Diabète : Le paradoxe de l’édulcorant

22. décembre 2014
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Les personnes qui prennent des édulcorants à fortes doses peuvent clairement augmenter leur risque de développer une intolérance au glucose. Les scientifiques de l’Institut des sciences Weizmann en Israël ont trouvé de bonnes raisons à ce lien qui semble très contradictoire à première vue.

Les édulcorants ont plusieurs avantages par rapport au sucre ordinaire : ils développent une sensation sucrée plus importante, ont un pouvoir calorifique physiologique très faible et ils ne peuvent pas être métabolisés par les bactéries cariogènes. Donc cette « substance miracle » sucrée est souvent ajoutée aux aliments dans le monde entier.
Mais l’édulcorant de synthèse est de plus en plus soumis au feu de la critique. Des études ont déjà montré que les édulcorants peuvent augmenter l’appétit et donc conduire à l’obésité. Il a également été discuté l’existence d’un risque accru de cancer de la vessie et de maladie vasculaire à cause des édulcorants.

Contexte paradoxal

Les scientifiques de l’Institut Weizmann des Sciences à Rehovot, Israël, ont trouvé des preuves que les édulcorants peuvent même induire une intolérance au glucose. Cela semble paradoxal, parce qu’un régime alimentaire faible en sucre devrait présenter de nombreux avantages, en particulier en ce qui concerne la tolérance au glucose. Mais apparemment, la flore intestinale joue un rôle important dans le développement de l’intolérance au glucose. Et la consommation d’édulcorants agirait de manière décisive sur sa composition.


Les édulcorants conduisent à une intolérance au glucose chez différentes souris

Les scientifiques ont d’abord soumis des souris saines minces à un test de tolérance au glucose. Cela sert à vérifier dans quelle mesure un organisme peut gérer une grande quantité de glucose ingérée par voie orale. Chez l’homme, ce test permet de déterminer un diabète naissant. Puis, les scientifiques ont remplacé l’eau de boisson des animaux par la dose quotidienne maximale recommandée de consommation de saccharine, aspartame ou sucralose. Les animaux témoins buvaient de l’eau sucrée ou de l’eau non sucrée. Après onze semaines, les chercheurs ont répété le test de tolérance au glucose – avec un résultat clair : toutes les souris qui avaient de l’édulcorant à boire ont développé sur le temps de l’expérience une intolérance au glucose, mais aucune des souris témoins. Chez les animaux qui avaient bu de l’eau contenant de la saccharine, les signes précurseurs du diabète de type 2 étaient plus prononcés. D’autres expériences avec des souris et des animaux de différentes souches obèses ont montré le même résultat : la consommation d’édulcorants a toujours mené à une intolérance au glucose, un métabolisme du glucose dérégulé. Comment cela se fait-il ?
« La plupart des édulcorants passent à travers le tractus gastro-intestinal sans être digéré », écrivent les chercheurs. Par conséquent, les substances agissent directement sur les colonies bactériennes et leur composition au sein de l’intestin. Le microbiome intestinal joue à son tour un rôle central dans la régulation de nombreux processus physiologiques, y compris le métabolisme du sucre.

Les antibiotiques augmentent cet effet

Pour vérifier si la flore intestinale des animaux est réellement impliquée dans l’intolérance au glucose, les chercheurs ont administré aux animaux minces et obèses de hautes doses d’antibiotiques à large spectre, la ciprofloxacine et le métronidazole, qui sont actifs contre les bactéries Gram-négatives. Pendant le traitement antibiotique, les animaux ont continué à boire de l’eau contenant de l’édulcorant. Après quatre semaines de traitement, les scientifiques pouvaient difficilement trouver plus de différences entre les animaux gros et minces ayant de l’édulcorant et les animaux de contrôle lors du test d’intolérance au glucose. L’antibiotique vancomycine dirigé contre les bactéries Gram-positives causa aussi cet effet.
« Ces résultats suggèrent que l’intolérance au glucose induite par l’édulcorant est causée par des changements dans la flore intestinale avec des représentants bactériens différents », concluent les auteurs de l’étude.
Un autre test devrait confirmer cette hypothèse : les scientifiques ont transféré les bactéries de la flore intestinale des souris ayant de l’édulcorant à boire à des souris témoins sans microbes. Seulement six jours après la transplantation fécale, ces souris souffraient également d’une intolérance au glucose. Une autre indication pour les chercheurs que les édulcorants conduisent à un pré-diabète de type 2 par modulation de la flore intestinale.


