Epigénétique : naître par césarienne

2. novembre 2009
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Des rapports isolés sur les séquelles tardives constatées chez les enfants nés par césarienne n’ont jusqu’à présent pas nuit à la popularité de la méthode. La découverte de scientifiques suédois pourrait cependant réanimer la discussion car l’hérédité des personnes nées de cette manière est autre que pour celles nées normalement.

Toujours plus de femmes ne veulent plus souffrir. Après 9 mois avec de hauts-le-coeur, problèmes de vêtement et d’un immobilisme grandissant, le mot magique à prononcer est césarienne. Au Brésil, 4 femmes sur 5 donnent aujourd’hui naissance par césarienne; aux États-Unis, ce sont 4 femmes sur 10 et en Allemagne 1 femme sur 3. Cependant beaucoup d’entre elles se demandent si cette méthode rapide par scalpel provoque des dégâts ou engendre des risques pour les nouveaux-nés.

Des rapports paraissent fréquemment dans la presse spécialisée et font état du fait que les enfants nés par césarienne souffriraient plus souvent d’asthme et d’autres allergies, ou que parmi eux se trouverait un nombre plus élevé que la moyenne de diabétiques de type 1. Une enquête de l’institut de Stokholm Karolinska publiée récemment inquiète encore plus ces femmes car l’hérédité des enfants nés supposément sans stress est apparemment autre que celle de leurs camarades nés normalement. Leur ADN est plus fortement méthylée, ce qui signifie que beaucoup de gènes actifs lors de la naissance par le vagin sont apparemment réprimés.

Des gènes bloqués après la césarienne

Pour leur étude, Mikael Norman et ses collègues trouvèrent 37 enfants parmi lesquels 21 venus au monde de manière naturelle et 16 par césarienne planifiée. Les chercheurs observèrent une méthylation plus élevée d’environ 20 % dans les leucocytes du sang du cordon ombilical des enfants nés par césarienne. Après quelques jours, les médecins firent une nouvelle mesure à l’aide de prélèvements de sang dans les 2 groupes. À la surprise générale, l’ampleur de la méthylation de l’ADN s’était alors alignée dans les deux groupes de l’étude.

L’examen montre pour la première fois chez l’homme que la régulation épigénétique au niveau de l’ADN est non seulement active dans le développement précoce de l’embryon mais aussi après la naissance. On partait jusqu’à présent du principe que les méthylases de l’ADN « disculpent » l’amoncellement de cellules peu après la fécondation. Exemptés sont les gènes régulés par empreinte. En fonction de l’origine du père ou de la mère, ces éléments sont alors actifs dans l’enfant. Dans le cadre d’une autre différenciation des tissus embryonnaires, les ADN-méthyl-transférases dotent spécifiquement de groupes méthyle avant tout les restes de CG de l’ADN mais aussi l’histone. Les impacts de ces réactions au sein de la mère ont ainsi des effets sur la vie de l’adolescent.

L’alimentation des grands-parents influence la santé des petits-enfants

L’Américain Randy Jirtle pu démontrer déjà en 2003 en laboratoire que la nourriture des souris enceintes influence la couleur de la fourrure de leur descendance selon la quote-part en groupes méthyle transmissibles. Mais il semblerait aussi que, chez l’homme, notamment la faim des grands-parents pendant la guerre conditionne encore la santé de leurs petits-enfants. Des études d’Islande et de l’État américain d’Utah montrent que l’ADN n’est pas seulement ouvert à des changements épigénétiques dans de petits intervalles de temps : la comparaison de l’ADN de 111 candidats dans un espace de temps de 11 à 16 ans aboutit à la constatation suivante : presque 1 candidat sur 3 avait un modèle de méthylation qui se différenciait de plus de 10 % de celui de l’analyse précédente. Les chercheurs n’observèrent pas de tendance claire d’une augmentation ou d’une diminution de l’ADN « bloqué ».

Que signifient maintenant les différences épigénétiques des enfants nés par césarienne ? On ne sait actuellement pas de manière sûre si elles ont des effets sur leur santé ou non. Selon Mikael Norman, des adrénorécepteurs sont normalement activés chez l’embryon peu avant la naissance. Une réserve suffisante en combustible doit veiller à une énergie suffisante pour permettre d’effectuer le long passage pauvre en oxygène allant du col utérin vers la vulve et finalement permettre la respiration pulmonaire. Dans le cas d’une césarienne, il manque la montée de catécholamine augmentant lentement avant les contractions. Le nouveau-né ressent le stress d’un environnement complètement différent d’un moment à l’autre. Mais personne ne peut vraiment dire si ceci peut être la raison d’une morbidité néonatale plus élevée comme le mentionnent certaines études.

Intrépide via les inhibiteurs de méthylation ?

Il semble clair que non seulement la nourriture maternelle mais aussi le stress pendant la grossesse provoquent les changements épigénétiques. C’est ainsi que le groupe de pionniers spécialistes en épigénétique Moshe Szyf du Québec découvrit une méthylation accentuée des gènes pour l’ARN ribosomique dans le cerveau de patients s’étant suicidés. Chez ceux qui furent maltraités étant petits, les scientifiques découvrirent une activité moindre du récepteur des glucocorticoïdes dans l’hippocampe et une méthylation plus forte. Ils confirmèrent ainsi les essais sur des rats de laboratoires. Le manque d’assistance les rend peureux et les centres de « traitement du stress » dans le cerveau travaillent insuffisamment. L’année dernière, les Américains Courtney Miller et Davis Sweatt montrèrent de même sur des rats que les inhibiteurs de méthylation peuvent empêcher une telle hyperméthylation et les effets du stress sur le comportement.

Est-ce que la césarienne rend les nouveaux-nés plus peureux et sensibles et leur fait porter un risque de maladie plus élevé que la moyenne à l’avenir tout en transmettant peut-être encore leur traumatisme à leur descendance ? Les chercheurs veulent d’abord résoudre l’énigme de la déméthylation rapide après la naissance. La régulation différente des gènes est-elle importante sur la courte durée ? Quels gènes active ou désactive ainsi le petit organisme ?

« La publication », écrit Szyf dans un commentaire concernant l’article de Norman, « permet un premier aperçu dans la signification dramatique que les conditions environnementales – comme celles de la naissance – ont sur notre épigénome. L’épigénétique semble être le lien caché entre les influences d’une vie précoce et les perturbations à l’âge. » Le Professeur de Montréal nous dit qu’elle serait aussi la base de la découverte des liens mystérieux entre les conditions sociales et économiques et les maladies du corps.

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