La randomisation de l’absurdité

20. octobre 2014
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Il y a des choses entre le ciel et la terre qui ne peuvent pas être comprises. C’est le cas des thérapies alternatives comme l’homéopathie testées lors d’essais cliniques. Dans une publication de Cell Press, deux médecins des États-Unis laissent exploser leur colère.

Ils en ont assez que, depuis 20 ans, de plus en plus « des méthodes de soins complètement improbables qui sont vouées à l’échec, ou qui piétinent toutes les lois déjà établies de la physique et de la chimie » soient vérifiées dans des essais cliniques randomisés. Voilà ce qu’écrivent David Gorski du Barbara Ann Carmanos Cancer Research Center à Detroit et Steven Novella de l’Université de Yale à New Haven, Etats-Unis, dans leur récente publication dans le magazine « Trends in Molecular Medicine ». La recherche sur PubMed pour « Homeopathy randomized trial » donna plus de 400 résultats, même si certains d’entre eux ne concernent que des revues d’articles et pas des essais cliniques.

Les principes éthiquesviolés ?

Les partisans de ces études veulent souvent clarifier fondamentalement quelle méthode de guérison alternative est réellement efficace, décrivent les deux scientifiques. Selon Gorski et Novella, « c’est n’importe quoi ». Ces études ne servent qu’à infiltrer la médecine académique avec des pseudo-sciences. En effet, dans la médecine fondée sur des preuves, le principe suivant s’applique réellement : ce n’est que lorsqu’un médicament a prouvé sa plausibilité biologique dans des études précliniques que s’en suivent des essais cliniques randomisés sur l’être humain, chers et prenant du temps. Voilà ce que décrit la Déclaration d’Helsinki sur les principes éthiques applicables aux recherches médicales sur des sujets humains. En Allemagne, les comités d’éthique de l’approbation des essais cliniques se rapportent à cette déclaration.

Principes d’actioncontretoutes preuves scientifiques

Dans les essais cliniques de thérapies alternatives comme l’homéopathie ou le Reiki, les études précliniques ne sont pas pertinentes. Et cela, bien que les deux méthodes de traitement comptent sur des principes abscons selon les auteurs : en homéopathie, les symptômes sont traités avec des agents qui pourraient causer des symptômes de guérison chez les personnes asymptomatiques. En outre, les substances doivent être diluées de 10 à 60 fois pour gagner en efficacité.

Tous les deux trouvent le Reiki, une méthode de guérison alternative particulièrement populaire aux États-Unis, particulièrement angoissante. Par imposition des mains, les flux d’énergie des personnes peuvent être changés pour ramener la santé. « Jusqu’à présent, il n’a pas pu être prouvé que cette circulation d’énergie même existe, et encore moins qu’elle peut être influencée par des mains humaines », écrivent les deux professeurs. Les deux approches ne sont pas biologiquement compréhensibles.

La plausibilité biologique

Cependant, la plausibilité biologique ne signifie pas que les mécanismes moléculaires d’un médicament sont complètement compris. Au contraire, un mécanisme moléculaire ne doit pas être scientifiquement plausible s’il est considéré comme impossible. « En d’autres termes, le mécanisme sous-jacent ne devrait pas enterrer des lois et théories scientifiques, qui sont établies de longue date sur des bases fiables », déclarèrent Gorski et Novella.

En homéopathie, c’est le cas plusieurs fois : la « mémoire de l’eau » et le gain des effets d’un composé par dilution contredit toutes les lois scientifiques connues précédemment. Seule base de ces faits, l’homéopathie doit être déclarée méthode de guérison invalide – sans mener d’études cliniques comparatives préalables qui viendraient à cette conclusion de toute façon. « Les adeptes de ces traitements ne sont de toute manière pas dissuadés par des résultats d’études négatifs », dit Novella.

La demande augmente

« Les traitements holistiques qui comprennent l’homéopathie, le Reiki, la médecine traditionnelle chinoise, ou similaire, sont de plus en plus souvent demandées par les patients », selon Gorski. Le scientifique voit la raison de ce phénomène dans le système médical trop impersonnel dans lequel le médecin se précipite de patient à patient en raison de la diminution du forfait de remboursement afin de couvrir ses dépenses et sécuriser son revenu. « Ces problèmes doivent être abordés. Cependant, cela ne nécessite pas d’études cliniques sur du charlatanisme ».

Trop beau pour être vrai ?

