La maladie de la solitude

24. mars 2010
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Des psychologues ont découvert que la solitude est contagieuse. L’étude Framingham Heart leur permit d’étudier les contacts sociaux et de constater que les personnes seules "contaminent" leur entourage. La solitude se transmet alors en cascade.

Qu’est-ce qu’une infection grippale et la solitude ont en commun ? Elles sont toutes les deux contagieuses. Le psychologue Dr. John Cacioppo de l’université de Chicago vient de le démontrer. La solitude peut se répandre au sein d’une communauté de la même manière qu’un virus de la grippe. Le scientifique américain a découvert que les personnes seules peuvent en effet transmettre le sentiment d’être seul et exclu à leur entourage direct. « Il se transmet comme une maladie contagieuse », nous dit le Dr. Cacioppo.

Des traces sur des générations

Le Dr. Cacioppo et son équipe de psychologues, le Dr. Nicholas Christakis de l’université de Harvard et le Dr. James Fowler de l’université de Californie, utilisent le vaste pool de données de l’étude Framingham Heart pour leur analyse. L’étude américaine, qui est menée depuis 1948 sans interruption à Framingham au milieu de l’État américain du Massachusetts, est aujourd’hui presque légendaire. Ce qui permet de révéler les risques cardiovasculaires permet aussi une observation précieuse des réseaux sociaux – même sur plusieurs générations. Les Dr. Fowler et Christakis purent ainsi analyser l’épidémiologie du bonheur.

Concernant le phénomène de la solitude, les psychologues américains se penchèrent sur la 2ième génération Framingham, les enfants des « vétérans » de 1948 : cette première cohorte engloba plus de 5 200 habitants de Framingham, des femmes et des hommes d’âge moyen. Les psychologues évaluèrent les données de près de 4 500 volontaires qui avaient indiqué dans le questionnaire pendant combien de jours ils s’étaient sentis seuls la semaine précédente. Ils commencèrent par évaluer les données de l’année 1984. Les sondages eurent lieu tous les 2 ans sur une période de 10 ans. Par ailleurs, une anamnèse détaillée des volontaires fut faite à chacun des rendez-vous. Étant donné que la plupart des amies et membres de la famille des personnes interrogées faisaient également partie de l’étude, on put facilement vérifier, « si et comment la solitude influence le réseau social de la personne concernée », nous dit le Dr. Cacioppo.

Les résultats des évaluations étaient époustouflants : le sentiment d’isolement s’avéra être effectivement transmissible. Si un volontaire avait indiqué qu’il se sentait seul, cela avait des répercussions directes sur son entourage proche. Selon le Dr. Cacioppo, plus de 52 % des personnes proches, amis et membres de la famille déclaraient se sentir également isolés et seuls pendant le sondage suivant. Curieusement, cet effet s’observait plus souvent chez les amis que chez les membres de la famille. On constata par ailleurs que les femmes étaient plus sensibles à « l’infection » de la solitude et que celle dernière ne menaçait pas seulement l’entourage direct : « la solitude se transmet aussi aux personnes qui sont en contact avec des amis ou des membres de la famille des personnes seules », nous dit Dr. Fowler. 25 % d’entre elles indiquèrent avoir un sentiment de solitude dans le questionnaire 2 ans après. D’après le Dr. Fowler, il y a même « un 3ième grade de la transmission car 10 % des contacts de ce groupe avaient eux-mêmes un sentiment de solitude lors du test suivant ».

La contagion isole …

La solitude n’est pas le fait d’être seul – on sait qu’on peut se sentir très seul parmi une foule de personnes. Selon les termes du Dr. Cacioppo, il s’agit plus d’un « sentiment fondamental tout comme la faim, la soif ou la douleur ». En d’autres mots, nous dit le scientifique de Chicago, « la solitude n’est pas le symptôme d’un isolement social mais la force entrainante qui se cache derrière ».

Mais comment se transmet le virus de la solitude ? À travers une attitude fondamentale négative, de la méfiance et de l’hostilité : les analyses récentes montrent qu’elles sont plus fortes chez les personnes seules. À celles-ci viennent se rajouter d’autres comportements négatifs. Selon le Dr. Cacioppo, les personnes seules réagissent froidement et souvent agressivement, sont difficiles de contact et très timides voire peureuses vis-à-vis de leur environnement. « Les personnes seules considèrent leur environnement social comme une menace, pensent en mal des autres et se défient d’eux ». Elles interprètent souvent les réactions des autres comme des rejets ou des attaques. Ce type de comportement leur fait perdre petit à petit les contacts avec leur réseau social. Et ce n’est pas fini : l’entourage proche est également entraîné dans le tourbillon de la négativité et du rejet et donc dans la solitude.

Cet état explosif met en danger aussi bien la santé psychique que physique. Il a été entretemps suffisamment démontré que la solitude peut entraîner des dépressions et de l’hypertension qui augmente le risque de démences et affaiblit le système immunitaire, provoque des troubles du sommeil et augmente la libération d’hormones du stress. Le Dr. Christakis rajoute que les personnes seules ne se nourrissent pas sainement, consomment plus d’aliments gras, d’alcool et de nicotine et bougent moins que les autres. Il est ainsi d’autant plus important de stopper la cascade de la solitude. Le Dr. Cacioppo et ses collègues conseillent comme « vaccin » contre le virus de la solitude de notamment renouveler les liens perdus aussitôt que possible et de mettre les personnes seules en limite de la société à nouveau au milieu : « les communes et les établissements publics sont sollicités ».

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3 commentaires:

Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

Il faut revenir aux fondamentaux. Les animaux sauvages sont aussi méfiants et peureux. Il faut souligner la peur et la souffrance au lieu de parler immédiatement de « profil psychologique méfiant et hostile », ce qui est clairement dénigrant et court ! Les gens, qui ne sont pas heureux et ouverts, sont souvent des personnes qui souffrent ! En psychiatrie, on ne soigne pas des fous, mais le plus souvent des personnes qui souffrent. La psychiatrie, et pourquoi la médecine générale, ne s’adresse pas à la perversité ni à l’hostilité, mais bien aux gens qui souffrent !

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Dr Jean SURZUR
Dr Jean SURZUR

La contagion de la solitude paraît très discutable et les statistiques exposées difficiles à comprendre.
Il ne faudrait pas, non plus, confondre les effets et les causes : un profil psychologique méfiant et hostile et des traits parano ne favorisent pas les contacts sociaux.
Cet article me laisse perplexe !

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C’est n’importe quoi

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