Nos pensées sont réellement lisibles

30. septembre 2009
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Grâce à l’IRM du cerveau, les neuroscientifiques observent de nos jours l’humanité avec une fascination grandissante. Une des preuves les plus impressionnantes jusqu’à présent vient d’être établie à ce sujet : l’IRM fonctionnelle colorie non seulement les pensées mais peut aussi les lire... un peu du moins.

Un examen du cerveau au moyen de l’IRM fonctionnelle – aujourd’hui classique – faisait sensation il y a environ 10 ans. À l’aide de modèles d’activation dans les images en coupe de l’IRM, les neuroscientifiques étaient autrefois parvenus à plusieurs reprises à savoir si le volontaire était en train d’observer une maison, un visage ou bien une chaise. « Lire dans les pensées » au moyen de l’IRM fut un sujet diffusé pour la première fois à un plus grand public dans une publication faisant suite à ces essais.

Vue d’un cerveau vierge

Ce n’était pas encore une grande avancée à l’époque : l’ensemble tenait seulement parce que les scientifiques avaient observé auparavant et très précisément comment le cerveau de chaque candidat réagissait aux différentes images. C’était donc la reconnaissance de modèles avec une annonce préalable et donc pas vraiment une réelle lecture de pensées comme dans les cercles spirituels. Un travail actuel se rapprochant sensiblement de la vraie lecture de pensées apporte cependant du nouveau. Des scientifiques autour du psychologue Russell Poldrack de l’Institut for Behavioral Neuroscience du département de psychiatrie de l’université de Californie à Los Angeles vont probablement faire un rapport dans l’édition d’octobre 2009 du magazine Behavioral Neuroscience sur une série d’examens auxquels 130 candidats ont participé. Chacun d’entre eux subit une IRM fonctionnelle du cerveau alors qu’il réalisait notamment l’un des 8 « exercices de pensée » parmi lesquels une lecture de mots à voix haute, une reconnaissance de rimes, la comptabilisation de sons enregistrés, le fait d’appuyer sur un bouton en réponse à une stimulation et la prise de décisions d’ordre financier. Les scientifiques ont alors rassemblé les IRM fonctionnelles de 129 candidats et les ont analysés. Ils développèrent à partir de cela un algorithme permettant de prédire lequel des 8 exercices le 130ième cerveau résoudra.

Environ 6 fois mieux que le hasard lui-même

Le tout fut réalisé pour chacun des 130 candidats. Autrement que pour d’autres examens, l’algorithme fut donc ici employé sur un cerveau « vierge », un cerveau sur lequel on ne disposait d’aucune information au moment de la formulation de l’algorithme. Les résultats impressionnent de ce fait. Le nombre des bonnes réponses données au hasard pour les 8 exercices s’élève statistiquement à presque 13 %. Poldrack et ses collègues atteignirent par contre 80 % avec leur algorithme. En d’autres termes : pour 4 cerveaux sur 5, l’algorithme donna la bonne réponse à la question « qu’es-tu en train de penser ? ». « Ce n’est certainement pas parfait mais c’est plutôt bon », dit Poldrack. « Nous pourrions, à l’aide de l’IRM fonctionnelle, dire beaucoup de choses sur ce que l’homme est en train de penser malgré que nous n’ayons encore jamais observé son cerveau au préalable ». Ce qui rend les données de Californie aussi intéressantes, c’est notamment la découverte que les cerveaux humains se ressemblent : « Nous faisons souvent une fixation sur les prétendues différences entre les cerveaux. Mais notre étude montre que la plupart des cerveaux travaillent de manière plutôt semblable sinon notre cerveau ne fonctionnerait pas », souligne Poldrack.

Plus tu es embrouillé, plus c’est difficile

Ce qui est rassurant à plus d’un titre, c’est qu’il n’y eut pas de succès absolu en dépit de toutes les mathématiques. « Nous ne sommes pas suffisamment bon pour pouvoir être par exemple agréé devant un tribunal », nous dit Poldrack. Il nous interpelle aussi sur le fait que les 80 % de succès n’ont été atteints qu’avec un nombre des solutions possibles limité à 8 pensées définies précisément. « Si nous avons seulement 80 % de succès pour 8 processus de pensée très différents, il nous est encore difficile de savoir ce qu’une personne pense quand elle laisse libre cours à plusieurs millions de pensées ».

Les limites de l’approche californienne de la lecture des pensées se montrent par ailleurs aussi à un tout autre endroit. Les mathématiques, qui sont à la base de l’algorithme utilisé, viennent du domaine de l’apprentissage des machines. C’est une technologie comparable à celle utilisée par des portails Internet comme pour établir des profiles de vente de clients qui servent de base pour des propositions commerciales ciblées. Celui qui observe d’un peu plus près ces choses sait que la performance de telles fonctions laisse encore aujourd’hui fortement à désirer. Rassurant quelque part, non ?

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1 commentaire:

medecin Christian Picard
medecin Christian Picard

Article très intéressant. Affaire à suivre certainement.

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