VIH : une guérison prochaine ?

22. septembre 2014
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Après trois décennies de traitement des symptômes, les chercheurs essaient maintenant de débarrasser complètement les cellules infectées du virus VIH. S’il est possible de transférer cette approche issue de la culture cellulaire aux patients, le traitement des personnes infectées par le VIH pourrait être à portée de main.

Le virus VIH fut découvert il y a déjà 30 ans – et le SIDA est encore l’un des principaux problèmes de santé dans le monde avec plus de 35,3 millions de patients. Les personnes affectées vivent principalement en Afrique sub-saharienne. Mais même dans les pays occidentaux, des personnes sont infectées par le virus VIH. Bien que les concernés dans les pays occidentaux ont de bonnes chances d’avoir une longue durée de vie grâce à l’initiation précoce du traitement, il n’est pas encore possible de soigner la maladie. Effectivement, le VIH a plus d’un tour dans son sac : il peut se cacher dans le génome de son hôte pendant une longue période et ainsi passer au travers des thérapies médicamenteuses et des attaques du système immunitaire.

Un virus qui se cache longtemps

Lorsqu’on s’imagine le VIH, on pense à une structure sphérique avec de nombreux petits récepteurs situés à la surface. Cela est tout à fait exact, mais ne reflète pas le cycle de vie du virus. Ainsi, l’agent pathogène qui s’est discrètement placé dans le génome de l’hôte reste longtemps exclusivement dans l’ADN. Même si aucune particule de VIH n’est détectable dans le corps, les scientifiques s’attendent à ce que des millions de cellules de l’hôte contiennent des copies de l’ADN viral. Par conséquent, seuls les symptômes de l’infection ont pu jusqu’à présent être traités, mais pas la cause.

Des ciseaux de précision moléculaires

Cela pourrait changer parce que des scientifiques sont parvenus pour la première fois à découper précisément le virus du matériel génétique des cellules humaines. Dans leurs expériences, ils ont utilisé une culture de cellules myéloïdes parce que les neurones sont considérés comme des réservoirs particulièrement populaires pour le VIH. Pour couper l’ADN viral dans le génome des cellules, les chercheurs ont utilisé un outil de précision moléculaire appelé CRISPR-Cas9. La technique publiée en 2012 est basée sur une protéine grâce à laquelle les bactéries se défendent contre les attaques des organismes étrangers. Ce système de défense bactérienne adaptatif a maintenant été récemment transformé par les scientifiques en scalpel de précision de biologie moléculaire pour les cellules eucaryotes.

Enlever précisément l’aiguille de la botte de foin

Cas9 fonctionne comme un ciseau moléculaire qui découpe l’ADN du virus VIH de façon sélective des chromosomes humains, et empêche ainsi la formation d’une quantité plus importante de virus. Les scientifiques décrivent le travail de Cas9 comme « très spécifique et efficace ». « Nous avons des cellules porteuses du virus qui ont pu se transformer en cellules sans virus », a déclaré le chef de l’étude, le Dr. Kamel Kihalili de l’Université Temple à Philadelphie, USA. Le défi ici est que Cas9 doit d’abord trouver de manière absolument sûre l’ADN viral – et cela n’est pas si facile parmi les à peu près trois milliards de paires de bases du génome humain, quand on sait que le virus VIH a seulement 9181 paires de bases. Si Cas9 ne détecte pas l’ADN viral, cela peut avoir des conséquences extrêmement graves, par exemple si elle coupe dans des endroits qui ne contiennent pas d’ADN viral. En effet, cela peut provoquer un cancer ou avoir d’autres conséquences négatives.

Un ARN guide montre le chemin à Cas9

Pour minimiser ces risques, les scientifiques ont fourni au dénommé système CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats)-Cas9 un ARN guide (ARNg). Il se lie à des segments d’ADN spécifiques qui apparaissent exclusivement dans l’ADN viral et conduit ainsi les ciseaux moléculaires en toute sécurité à leur destination.

Par mesure de sécurité, les scientifiques ont analysé le génome des neurones examinés afin de déterminer si Cas9 aurait aussi pu couper d’autres sites sans ADN viral. Mais ils n’ont pu trouver aucune coupure anormale réalisée par l’enzyme. En culture cellulaire, la guérison du VIH a parfaitement fonctionné et a même apporté un effet secondaire très utile : en laboratoire, les cellules saines qui contiennent le complexe Cas9/ARNg étaient à l’abri de l’infection par le VIH. « Le système pourrait donc aussi fonctionner comme un vaccin contre le VIH », selon Kihalili.

Il y a encore un long chemin de la culture cellulaire en laboratoire à l’application chez les patients. Les scientifiques le savent très bien : « Le système a du potentiel, mais amener cet outil de précision moléculaire dans chaque cellule du corps est un grand défi », a déclaré Kihalili. Le virus VIH est également sensible aux mutations. Par conséquent, l’ARNg doit d’abord être dessiné pour chaque nouveau patient. « Nous espérons que ce système fonctionne tout aussi bien dans le corps humain qu’en culture de cellules. » Y parvenir rendrait, pour la première fois en 3 décennies, la guérison du VIH à portée de main.

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