Benzodiazépines : Aide pour Alzheimer

5. novembre 2014
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Pendant longtemps on a pensé que l’utilisation de benzodiazépines pourrait augmenter le risque de développer la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont montré récemment que la dose et la durée du traitement influencent ce risque. Serait-il temps de repenser la prescription de cette classe de médicaments ?

La démence est une maladie qui entraîne dans la dépendance d’environ 36 millions de personnes âgées dans le monde. Les prévisions de croissance de la population et les changements démographiques laissent penser que ce nombre devrait doubler tous les 20 ans. En 2050, environ 115 millions de malades vivront sur terre selon les prévisions de l’Organisation mondiale de la santé.

Les benzodiazépines populaires chez les seniors

Depuis plus de dix ans, les benzodiazépines sont soupçonnées d’avoir des effets négatifs sur la maladie d’Alzheimer ou même d’être complices de son développement. Néanmoins, cette classe de médicaments est souvent prescrite dans les pays industrialisés pour les personnes âgées. « Dans les pays occidentaux, sept à 43 pour cent des personnes âgées prennent régulièrement des benzodiazépines contre l’anxiété et les troubles du sommeil », écrivent des chercheurs de l’Université de Bordeaux dans le « British Medical Journal ». Cette classe de médicament est également utilisée contre la dépression.
En raison du risque de forte dépendance des benzodiazépines, les directives internationales recommandent, toutefois, de ne pas dépasser une période de traitement de quatre semaines environ. « Bien que l’effet à long terme de cette classe de médicaments ne soit pas prouvé pour les troubles du sommeil et est incertain pour l’anxiété, de nombreuses personnes âgées ont recours à ces composés de manière permanente », écrivent les chercheurs. Ces personnes sont-elles plus susceptibles de déclencher la maladie d’Alzheimer ? Si oui, quels sont les effets de la dose et la durée de traitement sur ce risque ? Ce sont ces questions que les scientifiques français se posent dans une étude rétrospective.

Troubles des performances de la mémoire

Des études antérieures ont déjà montré que les performances de la mémoire humaine sont réduites par l’utilisation de benzodiazépines. Sur l’ensemble de leur durée d’action, la mémoire des patients a été considérablement réduite. Savoir si cette classe de médicaments augmente également le risque de développer la maladie d’Alzheimer est encore l’objet de discussions scientifiques. Pour répondre à cette question, les scientifiques de Bordeaux évaluèrent les données de 125 000 personnes de plus de 66 ans. Les données furent recueillies au Québec, Canada, dans le cadre d’un programme national de santé.
Pour l’évaluation des paramètres médicaux, les chercheurs ont sélectionné la durée, la posologie et l’utilisation sur une courte durée ou longue durée des principes actifs. Comme les benzodiazépines peuvent être prescrites contre les signes du début de démence, les chercheurs ne prirent en compte que les patients chez lesquels la prise de médicament durait depuis plus de cinq ans avant le diagnostic de la maladie d’Alzheimer.

Durée de traitement en corrélation avec le risque d’Alzheimer

Au cours de la période d’observation, 1796 personnes âgées déclarèrent la maladie d’Alzheimer. « Un nombre de personnes plus important que la moyenne avait pris des benzodiazépines pendant plus de 3 mois. Leur risque de développer la maladie d’Alzheimer a été augmenté de 43 à 51 pour cent par rapport au groupe témoin de 7184 participants », selon les résultats des chercheurs.
Surtout en cas de longue durée d’utilisation et de prise de benzodiazépines à longue durée d’action, le risque que les personnes âgées développent la maladie d’Alzheimer a augmenté. Ce fut également le cas lorsque les scientifiques considérèrent d’autres facteurs favorisant la démence dans leur analyse des données. Que le médicament ait été prescrit pour des troubles du sommeil, de l’anxiété ou une humeur dépressive, ne joue également aucun rôle.

Des résultats d’étude (presque) concordants

D’autres études, certaines avec cependant des faiblesses partielles dans leur conception, étaient déjà parvenues aux mêmes conclusions. En outre, le groupe de travail de Bordeaux avait observé il y a deux ans sur 1 063 participants avec une moyenne d’âge de 78 ans un effet similaire. Toujours dans cette étude prospective de cohorte, le risque de développer dans les 15 années suivantes la maladie d’Alzheimer a été augmenté de 50 pour cent lorsque les participants ont commencé à prendre des benzodiazépines.
Cependant, une étude tombe hors de la cible, comme le décrivent les scientifiques. En 1998, les chercheurs ont conclu que les benzodiazépines peuvent même protéger contre la maladie d’Alzheimer. « Ce résultat paradoxal peut être expliqué par le fait que le groupe de référence comprenait également les participants qui avaient pris des benzodiazépines dans leur passé », expliquent les chercheurs de Bordeaux.

Relation causale pas clairement documentée

Comme le risque de développer la maladie d’Alzheimer semble avoir un effet dose-dépendant, les chercheurs supposent également un lien de causalité entre les benzodiazépines et l’apparition de la maladie. « Nous ne pouvons cependant pas tout prouver avec notre étude », limitent-ils néanmoins. Savoir quels sont les processus biologiques moléculaires sur lesquels une telle corrélation pourrait être basée, est une question toujours ouverte. Les chercheurs, cependant, suggèrent que les benzodiazépines réduisent la capacité du cerveau à compenser les dommages par l’utilisation de circuits alternatifs.
Bien que la relation entre la consommation de benzodiazépines et l’apparition de la maladie d’Alzheimer ne soit pas encore entièrement comprise, les scientifiques recommandent fortement de repenser et évaluer l’utilisation de cette nouvelle classe de médicaments. Tels que recommandés, ces médicaments ne devraient être pris qu’à court terme et pas durant plus de trois mois.

12 note(s) (4.33 ø)
Médecine, Neurologie

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2 commentaires:

Philippe SENTIS
Philippe SENTIS

la dépression et l’anxiété étant elles-mêmes soupçonnées de favoriser l’apparition de troubles mnésiques, il faudrait pour le moins une étude comparative sur des populations comparables d’anxieux & dépressifs de suivre l’évolution des troubles mnésiques sur les patients traités ou non par benzo. (il est plus difficile éthiquement de faire une étude comparative en demandant à des gens sans troubles psy de prendre des benzos). Alors seulement le rapport de causalité pourra être un peu plus validé

#2 |
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Dr Jean Gabrielli
Dr Jean Gabrielli

mon expérience personnelle montre que la prescrition de BZD à effets hypnogènes,
même prolongée, chez des sujets présentant des troubles de la mémoire liés à une
insomnie chronique améliorait beaucoup leur mémoire.
Je n’ai jamais eu la possibilité de procéder à une étude répondant aux critères en vigueur actuellement. Et la seule observation clinique n’a plus de valeur aujourd’hui

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