Les deux professeurs sont déjà depuis quelques années des adversaires connus des médecines alternatives. Dans leur blog Science-Based Medicine, une plate-forme pour la médecine scientifique, comme ils l’écrivent eux-mêmes, Gorski et Novella se dédient à la relation complexe entre la science et la médecine. Ils conseillent aux patients de rester critiques, surtout quand il n’y a pas de données pour une méthode de traitement – qu’elle soit désignée comme alternative ou non – et que les promesses de guérison sont trop belles pour être vraies.

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14 commentaires:

Bernard GIUSIANO
Bernard GIUSIANO

Il me semble que le problème n’est pas tant dans l’opposition entre « médecine officielle » et « médecines alternatives », que dans la distinction philosophique, épistémologique, entre science et croyance, entre ce qui relève de la science et ce qui relève de la métaphysique. En toute rigueur logique, la science n’est pas plus « vraie » que la croyance, elle est construite différemment. La croyance repose sur des thèses considérées a priori comme irréfutables, alors que la démarche scientifique consiste à proposer systématiquement ses hypothèses à la réfutation (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper). La science se construit ainsi en emboîtant une succession d’hypothèses qui n’ont pas encore pu être réfutées malgré tous les efforts des chercheurs (vraiment) scientifiques. C’est pour cela que, pour un esprit critique, les résultats de la science semblent pragmatiquement plus probants que les croyances. C’est pour cela qu’un scientifique a du mal à accepter l’homéopathie qui part de thèses complètement opposées à tout un ensemble de lois issues d’un long processus de multiples vérifications et de multiples essais de réfutations. Depuis que Samuel Hahnemann a énoncé les principes de l’homéopathie, en 1796, sans qu’il y ait eu de nombreuses études sérieuses sur ces principes, on peut se demander si sa pratique n’est pas son plus mauvais avocat. Pour quelqu’un qui a quelques connaissances des systèmes biologiques et de leurs lois actuellement connues, s’il est vrai que le surdosage homéopathique est inoffensif, c’est probablement parce que, quelque soit le dosage, le remède homéopathique est inactif. L’activité d’une dilution extrême qui ne laisse même plus la place à une seule molécule de produit actif est difficile à concevoir sans un modèle physico-chimique révolutionnaire ; c’est pour ça qu’à mon sens, un vrai scientifique ne devrait pas se gausser des tentatives de mettre en évidence une mémoire de l’eau (merveilleux modèle révolutionnaire), mais seulement constater que la démonstration n’a pas été concluante. Une croyance parait d’autant plus fiable qu’elle existe depuis longtemps, comme la médecine traditionnelle chinoise ; mais l’homme peut se tromper pendant longtemps, les preuves, comme l’usage de la saignée, sont nombreuses dans la médecine occidentale pré-scientifique. Chacun a le droit de faire confiance en la science ou en la croyance pourvu qu’il ait conscience de son choix et de ses probables conséquences, mais ce n’est pas facile pour tout le monde car la science est par définition plus compliquée à comprendre que la croyance.

#14 |
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Dr Bernard MORRE
Dr Bernard MORRE

Merci d’avoir traduit et sélectionné cet article, intéressant.

#13 |
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Alex Hanin
Alex Hanin

@Jean-Marie

« Ne serait-il pas plus judicieux de s’attacher à concilier les deux voies d’investigation, à les rapprocher pour étendre la capacité à aider votre prochain ? »

Non, la grande majorité des médecines alternatives relèvent de la charlatanerie. Je ne sais même pas ce que vous voulez dire par « voies d’investigation ». Quelles sont les « voies d’investigation » des médecines alternatives, pour les partisans desquelles tout résultat négatif est systématiquement rejeté au motif qu’on nous ment, qu’on ne sait pas tout, que l’argent règne en maître, etc. ?

« il n’y a pas que la médecine officielle qui ait fait des progrès au cours des dernières décennies, l’ignoriez-vous ? »

Pouvez-vous me citer quelques avancées des médecines alternatives qui ont permis de guérir des maladies jadis incurables ?

« Il est vraisemblable que dans 50 ans les “scientifiques” riront de certaines théories actuelles, que vous considérez aujourd’hui comme inattaquables. »

Le propre de la science, c’est de tâtonner, de garder ce qui fonctionne et de rejeter ce qui ne fonctionne pas. Chaque année, de nombreuses théories scientifiques sont inventées, puis réfutées. Rien de tel avec les médecines alternatives, qu’il est impossible d’infirmer puisque leurs adeptes interprètent toute réfutation comme un symptôme supplémentaire d’une grande machination mondiale.

