Les nomades du rhumatisme

1. février 2010
Share article

Il y a peu de temps encore, l’arthrite rhumatoïde était considérée comme une maladie purement auto-immune. Les cytokines semblaient appâter les lymphocytes B et T aux articulations. Les chercheurs montrent maintenant que la maladie ressemble plutôt à une tumeur métastasante.

C’est au début une petite inflammation. Elle fait gonfler l’articulation et occasionne des douleurs. Mais au lieu de se résorber bravement au bout de quelques semaines et de guérir, l’inflammation cherche en permanence de nouvelles cibles. Finalement, presque toutes les articulations sont touchées. Dans le pire des cas, il est presque impossible de bouger.

FSAR – de nouveaux acteurs principaux sur la scène de l’AR

L’arthrite rhumatoïde (AR) concerne environ 1 % de la population mondiale ; le taux est en Europe un peu moindre. Elle touche celui ou celle qui ne semble plus avoir son système immunitaire en main. Une croissance anormale de cellules apparait dans la couche la plus profonde de la membrane synoviale et des cellules immunitaires activées responsables de l’inflammation y migrent également. Outre les cellules activées B- et T et les ostéoclastes dégradants les os, avant tout les fibroblastes – les FSAR (fibroblastes synoviaux de l’arthrite rhumatoïde) – sont y actifs en grand nombre. Ce ne sont pas que des acteurs d’arrière-plan car ils jouent aussi un rôle principal dans la dégradation de tissus conjonctifs et d’os.
La théorie jusqu’à présent : l’AR est en première ligne une maladie auto-immune avec une attaque des tissus par les cellules B- et T. Dans ce cas, les fibroblastes sont des cellules activées sur place et qui co-agissent en cas de lésion. Mais comment la maladie se répand-elle sur toujours plus d’articulations ? Est-ce grâce à des facteurs cellulaires ou humoraux ? Le groupe de travail d’Elena Neumann de la clinique Kerckhoff dans le Bad Nauheim hessois semble nous donner aujourd’hui une nouvelle image à l’aide de ses résultats. Dans un article du fameux journal « Nature Medicine » d’il y a quelques semaines, elle montrait que l’inflammation continue son cheminement de la même manière qu’un autre néoplasme incontrôlé, comme pour un ulcère cancéreux métastasant.

Fibroblastes en marche

L’élégante preuve que les FSAR se glissent dans le rôle de cellules cancéreuses migrantes établirent les scientifiques à l’aide d’un modèle animal sans propre système immunitaire, la souris SCID. Le tissu humain les accepte sans objection, voire sans réaction de rejet. Elena Neumann et son équipe greffèrent des cartilages d’articulations de patients souffrants d’AR sur ces souris et notamment au niveau des flancs opposés. Cependant, seulement un des 2 échantillons contenait les fibroblastes auxquels s’intéressaient les chercheurs. Les cellules étudiées avaient effectivement migré vers le 2ième implant après 2 mois – sans un stimulus supplémentaire du système immunitaire humain ou murin. Dans les essais de contrôle avec des fibroblastes de patients atteints ostéoarthrite ou des fibroblastes normaux de peau, les cellules de tissu conjonctif restèrent par contre à leur place.
Alors quels chemins prennent ces cellules nomades pour toucher d’autres articulations ? Selon toute vraisemblance, elles sont parvenues à migrer par les vaisseaux sanguins et à repartir une fois arrivées au but. Les molécules d’adhésion comme VCAM-1 et intégrine les aident à démarrer et fait en sorte qu’elles s’arrêtent à temps à la gare d’arrivée. On retrouve entretemps des traces des cellules dans la rate, le propre système de filtrage du corps. Une matrice des os qui est détachée et sans protection est particulièrement attractive pour l’offensive des fibroblastes. Le tissu sain laisse par contre les agresseurs de glace.

De nouvelles thérapies progressent ?

Le groupe de travail a démontré que les fibroblastes peuvent migrer dans le cas de l’AR non seulement sur un modèle animalier mais aussi sur l’homme. Les nouveaux résultats obtenus à partir d’un modèle de souris SCID devraient maintenant servir de base pour éviter la propagation du feu dans les articulations. Un bloc de l’adhésion ou bien l’enzyme de démantèlement de la matrice des fibroblastes pourrait ainsi stopper le processus continu.
Ces dernières années, toujours plus de médicaments biologiques en sont venus aux antirhumatismaux utilisés couramment par le passé comme le méthotrexat et la sulfasalazine pour la thérapie de l’AR. Aux anti-inflammatoires et cytostatiques se joignent maintenant des anticorps et des molécules qui bloquent sensiblement le flux d’informations par l’intermédiaire de la cytokine. Anakinra est en concurrence avec le récepteur IL-1, le tocilizumab se porte sur le récepteur IL-6. L’abatacept est une molécule de costimulation CTLA4 que la stimulation des cellules T doit réprimer.
Comme le soulignait Ronald van Vollenhoven de l’institut suédois Karolinska dans un rapport, il reste néanmoins à éclaircir de nombreuses questions dans le cas de l’arthrite rhumatoïde : pourquoi réagissent aussi peu de patients aux diverses nouvelles possibilités de thérapie. « Guérir » est un but qui ne peut plus être atteint avec les possibilités actuelles. Avec ces résultats de Bad Nauheim, le décodage du mystère autour de la propagation de l’inflammation rhumatoïde progresse cependant.

10 note(s) (3.5 ø)
Non classé

Comments are exhausted yet.



Langue:
Suivre DocCheck: