To screen or not to screen?

31. mars 2010
Share article

Depuis que le dépistage du cancer du sein s’opère régulièrement par mammographie, les épidémiologues, les radiologues et les oncologues discutent vivement l’efficacité de cet examen. De nouveaux résultats indiquent que l’alarme est tirée bien trop souvent.

Le 26 octobre de l’année dernière, le département des sciences du fameux New York Times écrivait : « les tumeurs cancéreuses grandissent et deviennent malignes. Mais les données de 2 décennies d’examens de prévention concernant le cancer du sein et de la prostate remettent cette hypothèse en question. » La rédactrice Gina Kolata faisait en effet référence à un article de la revue spécialisée JAMA. Laura Esserman, Directrice du Centre du sein de l’université de Californie à San Francisco, est arrivée à la conclusion que les examens de prévention des tumeurs du sein et de la prostate révèlent beaucoup de petites tumeurs qui ne grandissent plus ou disparaissent d’elles-mêmes.

Plus de tumeurs découvertes – une mortalité constante

Le nombre des résultats positifs a certes été multiplié par 2 depuis l’introduction du dépistage par mammographie. Le nombre des tumeurs à un stade avancé ne recula guère, tout comme celui des cas mortels de cancer du sein. Pour les auteurs, la forme actuelle de la mammographie est un cas de diagnostic excessif, tout comme le test PSA couramment pratiqué aux États-Unis visant à révéler les tumeurs de la prostate. En Allemagne aussi, la courbe des cas mortels causés par les 2 types de cancer ne tend pas à fléchir vers le bas mais se maintient à l’horizontale, mis à part de petits écarts de pourcentages. Les recherches de Peter Gøtzsche du Danemark pour un « Cochrane Review » soutiennent cette thèse. Une étude de Norvège également. On découvrit chez les femmes qui se rendirent là-bas pour un examen des seins 3 fois en 6 ans environ 20 % plus de tumeurs que chez celles qui ne pouvaient pas participer au programme et qui furent examinée après coup. Grâce à leurs résultats, les auteurs arrivent également à la conclusion qu’une part importante des tumeurs découvertes en l’espace des 6 ans se serait résorbée d’elle-même.

Les mathématiques des épidemiologues ne sont pas les seules à laisser présager que beaucoup de thérapies cancéreuses sont superflues : les résultats des autopsies réalisées sur des personnes décédées des suites d’un accident ou d’une autre maladie aussi. Le nombre croissant d’examens des seins de ces personnes conduit à la découverte croissante de néoplasmes ne se transformant apparemment pas en tumeur agressive. L’ancienne Directrice de l’initiative canadienne de dépistage du cancer du sein, Cornelia Baines, raconte aussi qu’elle avait un adénocarcinome dans la poitrine qu’on pouvait voir sur des clichés 9 ans auparavant mais qui n’avait pas été repéré comme tissus cancéreux à l’époque.

Laisser nager les petits poissons

On retrouve également des tumeurs grandissant à peine ou des rémissions spontanées – également à un stade avancé – dans le cas d’autres tumeurs : Gina Kolata rapporte plusieurs cas de cancer des testicules qui, après des examens plus précis, n’ont laissé aux patients rien d’autre qu’une grande cicatrice. Le journaliste intéressé trouve également rapidement des informations dans la littérature scientifique.

Même si, il y a quelques années, la plupart des experts étaient d’accord sur le fait qu’un dépistage intensif et régulier pouvait faire baisser de manière considérable le taux de mortalité dû au cancer, cet avis n’est aujourd’hui plus autant partagé. Ils revendiquent aujourd’hui qu’une partie des moyens consacrés aux examens de masse coûteux soit affecté à la recherche de moyens pouvant permettre de différencier les tumeurs agressives de leurs sœurs pacifistes. Martin Gleave, Professeur d’urologie à l’université canadienne de British Columbia à Vancouver, le décrit en images : « notre réseau est entretemps si fin que nous attrapons dans notre filet aussi bien des petits poissons que des gros. Nous devrions maintenant pouvoir déterminer quels sont les petits poissons à remettre à l’eau. »