« Ne parlons pas non plus de la longue liste de médicaments “dûment testés et approuvés par les meilleurs scientifiques”, que l’on retire aujourd’hui du marché (après les avoir rentabilisés, bien entendu) »

Comme toutes les disciplines, la médecine se trompe parfois et n’est pas à l’abri de la cupidité. Ce n’est absolument pas un argument en faveur de l’homéopathie, de la médecine quantique, de l’urinothérapie, etc. Luttons contre la recherche peu rigoureuse, l’influence de l’argent (Pfizer ou Boiron, p. ex.) et la charlatanerie.

#12 |
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Métier non médical

Bonjour, Invité

Il me semble que vous avez mal lu la pensée de Condorcet, évoquée précédemment, à moins qu’elle ne soit trop subtile pour vous être accessible.

Il est temps d’arrêter de prendre ceux qui ne se contentent pas de la médecine officielle, pour de doux rêveurs, en retard d’une guerre, voire de quelques siècles. Dans leurs rangs ne figurent pas que des illettrés trop facilement manipulables. Ils ne la rejettent pas, mais observent et reconnaissent ses limites.

Il est temps également de remettre à jour vos connaissances, il n’y a pas que la médecine officielle qui ait fait des progrès au cours des dernières décennies, l’ignoriez-vous ? Reprendre les vieux clichés en guise d’arguments ne vous rend pas plus crédibles que ceux que vous dénigrez.

Arrêtez aussi d’opposer les médecines dites alternatives et les médecines dites scientifiques. Il est vraisemblable que dans 50 ans les « scientifiques » riront de certaines théories actuelles, que vous considérez aujourd’hui comme inattaquables. Les médecines alternatives n’ont aucun fondement dites-vous, mais la médecine officielle n’est pas une science exacte, elle non plus, et les maladies qu’elle se montre encore impuissante à résoudre sont légion. Ne parlons pas non plus de la longue liste de médicaments « dûment testés et approuvés par les meilleurs scientifiques », que l’on retire aujourd’hui du marché (après les avoir rentabilisés, bien entendu), en raison de leur haute toxicité pour le patient.

Ne serait-il pas plus judicieux de s’attacher à concilier les deux voies d’investigation, à les rapprocher pour étendre la capacité à aider votre prochain ?

Dans ce faux débat, mené par l’ego et la finance, bien plus que par l’ouverture d’esprit et la volonté de faire progresser le bien-être de l’humanité, l’important n’est pas de savoir comment ça marche, mais qu’est-ce qui est le mieux pour le patient.

Non ?

Bien cordialement vôtre,

Jean-Marie

#11 |
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Dr didier hanczyk
Dr didier hanczyk

Avant la science et la comprehension de la physiologie, nous avons survecu, sinon, nous ne serions pas là !
La medecine (EBM comme les prouesses chirurgicales) n’intervient que sur 10% des problemes de santé.
Restons modestes Il y a toujours eu des gourou, sorcier, homme-medecine et autres religieux pour ecouter les souffrances et c’est le coeur de notre metier.

#10 |
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Alex Hanin
Alex Hanin

@Marc DE SMET

De quoi parlez-vous exactement quand vous dites « Entamer un travail dit scientifique sur base de sentiments » ? Je ne vois rien de tel dans l’article.

Cela dit, je trouve que la colère suscitée par les médecines alternatives est parfaitement justifiée. L’homéopathie, notamment, est une honte.

#9 |
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Naturothérapeute

Entamer un travail dit scientifique sur base de sentiments tout court, pire: de sentiments de colère et adversaire est abject et scientifiquement nulle apriori.

#8 |
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Enseignant Pascal Rollier
Enseignant Pascal Rollier

Malgré toutes ces preuves de bonne foi, jamais les médecins alternatives ne disparaîtront, c’est comme la religion. .. Ça marche toujours avec ou sans preuve…

#7 |
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Invité
Invité

@Dr Gualtieri

Il me semble que ceux qui prétendent détenir la vérité sans la chercher sont ceux qui affirment savoir sans avoir effectué d’études sérieuses concluantes.

Le problèmes des médecines dites alternatives, c’est que leurs partisans ont une attitude antiscientifique. Si l’efficacité de leurs remèdes n’a pas été démontrée, c’est parce que la communauté scientifique est fermée et/ou corrompue ; il suffit toutefois qu’une étude (quel que soit son niveau) donne un résultat vaguement positif pour que tout à coup ladite étude soit célébrée comme la victoire des médecines alternatives sur la tyrannie de la médecine « officielle ».