Changement dans la composition des espèces

Ensuite, les scientifiques ont analysé la composition du microbiome des souris nourries différemment sous le microscope. Le séquençage de l’ADN a montré le fait suivant : chez les souris-édulcorant apparaissent plus de bactéries du genre Bacteroides et quelques représentants des Clostridiales. D’autre part, d’autres sous-groupes de Clostridiales avaient considérablement diminué en fréquence. Parmi elles, il y avait la bactérie lactique universelle Lactobacillus reuteri retrouvée chez l’homme et les animaux en bonne santé, rapportent les chercheurs. Chez les souris-édulcorants, les chercheurs ont également pu démontrer l’activation de nombreuses voies métaboliques responsables de l’augmentation de l’apport énergétique alimentaire et favorisant ainsi le développement de l’obésité.
Chez les souris, les édulcorants semblent de manière évidente directement liés à l’apparition d’une intolérance au glucose. Mais est-ce également vrai pour les humains ?


Enquête auprès des consommateurs

Pour clarifier cette question, les scientifiques ont analysé les données d’une enquête auprès des consommateurs. Sur les 381 participants non diabétiques, 40 étaient des consommateurs réguliers d’édulcorants. Chez eux, les scientifiques ont constaté « une corrélation positive significative entre la consommation d’édulcorants et plusieurs paramètres cliniques associés au syndrome métabolique », écrivent-ils. Ces paramètres comprennent, par exemple, un taux sanguin de glucose à jeun et de HbA1c élevé et des valeurs mauvaises dans le test de tolérance au glucose.


Petite étude pilote

Dans une petite étude pilote, les chercheurs ont testé leurs conclusions sur sept sujets qui ne consomment normalement pas d’édulcorant. Les sujets ont reçu pendant une semaine la dose journalière maximale de saccharine recommandée par la FDA, soit 5 milligrammes par kilogramme de poids corporel administrés en trois doses quotidiennes. Après quatre jours, la tolérance au glucose initialement normale avait considérablement diminué chez quatre participants. Et, de même que pour les souris, la composition de leur flore intestinale avait changé. Chez trois sujets, la tolérance au glucose ainsi que la composition du microbiome intestinal sont demeurées inchangées. Lorsque les chercheurs ont transféré des échantillons de selles des sujets chez des souris sans germes intestinaux, ne souffrirent d’une intolérance au glucose que celles qui avaient reçu les selles des quatre sujets qui avaient réagi à la consommation de la saccharine. « Les personnes réagissent apparemment différemment à la consommation d’édulcorants en fonction de la composition de leur flore intestinale », concluent les chercheurs de leurs données.
« Les édulcorants devraient protéger l’humanité des niveaux de glucose sanguins élevés et de l’obésité. En combinaison avec d’autres changements dans l’alimentation humaine, la consommation de masse d’édulcorants a augmenté simultanément au nombre de diabétiques et d’obèses », écrivent les chercheurs. Ces édulcorants provoqueraient exactement ce qu’ils sont censés empêcher. Les stratégies alimentaires futures devraient être adaptées aux différentes compositions de la flore intestinale des personnes, conseillent les scientifiques.


Des effets même pour une consommation « normale » ?

Bien que les scientifiques puissent fournir une foule de preuves sans appel pour l’association de la consommation d’édulcorant et le développement de l’intolérance au glucose lors de leurs études, on ne sait pas si ces effets sont à prévoir avec une consommation d’édulcorant modérée. En outre, il reste à clarifier quel « type intestinal » ferait mieux, à l’avenir, d’éviter les édulcorants.

 

Publication originale de l’article : http://www.nature.com/

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