Chassons l’œil sec !

24. mars 2010
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Dix millions d’Allemands souffriraient d’un "œil trop sec", une maladie qui n’est en aucun cas bénigne nous prévient l’association professionnelle des ophtalmologistes. Les hormones sexuelles et une grande glande sébacée défrayent de plus en plus la chronique.

Les causes de « l’œil sec », maladie qui touche soi-disant plus de 60 % des employés de bureau, sont diverses. La production de larme décroit d’une part avec l’âge; des facteurs externes comme la cigarette favorisent la sécheresse d’autre part. Viennent se rajouter des maladies chroniques comme le diabète, le rhumatisme et des maladies inflammatoires des vaisseaux pour lesquelles le symptôme apparait plus souvent. Des médicaments peuvent aussi influencer la production de larmes comme les diurétiques thiazidiques, bêtabloqueurs, antidépresseurs tri- et tétra-cycliques, estrogènes et neuroleptiques. L’ozone et les gaz d’échappement sont une cause possible; de plus, le travail sur écran dans des pièces avec une hygrométrie moindre favorise l’évaporation du film lacrymal. Mais on a encore aucune preuve pour vérifier cette supposition qui revient souvent : l’alimentation aurait aussi quelque chose à voir avec la maladie oculaire.

Encore trop peu considérées : les glandes de Meibomius

Il est de plus en plus clair que les glandes lacrymales mais aussi les glandes de Meibomius ont une fonction importante dans l’origine et le déroulement de la maladie de « l’œil sec ». Ces grandes glandes sébacées nommées d’après le spécialiste allemand de l’anatomie Heinrich Meibom produisent la phase lipidique externe du film lacrymal et sont de ce fait indispensables pour éviter une trop forte évaporation du liquide lacrymal et conserver une stabilité du film lacrymal. Les troubles de fonctionnement des glandes de Meibomius sont l’une des causes les plus importantes des troubles de l’humidification de l’oeil étant donné qu’ils entraînent une couche lipidique défectueuse. Des troubles de la phase lipidique du film lacrymal ont soi-disant plus d’un tiers de patients avec des « yeux secs », et chez environ deux tiers des patients, ceci est la conséquence d’une dysfonction des glandes de Meibomius. 

La dysfonction Meibomienne (appelée aussi blépharite) est malheureusement rarement prise en compte. Elle apparaît la plupart du temps comme un trouble obstructif causé avant tout par des croûtes et/ou une modification de la sécrétion. L’âge a une grande influence sur la fonction des glandes de Meibomius. Le nombre moyen des glandes actives décroit de 50% entre 20 et 80 ans. Selon les analyses actuelles, le port de lentilles de contact pourrait aussi être associé à la diminution de la quantité des glandes actives – en fonction de la durée du port mais indépendemment du matériau utilisé.

Les androgènes, c’est bien, les estrogènes, c’est mauvais

Beaucoup de résultats de recherche indiquent qu’un manque d’androgènes – comme lors de la ménopause, avec la prise d’âge ou pendant une thérapie antiandrogène ou bien encore dans le cas d’une féminisation testiculaire – peut entraîner un dysfonctionnement des glandes. Car les androgènes contrôlent le développement, la différenciation et la production de lipides des glandes sébacées dans tout le corps humain. Elles agissent en premier aux cellules épithéliales acini des glandes sébacées où elles provoquent entre autres une transcription accrue de certains gènes et produisent des protéines qui sont indispensables à la synthèse et à la sécrétion de lipides.

Contrairement à cela, une thérapie antiandrogène entrave l’activité et la sécrétion des glandes. Alors que les androgènes favorisent plutôt le fonctionnement des glandes de Meibomius, les estrogènes ont un effet négatif – comme pour les glandes lacrymales, bien que le type et l’ordre de grandeur de l’effet des estrogènes sur les glandes lacrymales ne sont pas encore clairs et font partie de nombreuses discussions.

Contrairement à l’influence des androgènes, les résultats de la recherche indiquent qu’une thérapie de substitution d’estrogènes conduit à une dysfonction des glandes Meibomius et à un « oeil sec ». Selon le Dr. Frank Schirra de la clinique ophtalmologique de la clinique universitaire de la Saar et ses collègues, « cette influence des estrogènes repose en première ligne sur une suppression des glandes de Meibomius » avec pour conséquence que la taille, l’activité et la production de lipides des glandes sébacées diminuent.
C’est pourquoi les estrogènes ont été employés pendant des années pour freiner la production de sébum. Étant donné que les estrogènes antagonisent l’effet des androgènes dans les glandes sébacées, elles sont aussi décrites selon Schirra comme le « médicament majeur pour la réduction des effets des androgènes aux glandes sébacées ». L’action antiandrogène des estrogènes dépend de la dose et peut être annulée par des quantités physiologiques d’androgènes. Les androgènes réduisent de plus le nombre des sites de fixation des estrogènes dans les glandes sébacées. C’est pourquoi on comprend pourquoi les estrogènes entraînent une dysfonction Meibomienne et un « oeil sec » chez les femmes pendant la ménopause qui ont un manque d’androgènes.

La thérapie Meibomienne : compresses, gouttes, tétracyclines

De quoi a l’air une thérapie en cas « d’oeil sec » causé par une dysfonction Meibomienne ? Il est bon d’établir un plan par étapes dépendant du degré de gravité et de l’état des symptômes. Les interventions chirurgicales sont rares.