« Si l’evidence based medecine détenait toutes les clés pourquoi y a t-il-tellement de maladies encore incurables? » 1) personne n’a dit que l’evidence-based medicine pouvait supprimer toutes les maladies ; vous caricaturez. 2) l’EBM guérit de nombreuses maladies jadis incurables ; j’aimerais savoir de quelles maladies incurables l’homéopathie (p. ex.) est venue à bout. Réponse : 0.

« En oncologie, par exemple, la médecine chinoise allie les dernières découvertes avec le formidable héritage de la tradition et les résultats sont au rendez-vous. » Pouvez-vous fournir des sources confirmant ces résultats apparemment spectaculaires ? Mais j’oubliais : vous n’avez pas besoin de vulgaires preuves concrètes, il vous suffit d’être convaincue que ça marche.

« au-delà des limites de nos systèmes de croyance qui ont tendance à rejeter le nouveau sans même essayer de le comprendre ». Comparez la médecine d’aujourd’hui à celle d’il y a seulement un siècle, et vous verrez que la médecine « conventionnelle » a évolué de façon extraordinaire. Peut-on en dire autant de l’homéopathie ou de la médecine chinoise, dont les principes restent ceux d’un monde préscientifique ?

#6 |
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docteur Maddalena Gualtieri
docteur Maddalena Gualtieri

« La vérité appartient à ceux qui la cherchent et non point à ceux qui prétendent la détenir » (Condorcet)
Ecarter la pertinence des médecines complémentaires en les soumettant aux mêmes critères de validation (souvent en double aveugle) est absurde par le fait même que ces médecines sont individuelles et ciblées pour corriger les causes profondes responsables de la pathologie, uniques à chaque patient.Nier le phénomène de transduction (transformation permanente et à double sens de l’information en influx nerveux (énergie) puis en molécules chimiques (matière) est méconnaître une des bases de fonctionnement du Vivant.Il y a encore tellement de mécanismes incompris que la science explore et découvre tous les jours sur le fonctionnement du corps qu’il est ANTI-SCIENTIFIQUE de les rejeter sous prétexte que tout doit être basé sur des preuves, encore faut-il définir sur quels présupposés arbitraires ces preuves se fondent.Si l’evidence based medecine détenait toutes les clés pourquoi y a t-il-tellement de maladies encore incurables? Et si le progrès était dans une approche de médecine intégrative?Pourquoi vouloir tout opposer alors que les approches sont complémentaires? En Chine, le monde scientifique l’a bien compris.En oncologie, par exemple, la médecine chinoise allie les dernières découvertes avec le formidable héritage de la tradition et les résultats sont au rendez-vous.Au delà de nos égos , au-delà des limites de nos systèmes de croyance qui ont tendance à rejeter le nouveau sans même essayer de le comprendre, n’est-ce pas trouver des solutions pour soulager la souffrance de nos patients qui importe le plus ?

#5 |
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Étudiant en médecine humaine

@ Josiane : J’ai souhaité me renseigner sur l’acupuncture et il semblerait que, comme l’a dit Alex en ce qui concerne la médecine chinoise, d’après les 3 études que j’ai trouvées (3 meta-analyses concernant les effets sur le tabagisme, la fibromyalgie et les arthralagies) on n’ait pas encore prouvé d’efficacité distincte entre l’acupuncture et le placébo.
Ce qui en soit ne signifie pas que l’acupuncture n’a pas sa place dans la prise en charge des patients, mais que l’expression ‘a fait ses preuves’ est peut-être exagérée.
Je cite :
Current evidence indicates that most of the benefits of acupuncture for pain syndromes result from the treatment ritual and patient–provider interaction, which meets the definition of a placebo effect.
(http://www.the-rheumatologist.org/details/article/873613/Is_Acupuncture_for_Pain_a_Placebo_Treatment.html)

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Alex Hanin
Alex Hanin

Correction : la dilution n’est pas de 10 à 60 fois ; elle peut atteindre 10exp400 (oscillococcinum, p. ex.), c.-à-d. 1 suivi de 400 zéros, un chiffre absurde.

@Josiane : la médecine chinoise en général n’a pas fait ses preuves et les « méridiens » sont un concept tout à fait théorique, et c’est un euphémisme.

#3 |
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Dr Jean Loup REY
Dr Jean Loup REY

Bravo pour cette salutaire colère
la médecine est suffisamment compliquée pour ne pas s’encombrer de propos non raisonnables

JL Rey

#2 |
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Josiane BURGEON
Josiane BURGEON

Le fait d’être »professeur » n’implique pas forcément d’être intelligent!
La Médecine traditionnelle chinoise a fait ses preuves depuis des siècles,ainsi que l’acupuncture qui se base sur les méridiens canaux d’énergie .

#1 |
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