Münchhausen : le baron par procuration

5. septembre 2014
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Dans le cas du syndrome de Münchhausen par procuration, des enfants en bonne santé sont amenés à la demande de leurs parents et sous de faux symptômes chez le médecin. Mais qu’est ce qui conduit des mères (le plus souvent) à utiliser à plusieurs reprises du poison ou un couteau contre leur enfant ?

Le pédiatre anglais Roy Meadow publia en 1977 deux cas dans lesquels des mères avaient rendu leurs enfants secrètement malades : dans un cas, la mère avait mélangé de la naissance jusqu’à l’âge de 6 ans l’urine de l’enfant avec du sang et du pus de sorte que l’enfant eût à endurer la torture sans fin des examens et traitements médicaux. À l’âge de 6, le bon diagnostic fut posé : un enfant en parfaite santé était victime d’une forme jusqu’alors inconnue de maltraitance infantile. Meadow appela ce syndrome le syndrome de Münchhausen par procuration, parce que les mères trompent systématiquement le médecin avec des histoires fictives sur les maladies, mais elles n’utilisent pas leur propre corps sinon en remplacement celui de l’enfant. Parmi les autres noms, il y a le MSBP (Münchhausen Syndrome by Proxy) ou le FDP (Factitious Disorder by Proxy). Le terme « syndrome de Münchhausen » a été introduit en 1951 par l’interniste anglais R. Asher et appliqué très indistinctement pour toutes les perturbations artificielles.

Le médecin, un « ami » de la mère

Dans neuf cassur dix, il s’agit de mèresqui ont recours àun poisonou un instrument coupant. Elles ont généralement uneformation médicale de baseetne s’éloignent pas deleur enfant. Souvent, le médecin traitant n’arrive pas à expliquer de manière rationnelle les symptômeschez les enfants. Lesmères cherchent un contactintenseavec les médecinset les infirmières, établissent parfois des relationsamicalesetparlent facilement de l’histoire médicale del’enfant. Le nombrede cas non déclarésdeMSBPest naturellementélevé.

Il n’y a pas de syndrome classique. Diarrhée sanglante, crampes, fièvre inexpliquée, bactériémie, mauvais bilan électrolytique et éruptions cutanées font partie des possibilités du « catalogue de Münchhausen ». Pour transformer son propre enfant en un patient à aider, les mères utilisent des lames de rasoir, du verre brisé, des laxatifs, administrent de l’acide, des antidépresseurs tricycliques, appuient sur le visage de l’enfant sans défense un oreiller jusqu’à l’apnée ou plongent leur tête dans l’eau. En outre, la falsification des résultats de laboratoire par l’ajout de sang des parents dans les crachats, l’urine et les selles sont envisageables.

Les sonnettes d’alarme devraient résonner dans les cas suivants :

  • symptômes persistants ou récurrents, sans explication plausible
  • divergence entre les résultats cliniques et l’histoire, déroulement inhabituel
  • symptômes et tableau clinique qui s’améliorent à la séparation de la mère
  • résistance à la thérapie sans justification clinique
  • par rapport au tableau clinique, un des parents nécessitant peu de réconfort régulier par les médecins
  • hospitalisations répétées et longues, diagnostic donné sans résultats clairs
  • un des parents est toujours présent près du lit, fait l’éloge du personnel et est très préoccupé par d’autres patients
  • de nouvelles analyses médicales sont toujours bien accueillies, même si elles sont douloureuses pour l’enfant
  • un des parentssouffre du syndromede Münchhausen

Une définition peu claire

La pédiatre Donna Rosenberg publia en 1987 une analyse de 117 cas de MSBP. Sa définition est reprise encore aujourd’hui de manière inchangée :

  1. Les symptômes d’un enfant sont feints, induits, ou les deux, par un parent ou une personne en charge de la garde de l’enfant.
  2. L’enfant est souvent présenté aux médecins et de-là examiné et traité très souvent.
  3. Le responsable nie savoir quelle est l’origine des plaintes de l’enfant.
  4. Les symptômes aigus de l’enfant disparaissent lorsque l’enfant est séparé du responsable.

