Le zona attaque

5. mai 2010
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Un accident vasculaire cérébral n’est pas seulement dû à une vie malsaine. On a aujourd’hui de plus en plus de preuves que les inflammations comme le zona favorisent les AVC et la sclérose des vaisseaux – avant tout quand le virus varicelle-zona attaque les yeux.

Dans la revue spécialisée « Neurology« , des chercheurs taïwanais ont récemment relaté une forte relation entre le zona et l’AVC. Selon les données des médecins de l’université de Taipei, 8 % des 658 patients atteints d’un zona ont subi un AVC en l’espace d’un an après le diagnostic. Dans un groupe de contrôle avec près de 2 000 personnes non atteintes d’un zona, ils étaient seulement 2%. La relation entre le zona ophtalmique et l’AVC est particulièrement forte. Les neurologues autour du Dr. Jau-Der Ho rapportent que le taux d’apoplexie aurait atteint le facteur 4. Selon Ho, ce résultat serait indépendant du fait que les patients aient été traités avec des antiviraux ou non. Dans un commentaire, Dr. Maria Nagel de Denver et Dr. Gustavo A. Ortiz de Miami soulignaient cependant que d’autres études seraient indispensables pour pouvoir apprécier l’influence d’une thérapie antivirale et également de stéroïdes sur le risque d’AVC. Pour le Professeur Howard S. Kirshner de l’université Vanderbilt à Nashville, les résultats des médecins taïwanais sont avant tout un argument supplémentaire en faveur d’une prévention vaccinale de la varicelle.

Les chercheurs taïwanais avaient en outre déjà publié en octobre 2009 une étude donnant des résultats semblables. Pour cette étude, ils avaient analysé l’évolution de la maladie chez 7 760 patients qui avaient suivi un traitement entre 1997 et 2001 pour cause de zona. Les données furent rapprochées avec celles de 23 280 adultes sans zona afin de les comparer. 439 patients subirent un AVC pendant 1 an. Avec un taux d’AVC de 1,71 % dans le groupe zona comparé à 1,31 % dans le groupe de comparaison, l’analyse aboutit à un risque de subir un AVC ischémique de 31% plus élevé. L’incidence des AVC hémorragiques avait atteint le facteur 2,8. Le zona ophtalmique serait apparemment particulièrement dangereux nous rapportaient déjà autrefois les chercheurs.

Plus d’athérosclérose par les dommages vasculaires viraux

Ho et ses collègues pensent que le virus pourrait causer quelques dommages vasculaires chez certaines personnes. Ils ne seraient certes pas accompagnés d’un AVC mais favoriseraient une athérosclérose existante. On ne devrait cependant pas conclure trop vite des résultats précédents que le zona provoque un AVC. Dans l’étude, seul un indice concernant un lien possible aurait été trouvé; il devrait toutefois être analysé.

Plus d’AVC lors d’un grand stress

Les chercheurs expliquaient que, mise à part la vasculopathie du zona, le stress conditionné par la douleur contribuerait peut-être aussi à un risque d’AVC accru. Des chercheurs suédois entre autres avaient fait passer l’information l’année dernière que le stress peut favoriser les AVC. Une analyse de données rétrospective aboutit au résultat que, chez les patients très stressés, un risque était plus élevé et se situait autour du facteur 3,5. Cette analyse rétrospective serait bien sûr à prendre avec précaution écrivit la directrice de l’étude, le Dr. Katarina Jood de l’université de Göteburg dans la revue « BMC Medicine« . Des études prospectives devraient donc suivre.

Connu chez les enfants : AVC après la varicelle

Les maladies vasculaires en relation avec le virus de la varicelle sont connues depuis longtemps. Le virus de la varicelle est le seul virus pathogène humain qui se multiplie dans les artères du cerveau. Les AVC ischémiques après une varicelle ne sont aussi pas inhabituels, cependant chez les enfants – rapportait il y a seulement quelques mois la neurologue américaine pour enfants, le Dr. Catherine Amlie-Lefond du Wisconsin dans les « Current Neurology and Neuroscience Reports« . Les suppositions réitérantes selon lesquelles le vaccin de la varicelle pourrait conduire à un AVC n’ont d’ailleurs pas pu être vérifiées.

Beaucoup d’infections = des plaques vasculaires épaisses

Les constats des scientifiques taïwanais concernant la relation entre l’AVC et le zona complètent une foison d’études d’après lesquelles l’athérosclérose, que ce soit des vaisseaux du cœur ou aussi du cerveau, serait favorisée par des infections. Au mois de janvier de cette année par exemple, le Professeur Mitchell S. V. Elkind de l’université Columbia à New York et ses collègues annonçaient qu’il y aurait une forte association entre des infections et l’AVC ainsi qu’une instabilité des plaques dans la carotide.

Les scientifiques américains avaient examiné les sérums de 861 patients sans AVC et s’étaient concentrés sur les anticorps contre le Chlamydophila pneumoniae, le Helicobacter pylori, le virus de la Cytomégalie et le virus de l’herpès 1 et 2. Ils trouvèrent plus souvent des anticorps contre H. pylori (54,5 %) et avant tout contre le virus de l’herpès 1 (86,9 %). L’équipe observa les personnes testées pendant 8 ans. Pendant cette période, 67 volontaires subirent un AVC. On remarqua ici que chaque infection contribua seulement pour une petite partie au risque d’AVC quand les chercheurs prenaient tous les autres facteurs de risque en considération. Dans le cumul de plusieurs infections, un critère de risque se singularisa toutefois.

Environ plus de la moitié des patients avaient des plaques dans leurs carotides. Une analyse montra que ces plaques étaient d’autant plus épaisses que la « charge des infections » s’était fortement répandue, quoique les chercheurs utilisèrent un index spécifique pour l’appréciation quantitative de la charge des infections.

Il y aurait toujours plus d’indices que des infections participeraient à un stimulus d’une athérothrombose et – transmis par une inflammation – à la génèse de la sclérose des vaisseaux, écrivent Elkind et ses collègues dans le journal spécialisé « Stroke« . « Notre résultat pourrait avoir des effets dans la pratique », disait le neurologue. « Une stricte lutte contre les agents pathogène pourrait ainsi finalement faire baisser le risque d’AVC. » D’autres études devraient cependant démontrer si des moyens antiviraux ou des antibiotiques seraient effectifs. Les antibiotiques par exemple contre la chlamydie, qui provoque une pneumonie, pourrait ainsi se révéler comme étant peu efficace dans la prévention de maladies cardiaques. Mais il faudra démontrer si ceci vaut aussi pour l’AVC.

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