Le va-et-vient des souvenirs

5. mai 2010
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Avec le temps, les souvenirs s’effacent. Le cerveau ne transforme pas l’hippocampe en centre de souvenirs mais élargit la capacité avec de nouvelles cellules nerveuses. Un bloc maintient en vie de vieux souvenirs.

Volatil comme un vague souvenir. Cette phrase décrit de façon imagée comment les hommes s’imaginaient notre mémoire il y a encore quelques années. Des informations sont sauvegardées et avec le temps, il est toujours plus difficile d’y accéder. Seul quelques morceaux choisis de nos expériences vécues subsistent dans la mémoire à long terme. Deux publications parues en l’espace de quelques semaines dans le fameux journal spécialisé « Cell » montrent cependant que les souvenirs ne s’effacent pas lentement. Notre cerveau déplace les informations de manière ciblée et les remplace non seulement par de nouveaux modèles mais édifie aussi le centre nerveux correspondant avec de nouveaux neurones.

De nouvelles cellules nerveuses – de nouveaux souvenirs

Kaoru Inokuchi et son équipe de l’université japonaise de Tokoyama montrèrent à la fin de l’année dernière sur des rats que, dans l’hippocampe, de nouvelles cellules nerveuses sont reliées à de nouvelles informations pendant que leur cerveau transfère de vieilles informations dans d’autres parties du cerveau comme par ex. le néocortex. L’hippocampe joue un rôle central dans la mémorisation des impressions sensorielles et leur rappel ultérieur. Grâce à des observations antérieures, on savait déjà que le système nerveux central a recours à lui de préférence, notamment pour se remémorer des événements récents.

Alors que, chez l’adulte, de nouvelles cellules nerveuses ne repoussent guère dans d’autres régions du cerveau, il en va différemment dans l’hippocampe. Ici jaillissent de nouvelles cellules provenant des semences de cellules souches neuronales. Les chercheurs démontrèrent récemment chez des souris que ce sont ces neurones repoussant qui constituent de nouveaux souvenirs et remplacent ainsi des anciens. Si on freine la production de cellules nerveuses par irradiation ou par génie génétique, les rongeurs conservent ainsi beaucoup plus longtemps leurs souvenirs comme par exemple la peur de certaines situations. Mais comme le groupe de chercheurs l’a aussi découvert, le sport – un entrainement des souris sur une roue pour hamster – favorise la formation de nouveaux modules de stockage de neurones dans l’hippocampe sans que les vieux souvenirs ne s’effacent. Mais ces souris n’accédèrent alors plus à cette région du cerveau. « La capacité des souvenirs enregistrés dans l’hippocampe est limitée mais le sport peut faire augmenter la capacité totale », nous dit Kaoru Inokuchi.

Oublier grâce à RAC

Une seconde et nouvelle publication s’intéresse également aux souvenirs et confirme le modèle du Japonais à l’aide d’un autre modèle animal. Yi Zhong de Peking et ses collègues recherchèrent des processus du métabolisme qui se produisent lors d’un oubli et découvrirent une enzyme clé du nom de « RAC« , sans qu’il y ait apparemment aucun (si petit) oubli. Les chercheurs bloquèrent la voie métabolique RAC dans des mouches : les souvenirs sur les odeurs désagréables et les faibles électrochocs l’accompagnant ne furent pas les seuls à rester beaucoup plus longtemps. La vie des insectes s’allongea également et passa de quelques heures en temps normal à plus d’un jour. Si le cerveau de la mouche déversait cependant plus de RAC, les souvenirs s’envolaient aussi plus vite et les animaux de laboratoire retombaient rapidement dans le piège à odeur.

Les cellules souches contre l’Alzheimer et l’AVC ?

Un groupe américain avait prouvé déjà en 2007 que, chez les souris, on peut au moins en partie lutter contre la perte de mémoire en utilisant des cellules souches neuronales. Les nouveaux neurones doivent cependant subir un processus de maturation de quelques semaines avant de pouvoir alimenter activement à la capacité de mémorisation étendue. Elles pourraient cependant peut-être aider à traiter les phénomènes de pertes comme pour Alzheimer ou l’AVC. Les chemins pour découvrir la substance de laquelle proviennent les souvenirs sont cependant bien sinueux. Ainsi les personnes avec un taux élevé de RAC sont cependant plutôt attardées mentalement. Et l’exemple de Jill Price montre qu’une grande mémoire ne présente pas toujours des avantages. L’Américaine à la mémoire apparemment presque parfaite peut se souvenir de chaque événement de sa vie. Le journal « Der Spiegel » la cite avec ces mots : « Je ne regarde pas le passé avec du recul; c’est plutôt comme si je revivais tout, cela déclenche exactement les mêmes sentiments à l’intérieur de moi. C’est comme un film confus interminable qui peut me submerger complètement. Et il n’y a pas de bouton d’arrêt ». Il est possible que cela change dans quelques années.

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