La mammographie : surestimée

Des campagnes de communication coûteuses ont certes attiré beaucoup de monde dans les cabinets médicaux mais ont également fait naître une fausse image des possibilités de dépistage du cancer. « Je peux me protéger contre l’apparition d’un cancer du sein avec une mammographie. » C’est que pensent environ 62 % des femmes qui se rendent aux examens de dépistage du cancer du sein selon un sondage de 2005. Gerd Gigerenzer de l’institut berlinois Max-Planck de recherche pédagogique l’a confirmé dans une plus grande étude européenne avec environ 10 000 participants. Environ 30 % des femmes allemandes pensaient que la mammographie sauve plus de 100 vies sur 1 000 mortalité causées par un cancer du sein et seulement 1 % a su faire une estimation correcte : 1 vie. Sur 1 000 examens, le cancer du sein fait 4 victimes au lieu de 5. La signification du dépistage n’est autant surestimée nulle part ailleurs qu’en Europe. Des gynécologues se sont même trompés lors d’un sondage semblable : sur 160 médecins interviewés par Gigerenzer sur la signification de résultats de mammographie positifs, 2 sur 3 estiment à plus de 80 % la probabilité d’une tumeur. Le chiffre correct : environ 10 %.

Malgré toutes les objections contre les attentes exagérées du dépistage, une minorité de critiques veut supprimer ces examens mais plaide, comme Gigerenzer, pour un « patient majeur et informé » qui prend sa décision après une évaluation précise des risques. Des épidemiologues, comme Nikolaus Becker du centre de recherche allemand sur le cancer, pensent de surcroit que la précision accrue des appareils et l’expérience des médecins va aussi faire pencher la balance en faveur de la mammographie dans le cas de la mortalité. Il ne s’agit finalement pas seulement des taux de mortalité mais aussi de se débarrasser de la tumeur avec des mesures permettant de sauver le sein. Toutes les actions de dépistage ne devraient finalement pas être passées au peigne : dans le cas d’autres tumeurs comme les carcinomes du colon ou du col, les recherches ont conduit à « une diminution significative des tumeurs invasives », nous disent Esserman et Co. dans leur rapport.

Klaus Koch, un analyste virulent qui travaillait par le passé pour le « Süddeutsche Zeitung » et qui était craint, travaille depuis quelques années pour le IQWIG et écrit dans un article pour « Oncologues » : il peut exister une règle générale pour le cabinet : le risque de devenir inutile pour un patient atteint d’un cancer est plus grand que la probabilité d’être préservé de la mort par les examens; cette déclaration est bien fondée, avant tout pour le dépistage du cancer du sein, de la prostate et du col de l’utérus. Il faut finalement considérer qu’environ 4 cas sur 10 de cancer du sein sont des carcinomes à intervalle qui se forment entre 2 examens et qui sont également découverts chez les femmes sans mammographie.

Les tumeurs qui sont découvertes mais ne grandissent plus et les autres qui grossissent si vite que les clichés réguliers du sein ne permettent également pas de révéler. Ce qu’on souhaite urgemment : des systèmes d’alarme qui permettent de faire une différence entre les avides cambrioleurs et les visiteurs innocents.

13 note(s) (3.46 ø)
Non classé

Comments are exhausted yet.

2 commentaires:

Infirmière Sylvia LAVENAIRE
Infirmière Sylvia LAVENAIRE

Récement le chirurgien qui devait l’opérer a dit à une femme de ma clientèle qui avait une mamographie positive qu’elle n’avait plus de cancer. je comptends bien mieux aprés lecture de cette article qu’il s’agissait certainement d’un petite tumeur qui s’est résorbé.

#2 |
  6
Dr Jean SURZUR
Dr Jean SURZUR

Conduite à tenir actuellement si vous êtes concerné(e) ?

#1 |
  3


Langue:
Suivre DocCheck: