Bouleversement pour les accros du bio

2. novembre 2009
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Les critiques disent l’avoir toujours su. Une méta-analyse établit que les aliments bios n’apportent aucun plus pour la santé. Dur à avaler, surtout pour les producteurs bio qui sont sensés produire une nourriture plus saine et qui sont aussi habitués au succès.

Au départ, la mission de l’autorité agroalimentaire britannique Food Standards Agency (FSA) était de conseiller les consommateurs pour mieux les orienter dans leurs achats. Le FSA informe aujourd’hui, preuve à l’appui, que les aliments bios ne sont pas plus sains que les aliments produits de manière conventionnelle.

Les scientifiques mandatés par la FSA à la London School of Hygiene and Tropical Medicine ont épluché 162 études sur les composants d’aliments biologiques et traditionnels publiées sur Pub Med, Web of Science et CAB Abstracts sur la période du 1er janvier 1958 au 28 février 2008. L’enquête publiée récemment dans le American Journal of Clinical Nutrition est la plus complète dans ce domaine et s’intéresse à 2 sujets : d’une part comparer la teneur des composants alimentaires et d’autre part, répertorier les avantages possibles des aliments bios pour la santé.

Aucun avantage pour la santé

Après analyse de l’étude, le groupe de chercheurs arriva à la conclusion que les aliments bios n’apportent aucun plus pour la santé. Le directeur de l’étude, le Dr. Alan Dangour, ne voit « actuellement aucune raison de recommander les aliments bios en raison d’une meilleure qualité nutritive » car les produits biologiques et traditionnels ne se différencient pratiquement pas : « Les aliments écologiques et habituels ont en majorité des composants semblables », nous disent les scientifiques britanniques en conclusion. Ceci vaut aussi bien pour les aliments d’origine végétale qu’animale. Le bio et non bio ne se différencient pas dans leur teneur en vitamine C, en calcium, en fer; même chose pour 11 autres composants alimentaires importants. Les divergences provenaient seulement des valeurs en azote et phosphore. Les concentrations en azote dans les produits habituels étaient ainsi plus élevées que dans les produits écologiques, ce qui surprend peu étant donné que l’agriculture écologique renonce aux fertilisants minéraux azotés. L’équipe autour du Dr. Dangour trouva par ailleurs une teneur plus élevée en phosphore dans les produits bios. Cette différence était par contre tellement insignifiante qu’elle « influençait seulement le goût et n’avait pas d’effet sur la santé » selon les dires du directeur de l’étude.

Peu d’arguments en faveur du bio

Selon la FSA, l’étude ne doit pas être un plaidoyer pour ou contre le bio. Les préoccupations seraient seulement de donner des informations précises aux consommateurs pour les aider dans leurs décisions d’achat, nous dit Gill Fine, mandatée par l’autorité agroalimentaire.
Les résultats actuels de Londres devraient cependant être dur à digérer par tous ceux qui dépensent environ 15 % d’argent en plus tous les ans en produits bios – persuadés de se faire du bien. Toujours est-il que le label bio est associé à une alimentation saine pour 81,9 % de ces consommateurs, comme le découvraient les consultants de l’entreprise Ernst & Young dans une enquête il y a environ 1 an. Les producteurs d’aliments bios vont aussi avoir du mal à digérer le fait que l’on vient de démentir la « thèse du manque » jusqu’à présent farouchement soutenue, thèse selon laquelle les aliments traditionnels contiendraient moins de vitamines, minéraux et oligo-éléments.

Surtout qu’il ne s’agit pas d’une nouveauté : avec leur méta-analyse, les scientifiques britanniques ont tout simplement prouvé de nouveau ce qui est régulièrement constaté depuis des années. C’est ainsi que par exemple les établissements de recherche fédéraux notèrent en 2003 dans leur compte-rendu « Évaluation d’aliments issus de différents procédés de production » qu’il n’y a pas « de preuve scientifique que la consommation exclusive ou majoritaire d’aliments écologiques influence positivement et directement la santé de l’homme ». Des analyses de la société allemande pour l’alimentation (Deutschen Gesellschaft für Ernährung (DGE)) et la société agricole allemande (DLG)) débouchèrent aux mêmes résultats. De même pour l’institut de tests comparatifs Stiftung Warentest de septembre 2007 : lors de la comparaison entre des aliments biologiques et conventionnels, les défenseurs du consommateur ne constatèrent « pratiquement pas de différences de qualité en globalité ».

Les ruées en provenance des entrepôts écologiques ne se font bien entendu pas attendre. Les « militants » tels que les producteurs d’aliments bios ne mettent certes pas en doute les résultats de la meta-analyse. Il dénoncent toutefois l’état actuel des données disponibles : des études de grande envergure et réalisées sur du long terme manqueraient pour faire une déclaration sûre sur la qualité des aliments bios. Les scientifiques britanniques en sont aussi conscients. Dr. Dangour ne récuse pas la critique. Pour une meilleure évidence, il réclame également d’autres études allant plus loin. La plupart des experts partent toutefois du principe que celles-ci corroboreront les résultats de l’étude de la FSA.

