Les antidépresseurs : un triste effet

31. mars 2010
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Les psychotropes sont facilement prescrits en cas de dépression. La tendance est à la polypharmacothérapie psychotrope. Les antidépresseurs n’agissent cependant guère mieux que les placebos dans certains cas.

Il n’est pas rare qu’une médication antidépressive fasse suite au diagnostic d’une dépression. Une méta-analyse de Jay Fournier de l’université de Pennsylvanie à Philadelphie et de ses collaborateurs a permis de démontrer que dans la plupart des cas, il s’agit de maladies légères voire modérées qui ne sont cependant pas soulagées par des comprimés. Ils avaient rassemblé les résultats de 6 études et comparé l’action de la paroxétine, un antidépresseur inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine, et de l’imipramine, un antidépresseur tricyclique, avec des placebos. Son résumé : une utilité substantielle est démontrable seulement en cas symptômes graves mesurés à l’aide de l’échelle de dépression de Hamilton (HDRS). Ces patients atteignent 25 sur l’échelle HDRS. Pour les patients dont les valeurs de base se situaient en dessous 23, on remarquait peu de différences entre un traitement antidépresseur et un placebo.

Pourquoi les antidépresseurs n’agissent pas

« Les recherches aboutissant à l’hypothèse d’une efficacité des antidépresseurs n’ont pris en compte que des patients souffrants de dépressions graves », nous dit Fournier. Les médecins et les patients ne s’étonnent pas du fait que cela ne soit pas évoqué dans le marketing de ces produits.

Des chercheurs américains de l’université Columbia à New York sont sur les traces de l’origine biologique d’une communication absente sur les inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS). Le responsable est une forte quantité d’autorécepteurs sur les cellules nerveuses sérotoninergiques des noyaux du raphé, nous disent les chercheurs dans la revue scientifique « Neuron ». Lorsqu’il y a trop de récepteurs de la sérotonine du type 1A des neurones du raphé, une réponse négative est produite et a pour conséquence une production restreinte de sérotonine.

Les chercheurs créèrent des souris avec une densité plus forte et plus faible d’autorécepteurs de cellules sérotoninergiques des noyaux de raphé. Les souris eurent de la nourriture dans un environnement clair, ce qui engendre chez elle un sentiment de peur. Des antidépresseurs leur ont été administrés pour le combattre. Ils n’agirent cependant pas chez les animaux avec un excédent d’autorécepteurs. « Plus on donne des antidépresseurs pour augmenter la quantité de sérotonine, moins les cellules nerveuses produisent de sérotonine », nous dit le pharmacologue Rene Hen. À l’avenir, on pourrait améliorer le taux de réponse sur ISRS grâce à une réduction de ces autorécepteurs, par une blocade par exemple.

Beaucoup de comprimés n’engendrent pas forcément plus d’effets

On a le droit de douter que de telles découvertes influencent les habitudes de prescription de demain car la tendance est à la polypharmacothérapie des maladies psychiques. Toujours plus de patients obtiennent des thérapies combinées à base d’antidépresseurs et d’antipsychotiques ; c’est ce que nous révélèrent des données type de prescription de psychiatres américains. C’est justement quand un antidépresseur n’agit pas qu’on rajoute souvent un second, même si son efficacité n’a pas été prouvée.

Entre 1996/97 et 2005/6, le volume des consultations médicales au cours desquelles 2 ou plus de médicaments ont été prescrits a augmenté et est passé de 42,6 % à 59,8 %. La prescription de 2 ou plus de médicaments passa rapidement de 16,6 % à 33,2 %. Les patients se virent prescrire non pas un seul médicament comme par le passé, mais directement 2, ce qui correspond à une augmentation de 40 %. Il s’agissait d’associations d’antidépresseurs avec des sédatifs/hypnotiques dans 23,1% des cas, suivies par des associations d’antidépresseurs et d’antipsychotiques dans 12,9 % des cas, et des associations de 2 antidépresseurs pour 12,6 %.

La psychothérapie dynamique est comparativement très efficace

L’utilité d’une polythérapie avec des substances psychotropes en complément n’est pas évidente nous disent les auteurs du rapport. De plus, les effets secondaires augmentent sous l’effet de thérapies multiples et ne se limitent actuellement pas à une forte prise de poids : ils influencent également le métabolisme durablement.

Celui qui souffre d’une maladie dépressive légère à moyenne et qui ne veut pas avaler de pilules peut s’orienter vers d’autres thérapies pouvant le soulager. La thérapie psychodynamique s’est révélée récemment efficace durablement même si elle n’est pas aussi confortable. Jonathan Shedler de l’université du Colorado Denver School of Medicine a vérifié 8 méta-analyses avec 160 études sur les thérapies psychodynamiques et 9 méta-analyses sur d’autres formes de thérapies psychologiques et des thérapies antidépressives en cas de maladies mentales.

Grâce à une taille d’effet de 0,97 dans une grande méta-analyse avec plus de 1 400 patients, Shedler atteste d’une bonne efficacité de la thérapie psychodynamique en cas de dépression, trouble de la peur et de maux corporels liés au stress. L’efficacité du traitement avait même encore augmenté de 50 % 8 mois après la fin de la thérapie. Pour comparer : les tailles d’effet pour les antidépresseurs utilisés le plus souvent pour les maladies dépressives se montaient à seulement 0,31.

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2 commentaires:

Claudine Giddey
Claudine Giddey

Si on gardait ces toxiques pour soigner les dépressions graves, on pourrait encore tolérer ces inconvénients.
Mais nous constatons en officine une recrudescence énorme de prescriptions de confort à l’heure actuelle; c’est tellement plus facile d’avaler quelques comprimés que de se poser les vraies questions sur sa vie…..et/ou de passer un peu plus de temps à l’écoute du patient?!
Mais évidement, une attitude plus responsable serait moins lucrative pour presque tous alors…..surtout ne rien changer et fermer les yeux semble plus facile.
Mais cela aura de toute façon un coût à long terme bien supérieur au bénéfice immédiat, ne l’oublions pas!

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Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

Il est habituel que les gens de l’université critiquent les façons de faire des praticiens. Vieux comme le monde !
Il est d’ailleurs toujours plus facile de critiquer dans son bureau que de pratiquer ! Ainsi, une bonne partie des diplômés craignent la pratique et passent leur temps à essayer de diminuer ceux qui osent pratiquer !

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