tueurs

30. septembre 2009
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Les cliniciens sont arrivés à prouver pour la première fois que des nanoparticules inhalées par l’homme sont responsables de graves dommages au poumon et peuvent être mortelles. La publication devrait confronter les médecins spécialistes de l’environnement à de nouveaux défis.

Les médecins du Pekinger Chaoyang Hospital considéraient ces femmes comme un cas étrange depuis le début : essoufflement, effusion pleurale et épanchement péricardique constituaient l’image clinique, et ceci malgré que les patientes hospitalisées entre janvier 2007 et avril 2008 soient jeunes et sinon en bonne santé. Elles n’avaient encore jamais fumé et l’anamnèse semblait ne présenter aucun risque particulier. Avant leur hospitalisation à la clinique élitaire chinoise, les 7 femmes avaient cependant parcouru une vraie Odyssée en matière de thérapie : les médecins d’autres hôpitaux avaient essayé de les guérir du curieux malaise en passant par des antibiotiques jusqu’à des principes actifs contre la tuberculose – en vain. L’offensive de l’effusion pleurale fut si forte que les médecins mirent les autorités épidémiques nationales dans la boucle – et eurent finalement du succès à l’aide d’une radioscopie exacte des conditions de vie des femmes.

Selon les médecins, des nanoparticules de polyacrylate inhalées par les femmes sur leur lieu de travail commun déclenchèrent cet état grave. Malgré tous les efforts des médecins chinois, 2 femmes ne survécurent pas à l’attaque des nanoparticules. Ce qui semble être sûr maintenant, c’est que leur mort va constituer un tournant global dans l’évaluation du risque de la nanotechnologie.

Les scientifiques n’étaient jusqu’à présent pas parvenus à prouver la relation de cause à effet entre les nanoparticules inhalées et leurs effets secondaires toxiques chez l’homme. Les expérimentations animales prouvaient certes depuis des années que les particules atomiques peuvent attaquer entre autres les reins, le foie et les poumons. Les effets nuisibles sur les personnes exposées étaient certes supposés mais n’avaient pas encore été prouvés cliniquement.

Le cas de Pekin met fin à la supposition que cette technologie qui compte toujours parmi les plus prometteuses du 21ème siècle est une technologie sûre. Les chinois expliquent de manière inhabituellement ouverte ce qui a fait paniquer les médecins à Pékin : les nanoparticules inhalées semblent pouvoir attaquer les organes internes et pénètrent profondément dans les cellules de l’organisme. Celui qui lit l’étude en version originale trouve obligatoirement des similitudes avec le best-seller de Michael Crichton « La Proie » dans lequel des nanoparticules attaquent l’homme – mais autrement que chez Crichton, les incidents de Pékin sont une réalité.

Il faut repenser globalement la sécurité

L’inhalation de nanoparticules de polyacrylate pendant 5 mois sur le lieu de travail conduisit ainsi, en dehors des souffrances évoquées précédemment, à la formation d’une fibrose pulmonaire chez les personnes concernées. De plus, les chercheurs trouvèrent du polyacrylate d’un ordre de grandeur de 30 nanomètres dans le nucléoplasme et le cytoplasme du tissu pulmonaire de leurs patientes. Mais ce n’est pas tout. Les nanoparticules se collèrent également à la membrane des globules rouges – ce qui pu être démontré aussi pour la première fois dans un environnement clinique à l’aide de données réelles. C’est précisément la petite taille des particules qui rend le combat si difficile pour les médecins. « Les patients peuvent développer une fibrose pulmonaire qui résiste à un grand nombre de formes de thérapie », exhorte l’auteur de l’étude Yuguo Song dans le European Respiratory Journal (ERJ) où l’étude parut le 19 août 2009. Song considère avant tout un aspect comme étant particulièrement délicat : les polyacrylates qui rendent malade servent quasiment de nanosupport aux peintures utilisées industriellement comme revêtement de valeur dans le secteur de l’imprimerie. Les nanoparticules sont effectivement largement employées – on prétend que le marché global devrait être d’environ 200 milliards d’euros pour l’année 2010 uniquement. Les résultats chinois pourraient conduire à un changement de la situation.

Beaucoup de scientifiques restent cependant sereins et voient en première ligne le potentiel thérapeutique. Un groupe clinique de chercheurs développe ainsi à la Charité à Berlin une nouvelle classe de nanoparticules magnétiques devant servir de moyen de contraste pour la tomographie à résonance magnétique. Les propriétés particulières des particules emballaient la fondation de recherche allemande (DFG) encore en septembre 2008 : « Les particules d’un nouveau genre sont inhabituellement petites et dotées d’un revêtement de surface, propriétés leur permettant de parvenir de manière très ciblée dans le corps à l’endroit à examiner ». On va devoir reconsidérer exactement les choses après l’étude de Pékin.

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1 commentaire:

docteur Françoise MERLE
docteur Françoise MERLE

Il serait intéressant de faire la liste des produits à risque, d’une part pour les employés qui les manipulent, d’autre part pour les utilisateurs.J’ai noté comme produits les couches absorbantes des bébés (mais on ne respire pas le produit), le caoutchouc blanc?, certaines lentilles de contact souples(mais elles restent en milieu humide et ne sont pas inhalées)

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