Littérature:
Dangour A. et al. Nutritional quality of organic foods: a systematic review. American Journal of Clinical Nutrition; 2009, Vol. 90, No. 3, 680–685
Tauscher, B. et al. Évaluation des aliments issus de différents procédés de production – Compte-rendu 2003, présentée au sénat des établissements de recherche fédéraux

22 note(s) (2.27 ø)
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7 commentaires:

Jean-Michel Ruth
Jean-Michel Ruth

Le danger de ce genre d’article tient dans l’interprétation que des consommateurs peu informés peuvent en faire. Manifestement, pour être complète, cette étude aurait dû inclure les produits utilisés dans les techniques de production (biocides, engrais, additifs,…) Rédigé sans faire mention de ces fléaux que sont les « chimiques » employés dans l’agriculture dite conventionnelle, cet article amène le lecteur à déprécier le bio, même si les auteurs de l’étude s’en défendent! Il y a, par contre, des dirigeants de multinationales qui doivent se frotter les mains à la lecture de cet article, et notamment, Monsanto! Je vous recommande à ce propos la lecture édifiante de l’ouvrage de Marie-Monique Robin : Le Monde selon Monsanto, de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, aux éditions La Découverte et Arte Editions. En vente, notamment, chez Nature & Découvertes. Déconseillé aux âmes sensibles… Bonne lecture! Jean-Michel Ruth, pharmacien, Belgique.

#7 |
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annie bechade
annie bechade

le bio ne s’est jamais targué d’apporter des éléments qui seraient absents des autres productions de culture industrielle.
ce que change le bio, c’et ce que cela n’apporte pas c’est à dire tous les produits chimiques, pesticides, etc… qui ont prouvé leur nocivité sur la santé.
il y a des études pseudo scientifiques menées dans le but de discréditer le bio pour permettre de changer la règlementation en la rendant moins contraignante pour l’agiculture industrielle (en autorisant l’utilisation de certains produits chimiques).
il y a une très forte demande et beaucoup d’argent à gagner pour les grands groupes de l’agro alimentaireet les enseignes de la distribution.
cherchons à qui profite le crime!

#6 |
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Damien BOURGONJON
Damien BOURGONJON

Le problème n’est pas ce que le bio apporte de plus mais plutôt ce qu’il ne contient pas !
Il faudrait sensibiliser nos agriculteurs et maraichers à produire plus de bio…peu-être ne seraient-ils pas arriver à devoir déverser du lait dans les champs..Que nos politiciens et le monde agricole se penchent sur des solutions pour développer une production de qualité et non de quantité…il y aurait du travail pour tout le monde !!!

#5 |
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Marc Flausch
Marc Flausch

L’étude ne semble s’intéresser qu’à la qualité nutritionnelle des aliments ce qui est nécessaire mais pas suffisant.Les avantages escomptés des aliments bio sont aussi la diminution de tous les additifs potentiellement toxiques comme les pesticides, les conservateurs …. qui se retrouvent dans ce que nous mangeons mais aussi la diminution de tous ces produits que l’ont répand dans les champs et dans la nature avec des conséquences sur la pollution des sols, des eaux, de la mer …. Conclure, comme c’est écrit en gras sous le titre, qu’il ny a pas d’avantage pour la santé est complètement faux puisque l’étude ne s’intéressait qu’à un des aspects de la question.
Marc Flausch
Pédiatre

#4 |
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Michel Darx
Michel Darx

Qu’entendez-vous par composants ? Y a-t-il eu analyse des résidus chimiques, des polluants ? Notre corps absorbe tellement de polluants de nos jours que tout ça cumulé, entre alimentation, respiration, injections et autres ne doit pas nous être très profitable quand même !

#3 |
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Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

Si le vrai Bio peut faire vivre nos agriculteurs décemment et fièrement, s¿il peut établir un lien direct entre le producteur et le consommateur, c¿est un bien. Le lien entre la terre et le consommateur est un plus. Les produits naturels peuvent aussi nous éviter les mésaventures industrielles comme les margarines « trans » qui ont sévi pendant des années sans qu¿on en parle !

#2 |
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Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

Ils vont vous répondre que la science ne sait pas tout et que l’essentiel est invisible ! On ne peut empêcher les gens de croire ! D’ailleurs, ne croire en rien n’est pas bon pour la santé, ni physique ni mentale ! Et vice-versa ! C’est la base de la méthode Coué et des religions ! « Tout va de mieux en mieux » et « la foi déplace les montagnes » !

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