K.O.caïne en Europe

31. mars 2010
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En Espagne, trois pourcent des morts subites d’origine cardiaque sont la conséquence d’une consommation de cocaïne. Les médecins ont maintenant une nouvelle thèse : le nombre peut être vraisemblablement rapporté à toute la Communauté Européenne. Selon les estimations actuelles, 12 millions d’Européens reniflent de la cocaïne.

Les résultats de l’étude impliquent une évolution des mentalités pour les cardiologues et les médecins car, lors de l’anamnèse habituelle au cabinet médical, on ne posait jusqu’à présent aucune question sur une éventuelle consommation de cocaïne. C’est pourtant ce qu’il faudrait faire car selon Joaquin Lucena, Chef de la pathologie médicolégale à Séville, on peut expliquer 3,1 % des morts subites d’origine cardiaque par la consommation de cocaïne. « Nos résultats montrent que la cocaïne entraine des changements dans les artères et au cœur », explique l’Espagnol. En tout cas, la concentration de drogue dans le sang et dans l’urine du mort allait de 0,1 à 1,15 mg/L. Lucena analysa les données en détail. Ce n’est pas la dose en elle-même qui est dangereuse mais la cocaïne en soi. Lucena constata à l’aide des analyses de sang de ses clients que déjà de toutes petites quantités de cocaïne peuvent – selon la constitution, l’âge et l’état d’esprit des personnes – provoquer les mêmes dégâts que de fortes concentrations. Les fumeurs sont particulièrement touchés car environ 81 % des personnes ayant subi une autopsie avaient fumé une dernière cigarette après l’absorption de cocaïne.

Un autre vice qui n’est pas moins mortel est l’alcool après la consommation de drogue. C’est ce qui amena les accros sur la table de Lucena. La nicotine et l’éthanol sont apparemment le déclencheur de l’effet destructeur de la cocaïne. Le pathologue Lucena ne peut cependant pas encore expliquer pourquoi.

Mais l’histoire peut être interprétée de manière encore plus dramatique : d’après Lucena, il n’y a aucune raison de penser que l’effet de la cocaïne en Angleterre, en Italie ou dans un autre pays d’Europe soit différent que sous le ciel espagnol. Rien que 7,5 Millions d’Européens d’un âge compris entre 15 et 34 ans appartiennent à la classe menacée – et selon Lucena, plus de 230 000 personnes – seulement dans ce groupe d’âge – peuvent mourir d’un arrêt cardiaque sans que les médecins ne fassent le rapport avec la cocaïne. Si on rapporte le nombre des victimes aux 12 millions de consommateurs de cocaïne de l’Union Européenne, la drogue ferait mourir plus de 370 000 personnes au cours de leur vie – la cause officielle étant une mort subite d’origine cardiaque.

Cet aspect est nouveau dans cette dramaturgie

Les médecins rapportaient jusqu’à présent que les personnes consommant beaucoup de cocaïne présentaient un risque 7 fois plus élevé d’avoir un infarctus du myocarde non mortel. Le rapport publié par la Communauté Européenne « Situation de la problématique de la drogue en Europe en 2009 » estime aussi à « un quart le nombre des infarctus du myocarde non mortels dans le groupe des 18-45 ans qui seraient à mettre en relation avec une consommation fréquente de cocaïne ». Mais le pathologue espagnol en rajoute – et dénonce la cocaïne en tant que destructeur mortel des artères et du cœur. Les médecins devraient se préparer prochainement à une nouvelle anamnèse et cela devrait être difficile. Poser la question « Prenez-vous de la cocaïne ? » au lieu de « Fumez-vous ? » devrait permettre à certains patients d’échapper à une mort subite. Espérer que le problème se résolve de soi un de ces jours par la maitrise de la consommation de drogue semble illusoire.

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