La pilule Ben Laden

24. mars 2010
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Les médicaments qui ont prouvé leur efficacité attirent de plus en plus l’attention des stratèges de l’armée car les médicaments qui influencent les capacités cognitives et le psychisme pourraient peut-être aussi permettre de gagner des guerres.

Le Belge Paul Janssen n’y avait certainement pas pensé quand il a développa l’anesthésique fentanyl il y a 50 ans : en 2002, un dérivé de l’opioïde permit probablement au gouvernement russe de libérer les otages des mains de révoltés tchétchènes dans un théâtre de Moskou. Le bilan est terrifiant : 129 des 800 kidnappés moururent suite à l’emploi de gaz.

Paralyser et calmer au lieu de tuer

Ce n’est pas le seul cas où des médicaments deviennent des armes dans la guerre contre des terroristes ou des ennemis publics. Les « agents incapacitants » sont des médicaments qui ne tuent pas mais paralysent « seulement » l’activité corporelle. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont continué de développer le fentanyl dans les années 60 pour en faire un gaz « knock-out ». C’est seulement quand le danger sembla ne plus être maitrisable – peut-être aussi pour les propres troupes – que les 2 nations stoppèrent leurs recherches. Depuis cette utilisation il y a 8 ans et les rapports des congrès sur les technologies d’armes, on sait de manière certaine que au moins la Russie et les laboratoires de recherche tchétchènes continuent de travailler sur l’opioïde.

Ce qui est aussi incontestable, c’est le développement de nouveaux systèmes biologiques non létaux qui interviennent de manière subtile dans les processus du système nerveux central. C’est ainsi que parut il y a 2 ans un rapport du « National Academies of Science des États-Unis » avec pour titre : « Emerging Cognitive Neuroscience and Related Technologies« . Grâce aux toujours plus grandes connaissances sur les voies métaboliques des fonctions cognitives du cerveau, on put développer des antagonistes qui stoppent ceux-ci. Avec l’aide des nano-technologies, on devrait pouvoir par exemple surmonter la barrière sang-cerveau et introduire ainsi des « chevaux de Troie » dans le cerveau. Au colloque européen sur les armes non létales que l’institut Fraunhofer des technologies chimiques organise tous les 2 ans à Ettlingen dans le Bade-Wurtemberg, les scientifiques de l’institut de médecine expérimentale à Prague relatèrent en 2007 des expérimentations sur des macaques. Ils parvinrent, avec des associations de différents principes actifs, à retirer aux petits singes leur disposition à un comportement agressif. À l’aide des substances décrites par les militaires comme « calmantes », on pourrait ainsi « tempérer » les terroristes et autres agresseurs. On travaille en ce moment ardemment sur la possibilité de répandre ces principes actifs à l’aide d’un aérosol.

Non létal : fatal dans 10 % des cas

Selon la définition de l’OTAN, les armes non létales devraient neutraliser l’adversaire ou le détourner de son but « avec une faible probabilité d’une issue fatale ou d’un handicap durable ». C’est ce qui se passe si l’on en croit les essais sur des volontaires et des singes et selon l’avis des experts tchétchènes, le mieux serait un mélange à base de midazolam, de médétomidine, un agoniste des adrénorécepteurs-a2 et la kétamine. L’immobilisation est soi-disant presque complètement réversible. Mais celui qui veut mettre environ 99 % des concernés hors d’état de nuire, même dans le cas d’une substance avec un quotient thérapeutique (le rapport du létal avec une dose efficace) de 1000, accepte selon les calculs des mathématiciens que 9 % des « objets cibles » meurent. Les principes actifs du laboratoire tchétchène possèdent des quotients moyens entre 5 et 10. À Moskou, le taux de mortalité était d’environ 16 % dans le cas de l’utilisation de gaz. Il ne faut pas s’étonner que beaucoup de spécialistes parlent de pur cynisme dans le cas des armes « non létales ».

Éradiquées mais encore menaçantes

Des armes biologiques d’un autre genre sont dans le focus de la recherche intensive comme il y a des décennies. Officiellement éradiquées depuis déjà longtemps, le virus de la variole est – en fonction du point de vue – soit une source de peur ou une option pour les stratèges dans les ministères de la défense. En 2006, un journaliste anglais réussit à commander sur Internet tous les fragments d’ADN nécessaires à l’assemblage du virus. C’est pourquoi une poignée de pays, tout particulièrement les États-Unis mais aussi l’Allemagne, se sont approvisionnés en vaccins contre le virus. L’entreprise dano-germanique de biotechnologie Bavarian-Nordic est l’un des principaux fabricants. Étant donné que le vaccin approche de l’étude finale de phase III, il n’est officiellement pas encore autorisé par les autorités à être mis sur le marché. Le gouvernement américain a cependant passé entretemps commande auprès de l’entreprise pour une valeur de plus de 680 millions de dollars. Le vaccin provenant d’un virus de la vaccine modifié a déjà été livré pour un usage interne et on travaille en ce moment sur une version lyophilisée. Conformément au marché florissant de la peur, Bavarian Nordic va aussi prochainement commencer avec les vérifications cliniques d’un vaccin contre l’anthrax et espère atteindre d’aussi bons résultats.

Selon le besoin : des doigts qui repoussent ou panique chez l’adversaire

Celui qui est blessé pendant le combat ou perd un membre a peut-être de bien meilleures chances à l’avenir de revenir guéri à une vie normale ou sur le champ de bataille. Stephen Badylak de l’université de Pittsburgh a développé avec l’aide de l’armée américaine une poudre thérapeutique qui contient du matériel de matrice extracellulaire de vessie de porc et active des cellules souches adultes. Dans le cas de patients amputés d’un doigt, « Pixie-Dust » ferait soi-disant en sorte que les bouts de doigts manquants repoussent jusqu’à 1 centimètre dans la forme initiale.
 Le monde de la médecine considère cependant cette information de manière critique. L’organisation de recherche du ministère de la défense américain DARPA soutient par exemple avec 10 millions de dollars les travaux de chercheurs du Texas qui essaient de placer le métabolisme de soldats blessés dans une sorte d’état de « stand-by » avec du sulfure d’hydrogène, comme pour un sommeil hibernal. Le but est, nous disent les chercheurs, de maintenir les échanges chimiques repartant en cas de besoin en oxygène moindre pendant au moins 6 heures ou de grande perte de sang.

Il n’est pas toujours indispensable de neutraliser l’adversaire pour avoir des avantages. Il y a 5 ans, des scientifiques suisses ont déclaré que le neurohormone oxytocine encourage la confiance vis-à-vis de l’adversaire par aérosol. L’adversaire se laisserait également « neutraliser » de cette manière. À l’avenir et selon le besoin, on pourrait susciter de la panique, une dépression ou une confusion mentale chez l’agresseur grâce à des soldats qui sont éveillés en permanence et performants par un dopage du cerveau et qui communiquent entre eux par des signaux électriques cérébraux codés. Dans un article du journal économique renommé « Nature », Malcolm Dando du département de recherche sur la paix à Bradford en Angleterre demande à ce qu’on rappelle aux politiques leurs devoirs. Et pas seulement à eux : quand il s’agit de la « militarisation » des nouveaux résultats de recherche, le scientifique devrait aussi penser lors de l’expérimentation que ses découvertes pourraient ne pas seulement servir à guérir des maladies…

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2 commentaires:

pharmacien Freddy Hayez
pharmacien Freddy Hayez

article intéressant

#2 |
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Dr Jean SURZUR
Dr Jean SURZUR

Sidérant !

#1 |
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