1. L’hygiène des paupières
L’hygiène des paupières est conseillée comme traitement de base et a fait ses preuves auprès de la plupart des patients. Les patients doivent appliquer des compresses humides et chaudes sur leurs paupières fermées 2 fois par jour pendant environ 5 minutes et enlever les croûtes au bord des paupières. 



2. Substitut du film lacrymal

Les solutions de remplacement du film lacrymal soulagent souvent. Si la fréquence d’application des gouttes est élevée, les solutions utilisées devraient être sans conservateur pour ne pas nuire encore plus aux cellules épithéliales de surface. Utiliser une solution de remplacement des larmes contenant des lipides dans les posologies les plus diverses (gouttes, gel, vaporisateur) peut être bénéfique.

3. Amélioration de la qualité de la sécrétion
Une thérapie sur plus long terme avec des tétracyclines systémiques en cas de dysfonction obstructive grave a fait ses preuves. Celles-ci sont données sur plusieurs semaines, éventuellement aussi sur plusieurs mois, à une dose en dessous du seuil de l’effet des antibiotiques. Les tétracyclines freinent les lipases qui sont produites par la flore bactérienne commensale de la paupière et modifient en mal la composition des lipides mébomiens. Elles freinent par ailleurs l’activité des métalloprotéinases matricielles détruisant les tissus ainsi que la formation des cytokines inflammatoires et ainsi les processus inflammatoires éventuels qui peuvent intervenir en cas de dysfonction des glandes. 



4. Bouchons lacrymaux
Quand l’ »œil sec » est la conséquence seule d’un trouble de la couche aqueuse du film lacrymal, une sclérose ou une occlusion des bouchons lacrymaux peut soulager.

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10 commentaires:

Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

La tétracycline est un traitement classique de l’acné rosacée. Je l’ai utilisé per os et in loco. Personnellement, je pense que si on souffre de pellicules sur le cuir chevelu avec du pityriasis, cette affection peut s’étendre au front, aux paupières, même au globe oculaire, aux ailes du nez et même à la barbe pour ceux qui la laissent pousser. Alors, indépendamment des causes hormonales, on peut envisager un traitement anti-levures non seulement sur le cuir chevelu, mais aussi sur toute la tête, y compris le visage et les paupières. D’ailleurs, en période d’allergie, on conseille de se laver les cheveux tous les jours afin d’éliminer les allergènes, avant d’aller au lit que ce soit des pollens, des acariens ou des levures. Des gouttes Eu… font aussi du bien et ce n’est pas étonné depuis que j’ai découvert qu’elles contiennent à doses faibles, un sel d’argent antiseptique.
Un savon iodé bien connu suivi d’une lotion capillaire bien connue fait l’affaire et ils se complètent très bien.
Les autres causes gardent tout leur intérêt. Je parle ici d’une expérience vécue par moi et d’autres personnes.
Simple, inoffensif et bénéfique, indépendamment des autres problèmes possibles. On ne parle pas ici d’ophtalmologie, bien sûr. Mais, vous savez qu’on a souvent besoin de médecine simple après avoir épuisé toutes les solutions compliquées, sans résultat. Il ne s’agit, donc, pas ici un véritable oeil sec mais d’une perception semblable. Vaut la peine d’être essayé si les symptômes correspondent.

#10 |
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Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

Il ne s’agit pas de compresses chaudes, mais d’hygiène par rapport à des levures, des allergies, etc ! Ajoutez un produit iodé puis un produit réhydratant à vos « compresses » !

#9 |
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Dr Josquin Francois
Dr Josquin Francois

Une raison de ne plus préconiser les traitements de subsitution chez les femmes ménopausées ?

#8 |
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pharmacien Nancy Peers
pharmacien Nancy Peers

Merci pour cet article très intéressant. Je connais une jeune femme de 40 ans qui a porté des lentilles de contact pendant 20 ans. Quelques mois après l’instauration d’ un traitement hormonal avec la Daphné (antiandrogène),elle a le syndrôme des yeux secs et ne supporte plus aucune lentille de contact. Est-ce réversible en arêtant la Daphné ?
Merci

#7 |
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Dr Jean SURZUR
Dr Jean SURZUR

Bon article sur un sujet, en effet, méconnu du non ophtalmo que je suis. Merci

#6 |
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Collaboratrice d'industrie

Merci! Article très clair. Je ne suis pas médecin mais je viens enfin de comprendre ce qui m’affecte depuis des années, sans que la cause soit l’une de celles listées. Donc, je vais rester aux compresses chaudes. Mais pour répondre au Dr Thysen, les compresses chaudes sur le front, le nez et le cuir chevelu sont absolument sans effet sur moi.

#5 |
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tres interessant sujet meconnue

#4 |
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Trés bon résumé simple et pragmatique

#3 |
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Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

Et d’où viennent ces croûtes ? Dans certains cas, on peut voir des croûtes (pellicules) dans le cuir chevelu et sur le front, voire sur le nez ! Même cause, mêmes effets, même traitement ?

#2 |
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Docteur Nicolas RABIA
Docteur Nicolas RABIA

Je suis urologue et suis un certain nombre de patients sous anti-androgène sans pour celà constater une augmentation de la prévalence de ce syndrome.

#1 |
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