Une eau de vie puis un cancer

2. novembre 2009
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Les médecins qui ont des patients portés sur la bouteille devraient à l’avenir consulter leurs collègues urologues : 50 g d’alcool par jour suffisent à augmenter considérablement le risque d’un cancer de la prostate. Que ce soit une cuite ou bien tout simplement un peu de bière, vin ou liqueur à la fin d’une longue journée : les conséquences peuvent représenter beaucoup de travail, aussi bien pour les médecins spécialistes du cancer que pour les urologues.

Une étude réalisée dans le cadre de la Prostate Cancer Prevention Trial (PCPT) sur 2 129 patients souffrant d’un cancer de la prostate le montre : une forte consommation d’alcool est dévastatrice pour la prostate. Le risque de tumeur est ainsi multiplié par deux par rapport à des abstinents ou des consommateurs d’alcool modérés.

L’étude publiée dans le journal spécialisé CANCER est claire : « Les médecins qui font de la prévention contre le cancer de la prostate devraient penser à l’avenir à faire de la prévention contre l’alcool », conseille Alan Kristal, Directeur de l’étude et Chef du Cancer Prevention Programs au Fred Hutchinson Cancer Research Center à Seattle, Washington. La bière avant tout attaque l’organe masculin. Dans le cas d’un carcinome de la prostate de haut grade, le risque relatif (RR) monte en flèche à 2,89. La fête de la bière en Allemagne devrait à elle seule faire quelques victimes…

De tels résultats peuvent certes intéresser les médecins mais n’aident pas forcément au quotidien lors des consultations au cabinet médical. C’est ce qu’a dû supposer Kristal car il examina, au cours de l’étude, une question en particulier : l’influence de la consommation d’alcool chez les patients qui ont déjà subi un traitement avec le médicament finastéride pour une hyperplasie bénigne de la prostate. La substance appartient aux inhibiteurs sélectifs de la 5-a-stéroïde-réductase de type II et est employée comme traitement thérapeutique contre l’hyperplasie bénigne de la prostate (HBP).

Les médecins devraient dans ce cas obtenir plus d’informations de la part de leurs patients car, selon Kristal, la prise du médicament augmente considérablement le risque de cancer de la prostate à partir du moment où le patient boit régulièrement et avant tout beaucoup. La probabilité qu’une tumeur se forme est dans ce cas 78 % plus élevée; les mesures de prévention en soi judicieuses peuvent, du moins potentiellement, déclencher un cancer.

Selon Kristal, les urologues seraient bien avisés de prêter attention aux habitudes de consommation d’alcool de leur clientèle. Pour les volontaires de l’étude qui consommaient moins de 50 grammes d’alcool par jour et qui prirent le médicament, le risque de cancer n’augmentait que de 19 %. Ce qui semble être sûr, c’est que dans ce cas, les mesures de prévention médicamenteuses peuvent avoir des effets contraires en raison de la consommation d’alcool.

La bière peut déclencher la tumeur

L’influence de l’alcool se présente à plusieurs niveaux quand on considère en plus le type de formation de la tumeur. Les chiffres mentionnés ci-dessus se rapportent uniquement aux carcinomes de la prostate de haut grade. L’influence de l’alcool sur la formation de carcinomes bénins semble être complètement différente : le risque de cancer baisse jusqu’à 43 % grâce au médicament si la dose d’alcool quotidienne ne dépasse pas 50 grammes. Le médecin devrait ainsi savoir de la part de ses patients qui consomme combien de bière, quel jour et avec quel intervalle. Mais ce n’est pas suffisant.

Un autre aspect médical devrait être particulièrement tragique pour les amateurs de bière. Comme l’étude EPIC – une des plus grosses études à long terme jamais réalisée avec 153 457 participants masculins d’un âge compris entre 25 et 70 ans – le montra à la fin de l’année dernière, la répartition des graisses à la taille et à la hanche du patient joue aussi un rôle déterminant dans le calcul du risque de cancer de la prostate. Un bilan alarmant : comparé aux hommes ratio taille-hanche de moins de 0,89, les hommes avec un ratio de plus de 0,99 ont un risque plus élevé de 43 % d’avoir un cancer de la prostate avancé – la bedaine peut être ainsi également considérée comme un tueur de la prostate.

Il reste cependant improbable que les urologues établissent prochainement un questionnaire à destination des buveurs de bière face à d’une telle diversité de risques en vue d’obtenir des informations sur leurs habitudes de consommation. Ce qui semble au contraire plus réaliste, c’est l’idée que les patients repartent chez eux avec un avertissement de leur médecin : mise à part la bière, une consommation forte de vin conduit aussi à une transformation néfaste des cellules de la prostate en tumeur correspondante. Ne parlons même pas des eaux de vie à la fin d’une longue journée…

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