Odorat : la mort n’a pas d’odeur

22. décembre 2014
Share article

Une personne âgée qui sent mal a un risque plus élevé de mourir dans les cinq années suivantes, contrairement aux personnes qui sentent correctement. C’est en tout cas ce qu’a montré une enquête auprès d’environ 3000 Américains de 57 à 85 ans.

Lorsqu’on inspire, différentes molécules de parfums parviennent dans la cavité nasale supérieure. Elles se fixent sur des récepteurs situés sur les cellules de l’épithélium olfactif, et activent une cascade de signalisation. Ceci déclenche un potentiel d’action, qui est transmis vers le bulbe olfactif du cerveau, le bulbus olfactorius. Pour être enregistré, le stimulus est transmis à l’hippocampe, le centre d’apprentissage et de mémoire du cerveau. Dans le thalamus et le cortex orbitofrontal, le parfum est identifié et dans le cerveau antérieur basal et le cortex orbitofrontal, les émotions sont alors déclenchées. Outre les nombreuses tâches et fonctions exercées par l’odorat de cette façon, il y en a maintenant une autre, selon des scientifiques américains : la perception olfactive des personnes âgées devrait être un indicateur de la durée de vie qui leur reste.


De l’odorat au risque de mortalité

Pour cette étude, Pinto et son groupe utilisèrent le National Social Life, Health and Aging Project (NSHAP). Cette étude a recueilli des données sur environ 3000 Américains de 57 à 85 ans. Pour ce groupe d’âge, la sélection des participants était représentative. Dans les années 2005-06 les participants durent identifier les odeurs de menthe poivrée, poisson, orange, rose et cuir et étaient alors divisés en trois groupes en fonction du nombre de réponse correcte. 78 pour cent des participants détectèrent quatre ou cinq des odeurs. Cela correspond à un rendement olfactif normal. Seulement 3,5 pour cent ne reconnaissaient pas les parfums ou en reconnaissait seulement un correctement.
Il reste difficile de savoir si les personnes ayant un faible sens de l’odorat ne sentent rien ou s’ils n’avaient pas identifié les parfums correctement. Cinq ans plus tard, 430 participants à l’étude étaient morts, ce qui représente 12,5 pour cent de tous les participants. Il est frappant de constater que beaucoup d’entre les morts avaient échoué au test de l’odorat. Car dans le petit groupe qui avait détecté au maximum un parfum, 39 pour cent étaient décédés, soit quatre fois plus que chez les « nez normaux ». Cependant, compte tenu de l’âge, il est démontré que les participants de l’étude entre 75 et 85 ans sentant normalement étaient deux fois plus susceptibles de mourir dans les prochaines années, que les participants 20 ans plus jeunes ayant une performance olfactive normale. Pour les personnes avec un mauvais sens de l’odorat, la probabilité de décès, cependant, dans les trois groupes d’âge, était similaire. Si nous considérons maintenant uniquement le résultat des participants de75 à 85 ans, il y avait dans le groupe qui avait au maximum détecté un parfum, seulement deux fois plus de morts au bout de cinq ans comparativement aux « nez normaux » de la même tranche d’âge. Selon les chercheurs, une mauvaise perception olfactive indiquerait mieux l’imminence de la mort que les maladies telles que le cancer, l’insuffisance cardiaque ou les maladies pulmonaires.


Un canari pour la santé ?

Selon Jayant Pinto, l’odorat a une tâche similaire pour la santé humaine à celle, très connue, du canari dans la mine de charbon, qui était très sensible au monoxyde de carbone et permettait aux mineurs de se méfier des gaz dangereux. Mais si une mauvaise perception de l’odeur doit avertir d’un danger imminent, cela ne le provoque pas. Par ailleurs, le mécanisme d’action n’est pas clair et n’a pas été examiné par les chercheurs. Cependant, ils suggèrent que la pollution de l’air pourrait en être une cause, parce que le nerf olfactif est le seul nerf crânien qui est directement exposé à l’environnement. Par ce biais, des toxines et des particules de poussière pathogènes pourraient pénétrer dans le système nerveux central et altérer les fonctions corporelles. Une mauvaise performance olfactive pourrait également indiquer une capacité de régénération réduite du corps, selon les chercheurs, parce que la fonction de l’odorat au niveau du nez doit être constamment renouvelée par l’intermédiaire de cellules souches. Si celles-ci et d’autres cellules souches adultes dans le corps meurent, cela pourrait être la cause d’un risque accru de décès.


Résultats de l’étude précédente

Cette étude publiée par Jayant Pinto et son groupe n’est pas la première à poser la question de savoir si un mauvais sens de l’odorat peut indiquer un décès proche. En 2011, Robert Wilson a publié des résultats similaires. Il a analysé les données d’une étude avec plus de 1100 participants qui étaient âgés en moyenne de près de 80 ans. Toutefois, la sélection des participants n’était pas représentative. Les sujets devaient identifier douze parfums différents au cours d’un test olfactif. Le résultat : le risque de décès a été réduit de six pour cent pour chaque odeur correctement attribuée. Cependant, comme une perception olfactive pauvre est souvent associée aux maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson, a indiqué Robert Wilson, une mauvaise performance dans le test seul peut juste être le signe d’une maladie pas encore diagnostiquée.
Bamini Gopinath a aussi travaillé un an plus tard, en 2012, sur cette question. Il disposait de données de plus de 1500 participants de plus de 60 ans, qui devaient reconnaître huit parfums lors d’un test olfactif évalué. Il a constaté que les personnes ayant un mauvais sens de l’odorat ont un risque 67 pour cent plus élevé de mourir au cours des cinq années suivantes. Cependant, si les chercheurs prenaient en compte les déficiences cognitives ou le cholestérol, cette association n’existait plus. « Les gens avec un mauvais sens de l’odorat étaient généralement plus âgés, de sexe masculin, et avaient des troubles de la vision et de la mémoire, du diabète, de l’angine de poitrine, un accident vasculaire cérébral, un IMC bas, une mauvaise santé ou un cholestérol élevé, » dit Gopinath Bamini dans sa publication.

Utilité de cette étude observationnelle

D’après des études antérieures, il est déjà connu que le dysfonctionnement olfactif peut indiquer l’existence de maladies neurodégénératives. Ces maladies augmentent le risque de décès. Mais il y a aussi d’autres raisons pour un mauvais odorat. En plus de la diminution liée à l’âge, la mauvaise perception olfactive peut être génétique ou être affectée par une rhinite chronique, un traumatisme cranio-cérébral et des infections des voies respiratoires supérieures. Les raisons pour lesquelles les personnes ont de mauvais résultats aux tests olfactifs, et savoir si le risque accru de décès des « mauvais nez » est due à des maladies pré-existantes, n’a pas été spécifié par Jayant Pinto. Le mécanisme proposé n’est qu’une supposition. Avant d’en être au point où les personnes souffrant d’un mauvais odorat se voient recommander la rédaction d’un testament dès que possible, de nombreuses études doivent apporter les éclaircissements nécessaires.

Publication originale de l’article : http://www.plosone.org/

5 note(s) (4.8 ø)

Comments are exhausted yet.

1 commentaire:

Métier non médical

IDE antoinette perquin
antoinetteperquin@gmail.com

La mort n’a pas d’odeur. Elle vous touche.ELLE vous choisie. Elle vous observe. Vous aurez-elle sentie ?

#1 |
  0


Langue:
Suivre DocCheck: