Traitement de l’allergie : le pollen à fond

30. juin 2010
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Il s’envole tous les ans, le pollen. Un Allemand sur 5 en souffre. Des mesures générales, un traitement symptomatique et une immunothérapie spécifique peuvent aider. C’est nécessaire car le rhume des foins n’est pas une maladie anodine – un aperçu.

Environ 20 millions d’Allemands souffriraient d’allergies. La tendance est croissante suite au changement climatique et à la pollution notamment. « Nous observons des corrélations entre le changement climatique, l’envol du pollen et l’apparition d’allergies », nous dit par exemple le Professeur Karl-Christian Bergmann, Président de la Fondation du service allemand d’alertes polliniques.
Chaque personne touchée par le rhume des foins connait les recommandations générales :

• Laisser les fenêtres de la chambre fermées
• Ne pas se déshabiller dans la chambre pour y empêcher une dissémination du pollen collé aux vêtements
• Se laver les cheveux avant d’aller se coucher
• Porter un masque anti-pollens
• Faire des lavages de nez
• Éviter le stress et l’alcool

Une méthode standard connue est aussi la thérapie symptomatique avec des pulvérisateurs nasaux contenant de la cortisone et des antihistaminiques modernes. Si l’état semble s’aggraver et tend vers l’asthme, des médicaments anti-inflammatoires sont nécessaires. On discute depuis quelques temps sur les antagonistes des récepteurs des leucotriènes (LTRAs). Une méta analyse de 2006 mena toutefois les auteurs à la conclusion suivante : en cas de rhume des foins, une monothérapie avec des LTRAs est certes tout aussi efficace que les antihistaminiques oraux mais pas aussi bien que les stéroïdes intranasaux. Selon les auteurs d’un rapport récent HTA, une analyse définitive de la thérapie avec des LTRAs en monothérapie et en combinaison avec des antihistaminiques n’est actuellement pas encore possible.

De bonnes expériences avec des aiguilles, des granules et la désensibilisation de l’enzyme

Certains médecins racontent avoir obtenu de bons résultats avec l’acupuncture. Une équipe de chercheurs autour du Professeur Edzard Ernst de l’université d’Exeter explique que les données scientifiques à ce sujet ne seraient cependant pas explicites. Des expériences positives ont été également faites en partie avec l’homéopathie. « Les médicaments homéopathiques, la plupart du temps des granules, sont une bonne méthode pour lutter contre le rhume des foins », nous dit par exemple Mirko Berger, médecin généraliste à Hambourg.
Une thérapie efficace serait « la désensibilisation de l’enzyme », explique le médecin muniquois de physiothérapie, le Dr. Michael Hess. La méthode est proposée depuis plus de 20 ans en Angleterre et depuis 10 ans aux États-Unis avec une tendance à la hausse. La désensibilisation de l’enzyme est une immuno-thérapie pour laquelle une très forte dilution de mélanges d’allergènes (0,0000001 à 0,0000000000001 g) est utilisée en association avec une enzyme de son propre corps, la bêta-glucuronidase. Selon Hess, le mécanisme d’action de la désensibilisation de l’enzyme n’est pas complètement compris. Il est fort probable que la désensibilisation de l’enzyme induise la production de T régulateurs activés. Selon les résultats de la „North American EPD-Study », 60 à 80 % des patients indiquent (selon l’allergie/l’intolérance) une amélioration de leurs symptômes de plus de 50 %, voire la guérison. 15 % obtinrent une amélioration de leur symptomatique allant de 25 à 50 %.

Vivre à la ferme ?

Beaucoup de scientifiques restent toutefois encore septiques à l’égard des méthodes alternatives. Le Dr. Dr. Gundi Willer de l’hôpital « Hochgebirgsklinik » à Davos nous dit par exemple : « Une signifiance diagnostique (par ex. biorésonance, test alimentaire cytotoxicologique, électro-acupuncture, analyse de cheveu) ou un effet thérapeutique significatif (par ex. biorésonance, acupuncture, homéopathie, autohémothérapie) n’a encore été scientifiquement prouvée, et ceci pour aucune des méthodes alternatives ». Il existerait plutôt un consensus qui dirait qu’une exposition aux agents pathogènes pendant la petite enfance, avant le développement des allergies comme le rhume des foins, peut protéger. Ce qui serait là déterminant serait l’exposition en tant que telle et non le lieu de l’exposition (environnement rural, ferme). L’alimentation à un âge précoce doit avoir un faible effet préventif rapportent les auteurs dans une étude actuelle provenant des Pays-Bas.