Difficile à classer

Dans le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), on recherche en vain le trouble factice MSBP, il peut être classé dans « trouble factice non spécifié », probablement pour ne pas donner de circonstances atténuantes à la mère devant un tribunal. Dans l’ICD-10, seuls les troubles artificiels sont classés. Dans l’édition actuelle de la révision de texte du DSM-IV-TR, le « coupable » est replacé au centre, quatre critères pour le diagnostic sont posés.

  1. Induction ou fabrication ciblée de signes physiques de la maladie chez une personne dont le responsable a la charge.
  2. La motivation du responsable est la prise du rôle de malade en procuration sur quelqu’un d’autre.
  3. Il n’y a pas de stimulation extérieure à ce comportement (gain par exemple, financier).
  4. Aucune autre maladie mentale ne peut mieux représenter le comportement du responsable.

Meadowest d’avisque la motivationdes mères doit être impliquée dansle diagnostic. Ainsi, uneutilisationexcessivedu terme peut être évitée.

Des diagnostics distincts pour la mère et l’enfant

Le Committee on Child Abuse and Neglect recommande pour le MSBP la division en deux du trouble : le diagnostic pédiatrique (pediatric condition falsification) et le diagnostic psychiatrique (factitious disorder by proxy). Le Comité est un groupe de travail de l’American Academy of Pediatrics, une association américaine de pédiatres.

Le terme MSBP doit être considéré comme une description unifiant les diagnostics.

  • Le diagnostic de « pediatric condition falsification » est posé pour l’enfant qui a été abusé par sa mère. Le diagnostic est indépendant de la motivation de la mère, de sorte qu’il peut également être indépendant du MSBP.
  • Le diagnostic de « factitious disorder by proxy » décrit les personnes qui déforment délibérément les antécédents médicaux, les symptômes et l’apparence d’autres personnes pour satisfaire leurs propres besoins psychologiques. La motivation peut, entre autres, être la reconnaissance, mais aussi un désir de manipuler le personnel clinique.

À travers cette séparation du MSBP en deux diagnostics, il est possible de diagnostiquer l’abus de l’enfant, sans prouver ou expliquer la motivation de la mère en même temps.

4 étapes pour le martyr

Le Dr Meiniolf Noeker, psychologue du centre de psychologie clinique et de réadaptation Brême, décrit quatre niveaux de gravité croissante :

1ère étape : description délibérément exagérée des symptômes
2ème étape : fausses informations aux symptômes allégués en dehors de la situation de l’examen
3ème étape : manipulation active du matériel d’examen
4ème étape : manipulation active du corps de l’enfant

Des mères souvent traumatisées

Le trouble psychoneurotique des mères a souvent pour cause la recherche d’un « protecteur puissant ». Le médecin protecteur et autoritaire répond à ces besoins inconsciemment. L’enfant violenté est utilisé comme un outil de suivi de la relation médecin-patient. Souvent, à l’origine, il y a une relation mère-enfant très perturbée dans la propre enfance de la mère. Il n’est pas rare qu’elle ait aussi été abusée enfant.

Les services sociaux, la justice et la médecine doivent coopérer

Le médecin doit être un détective en blouse blanche et créer une histoire sociale globale. Cependant, sans le soutien des autorités et des organismes, une aide pour l’enfant est impossible. Seule une approche pluridisciplinaire permet de découvrir la maladie de la mère et de sauver l’enfant avant qu’il ne meure « accidentellement » sous le feu du Münchhausen. Souvent, il faut des années pour que le diagnostic correct soit posé. Si un médecin la suspecte, la mère va en voir un autre. Cela est difficile à découvrir. Le taux de mères qui nient et refusent un traitement est extrêmement élevé, même après démonstration par vidéo, etc. ; le taux de récidive après traitement aussi. La seule thérapie pour que l’enfant reste en vie ne mène habituellement pas chez le médecin ou le psychologue, mais chez le juge. Il peut ordonner le retrait de la garde et une séparation spatiale.

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