Barrons le passage au VIH

2. novembre 2009
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Une information pour les ronchons qui rechignent à mettre des préservatifs : les femmes pourraient à l’avenir se protéger aussi bien du VIH que du risque de tomber enceinte à l’aide d’un gel tueur de germes. Mais il reste à prouver qu’il est efficace car les aventures précédentes du préservatif à étaler invitent plutôt à la prudence …

« L’une des premières étapes de l’infection par le VIH est la diffusion du virus à partir du sperme vers le tissu vaginal. Nous voulions arrêter cette étape », nous dit le Professeur Patrick Kiser de la chaire de bio-ingénierie à l’université d’Utah. Pour y arriver, les scientifiques ont développé un gel freinant l’intrusion du VIH dans le vagin. La chose fonctionne à peu près comme une piscine dans laquelle l’eau, au moment où un nageur plonge dedans, se transforme en bouillie visqueuse.

Le virus se change en statue de sel au contact du gel

Le gel de Kiser a 2 composantes principales, l’acide phenyboronique et l’acide salicylhydroxamique. Dans le milieu vaginal normal – légèrement acide -, les liaisons chimiques entre ces 2 substances sont en quelque sorte à l’état stable : elles se nouent et se dénouent, ce qui fait que le gel conserve sa consistance aussi longtemps qu’il est appliqué et qu’il n’y a pas de rapport sexuel. La situation change cependant quand le sperme, légèrement alcalin, entre en jeu et relève le pH à plus de 7. Les liaisons moléculaires entre les 2 composants du gel deviennent beaucoup plus fermes, le gel devient dur et friable. À un niveau moléculaire, il se forme ainsi une sorte de structure en treillis qui présente des pores d’un diamètre de l’ordre de 30 à 50 nanomètres. Le VIH a par contre un diamètre d’environ 100 nanomètres; il est donc beaucoup plus gros. En résumé : le virus contenu dans le sperme de l’homme devrait, vu de manière purement physique, s’emmêler quasiment dans un gel solide aux mailles serrées et commencer à sécher. De même pour les spermatozoïdes : il leur est pratiquement impossible de parcourir le long chemin vers l’utérus avec succès dans un tel milieu car ils sont également arrêtés. Dans une étude qu’ils publièrent dans la revue Advanced Functional Materials, les scientifiques purent montrer ce qui se passe effectivement. Ils marquèrent le VIH avec des couleurs fluorescentes et ont observé au microscope son comportement au contact du gel, voire avec le sperme plus gel. Ils purent ainsi démontrer que le virus n’est pas seulement freinés mécaniquement mais interagit aussi chimiquement avec les polymères.

Il n’y avait jusqu’à présent que des études négatives pour les humains

À l’étape suivante, le gel est soumis à un médicament antiviral comme Tenofovir. « Le virus aurait ainsi une autre barrière à surmonter avant de pouvoir rentrer dans le corps », nous dit Kiser dont les travaux sont financés par NIH et la Bill & Melinda Gates Foundation. Il faut cependant prendre des précautions. Les expériences précédentes avec des préparations antimicrobiennes à appliquer dans le vagin n’étaient pas particulièrement bonnes. Le médicament Carraguard fut ainsi testé pendant 3 ans auprès de 6 000 femmes en Afrique du Sud. Les données étaient disponibles au début de l’année 2008 : la comparaison entre le vrai groupe et le groupe placébo ne révéla aucune différence concernant le taux des infections avec le VIH. Le gel contenait du carraghénane, un agent stabilisant également utilisé dans les produits cosmétiques. Il interceptait le VIH lors des expérimentations animales, mais pas dans les conditions apparemment plus difficiles du rapport sexuel entre humains. Une autre étude de phase III avec du sulfate de cellulose antimicrobien chez 1 300 femmes fut même interrompu à temps en Afrique et en Inde car le taux d’infection dans les vrais groupes était plus élevé que dans les groupes placébo. Une deuxième étude avec le même médicament ne présenta aucune différence entre les groupes au moment de l’interruption.

Le gel demande une bonne compliance

Le nouveau gel de l’Utah pourrait malgré tout faire effet, notamment parce qu’il agit sur le tissu vaginal probablement de manière moins irritante que ses prédécesseurs. Une hypothèse de l’échec de l’étude indo-africaine était notamment que le tissu montrait de faibles réactions inflammatoires, conséquence de l’application du gel, ce qui en revanche facilitait la tâche du VIH pour accéder par la muqueuse. Un autre facteur à prendre en compte pour le nouveau gel et pour les études cliniques prochaines est la compliance pour cette forme d’application qui ne semble pas être particulièrement élevée. L’étude Carraguard fournit des données selon lesquelles les femmes appliquaient en moyenne le gel seulement une fois sur deux avant le rapport sexuel. Seulement 10% des femmes indiquèrent qu’elles l’appliquaient à chaque fois.

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