Une approche causale : l’immunothérapie spécifique

Ce qui est thérapeutiquement reconnu est l’immunothérapie spécifique (ITS). C’est aussi la seule thérapie causale disponible. Le Professeur Hans Merk, Président de l’association des allergologues allemands (ÄDA) : « Nous savons que l’effet thérapeutique, avant tout pour les immunothérapies classiques sous-cutanées, persiste au delà de la période de traitement et réduit le risque d’asthme ». Une ITS vaudrait aussi le coup pour les patients âgés de plus de 50 ans. « En cas de rhinite allergique, la ITS peut aider à réduire la symptomatique et l’utilisation de médicaments pour lutter contre les pollens saisonniers ». Les auteurs du rapport HTA (Health Technology Assessment) publié par le DIMDI dans lequel des variantes choisies de ITS sont étudiées, sont aussi arrivés à cette conclusion. Les auteurs voient cependant l’énorme besoin en recherche des diverses formes de traitements et d’efficacité en terme de coûts.

Le rapport HTA : manque de données sur le SLIT

Pour le rapport, les auteurs évaluèrent avant tout les travaux concernant les thérapies sous-cutanées et sublinguales. Les auteurs considèrent que l’effet de l’ITS pour les pollens de graminées a été prouvé. Les 2 formes de thérapie pourraient aussi aider pour d’autres allergènes saisonniers comme les pollens des arbres. En raison du manque de données, les auteurs considèrent ici la variante sublinguale avant tout avec retenue. L’efficacité de l’ITS ne serait pas à envisager pour toutes les formes de thérapies et d’allergènes. Les auteurs pensent qu’il y a un besoin en recherche avant tout pour l’ITS associée aux pollens autres que ceux des graminées. De plus, il faudrait vérifier si la thérapie pourrait aider à prévenir l’asthme. Les preuves de l’efficacité en terme de coûts manquaient aussi.
Le Professeur Ludger Klimek nous dit que, quoi qu’il en soit, beaucoup d’approches concernant le développement de l’ITS sont actuellement mises à l’épreuve en vue de réduire le taux des effets secondaires et d’augmenter la compliance. L’expert du Centre de rhinologie et d’allergologie à Wiesbaden explique que le développement d’allergoïdes dépigmentés et polymérisés aurait fait augmenter la sûreté de l’immunothérapie sous-cutanée (ITSC) en cas d’efficacité. Une augmentation de la dose plus rapide et une ITSC pré-saisonnière de courte durée serait aussi possible – ce qui améliorerait la disposition des patients envers une ITS.

Des coûts énormes, un besoin important en recherche

Il est indispensable de poursuivre les efforts de recherche car les coûts de traitement seuls seraient énormes souligne GA2LEN, un réseau européen d’experts sur l’allergie, de centres de recherche et d’associations de patients. Dans un document de synthèse publié en 2009 par GA2LEN (Global Allergy and Asthma European Network), on peut lire : « les coûts directs pour le système de santé dépendent du stade de la maladie. Ainsi, le traitement d’une rhinite allergique coûterait en moyenne moins de 30 à 50 centimes par jour. Au contraire, le traitement quotidien de l’asthme bronchique se monte à plus de 30 euros/jour… La rhinite allergique n’est malgré tout pas considérée comme une maladie grave dans beaucoup de pays européens. Moins de la moitié des patients avec une rhinite allergique bénéficient d’un diagnostic et d’un traitement correct – avec des coûts indirects considérables : comparable à un rhume courant, une rhinite allergique non traitée refreine la capacité mentale et d’apprentissage jusqu’à 30 %… Des estimations récentes établissent à environ 100 milliards d’euros par an la perte en temps de travail pour l’industrie européenne. En moyenne, les coûts de traitement journaliers de 50 centimes pourraient aider à économiser des coûts journaliers de plus de 50 euros en raison de la perte en temps de travail ». À la vue de tels chiffres, on ne devrait effectivement plus parler de bagatelle.

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